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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Compte-rendu officiel de Kienthal
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 18 février 2019

par ArchivesAutonomies

Invités par la Commission socialiste internationale à Berne, instituée lors de la conférence de Zimmerwald, en septembre 1915, les représentants des organisations et des groupes adhérant à cette commission se sont rencontrés à une deuxième conférence internationale socialiste. Cette conférence a eu lieu du 24 au 30 avril 1916 à Kienthal (Suisse).

La Commission socialiste internationale, d’un commun accord avec les représentants de nombreuses organisations adhérentes, avait déjà expliqué dans une circulaire, en février 1916, la nécessité d’une nouvelle réunion des partis, des minorités et des groupes qui se posent sur le terrain des principes contenus dans le manifeste de Zimmerwald, pour se concerter sur la position à prendre en face des événements survenus depuis la première conférence. "La tâche principale du socialisme" — dit la circulaire susmentionnée — "doit être aujourd’hui de réunir le prolétariat international en une force révolutionnaire agissante, liée en temps de paix comme en temps de guerre par la communauté des conceptions, des intérêts, des devoirs".

Partant de la constatation que les événements survenus depuis la conférence de Zimmerwald ont confirmé la justesse des postulats théoriques et pratiques qui y ont été formulés, après avoir stigmatisé l’attitude des majorités des partis socialistes qui ont adhéré à l’union sacrée et par cela même entravé le mouvement du prolétariat en prolongeant la guerre et en aggravant les conditions générales des classes ouvrières et après avoir attiré l’attention sur l’attitude passive du Bureau socialiste international, la CSI soumit aux organisations adhérentes un ordre du jour pour une deuxième conférence internationale en fixant comme suit les conditions d’admission. (Voir conditions déjà citées dans la lettre de convocation à la conférence.)

Les rapports publiés dans le bulletin aussi bien que les nouvelles publiées par les journaux sur les partis socialistes des pays belligérants prouvent suffisamment que la conférence de Zimmerwald et son manifeste ont trouvé un profond écho. L’orientation que le prolétariat est en train de prendre, après que le cauchemar provoqué par la guerre et par l’attitude des instances nationales et internationales du socialisme se soit dissipé, rend toujours plus urgente une action du prolétariat de tous les pays, guidé par les principes du socialisme international. Que la communauté des intérêts et de l’idéal du prolétariat de tous les pays, loin d’être annulée par la guerre, ait été au contraire rendue plus évidente par le caractère impérialiste du conflit actuel des peuples, a été prouvé avant tout par l’action développée par le prolétariat des différents pays belligérants, guidée par les mêmes principes, aspirant au même but. La conférence de Zimmerwald, le manifeste qui y a été signé, la déclaration franco-allemande qui y a été faite, les décisions qui y ont été prises, ce sont là les preuves de l’entente théorique et pratique des classes ouvrières des différents pays. La signification de l’action de Zimmerwald — si modeste soit-elle — consiste dans le fait qu’elle a réveillé la conscience des devoirs internationaux et révolutionnaires du prolétariat, conscience qui était sur le point de s’évanouir. Les adhérents de l’action de Zimmerwald et les participants à ses conférences n’ont jamais douté que les réunions internationales ne sauraient seules ramener à la vie et à l’action l’Internationale prolétarienne. L’Internationale doit naître dans les divers pays de la conscience socialiste et de son application pratique, elle ne peut devenir active, atteindre une puissance politique par des résolutions de congrès. Tout en tenant compte du fait que la conscience socialiste est déterminée par le développement historique, on ne pouvait pourtant pas attendre avec le groupement international des forces restées fidèles au socialisme que la conscience socialiste soit mûre dans tous les pays et chez tous les ouvriers. La conscience internationale du socialisme ne peut pas s’affirmer d’un seul coup, elle aussi doit se développer et être développée par les ouvriers eux-mêmes. C’est cette considération qui a rendu nécessaire la convocation de la conférence au mois de septembre. Mais on ne devait pas en rester là. Après le premier effort tendant à réunir les forces de l’Internationale, après Zimmerwald qui est devenu un symbole de ce ralliement, il a fallu préciser davantage l’action du prolétariat international, et ceci à deux points de vue. Au point de vue positif, il a fallu tracer un programme d’action pour le prolétariat, au point de vue négatif, il a fallu préciser et souligner les raisons de la profonde hostilité du prolétariat envers les "solutions" que les pacifistes et les pseudo-socialistes s’acharnent à donner au problème mondial.

Les délégations

Vu les nombreux obstacles et les grandes difficultés que les délégués des pays belligérants doivent surmonter pour pouvoir participer à une conférence internationale, le nombre des camarades qui ont pris part à la seconde conférence internationale peut être considéré comme très satisfaisant ; si tous les camarades qui y furent délégués avaient pu y participer, le nombre des organisations représentées et celui des délégués aurait été augmenté de plus d’un tiers. Les représentants d’Angleterre, d’Autriche, de Roumanie, de Bulgarie, de Suède, de Norvège et de Hollande ont été empêchés de prendre part à la conférence à la suite de difficultés de passeports que les gouvernements des pays belligérants leur ont faites ; les délégations allemande et française ont été diminuées de moitié environ par refus de passeports et par d’autres mesures politiques.

Ont été représentés les pays suivants :

Allemagne : Les groupes "l’Internationale", "l’Opposition dans l’organisation" et l’organisation locale d’une ville du Nord (Brême). En tout sept délégués.

France : A la suite de l’impossibilité de se procurer les passeports, les minorités du parti et des syndicats adhérant à Zimmerwald et qui sont représentées par le "Comité pour la reprise des relations internationales" durent se limiter à déclarer par écrit leur adhésion à la deuxième conférence et à toutes ses décisions. La Fédération nationale des syndicats des instituteurs de France se trouva dans le même cas. Par contre, quatre camarades de France, parmi lesquels trois députés de la Chambre, assistaient à titre personnel à la conférence.

Angleterre : Le gouvernement anglais refusa, comme pour la première conférence, de délivrer des passeports aux délégués nommés par l’Independant Labour Party et par le British Socialist Party. Les deux partis envoyèrent des télégrammes de sympathie. Un membre de l’ILP assista à la séance en qualité d’hôte.

Italie : Délégation officielle du parti et du groupe socialiste à la Chambre, en tout huit délégués.

Russie : Délégation officielle du Parti des socialistes révolutionnaires (internationalistes), du Comité central et du Comité d’organisation du Parti ouvrier social démocrate de Russie et de la social-démocratie de la Lituanie. Nombre total : huit délégués.

Hollande : Radek.

Pologne : Délégation officielle du Comité national et du Comité central de la social-démocratie de la Pologne russe et de Lituanie, ainsi que du Parti socialiste polonais (Lewitza) ; en tout cinq délégués.

Serbie : Le Parti social-démocrate ouvrier de Serbie a été représenté par un membre de la Skouptchina.

Portugal : Un délégué du Parti socialiste portugais.

Suisse : Représentation officielle du Parti socialiste par cinq délégués.

En outre fut représenté par un délégué le secrétariat de la Jeunesse socialiste internationale et furent présents les membres de la CSI à Berne, de sorte que le nombre total des participants se monta à quarante-quatre.

Après la conférence, le Comité central du Parti ouvrier social-démocrate de Bulgarie fit savoir que ses deux délégués n’avaient pu franchir la frontière autrichienne et il déclara son adhésion aux résolutions prises. L’Union des ouvriers juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie fut également empêchée d’envoyer un délégué. Elle fit parvenir une lettre dans laquelle elle saluait chaleureusement la deuxième conférence socialiste internationale.

Les débats

L’ordre du jour fut accepté par la conférence sans grandes modifications. Pour pouvoir suffisamment discuter les autres questions à l’ordre du jour, on décida de limiter et d’abréger autant que possible les rapports des divers pays, étant donné que le bulletin de la CSI avait déjà publié des comptes rendus assez détaillés du mouvement socialiste dans les divers pays. C’est pourquoi la conférence décida que seules les délégations allemande et française présenteraient un rapport sur ce qui s’était passé dans le mouvement de leur pays depuis Zimmerwald. Les délégués de ces deux pays ont donné de bonnes nouvelles sur l’augmentation des forces de l’opposition socialiste ; partout les événements ont conduit à établir une ligne de démarcation très nette entre les social-patriotes et les internationalistes. En Allemagne, une scission s’est opérée au sein du groupe parlementaire et certaines organisations socialistes ont décidé de ne plus verser leurs cotisations au Comité central parce qu’il n’est guère possible de soutenir une institution qui déploie une action contraire aux principes et aux décisions du parti et qu’on ne peut guère fournir des moyens qui seraient employés pour lutter contre l’opposition internationaliste. Quant à la France, la séance du Conseil général qui a eu lieu au mois d’avril constitue un progrès évident en comparaison du congrès de décembre 1915. Tandis qu’au congrès de décembre 1915 il fut encore possible de faire voter, presque à l’unanimité, un ordre du jour tendant à faire appuyer la politique du gouvernement, au mois d’avril, un tiers des mandataires se prononça en faveur de la reprise immédiate des relations internationales. On comprend que, en Allemagne comme en France et dans d’autres pays, le mouvement soit en train de se former et de se préciser, ce qui, du reste, résulte très clairement des rapports des divers pays.

C’est surtout des points 5 et 6 de l’ordre du jour (l’attitude du prolétariat en face des problèmes de la paix, la lutte pour hâter la fin de la guerre) que la conférence s’est occupée.

En ce qui concerne l’attitude du prolétariat en face des problèmes de la paix, la résolution qui fut votée à ce sujet à l’unanimité, fut élaborée dans une commission qui a consacré beaucoup de travail et de zèle à l’étude de ce difficile problème. Trois projets de résolution avaient été soumis à la commission : le premier de ces projets émanait de la gauche zimmerwaldienne, le second du groupe de l’Internationale d’Allemagne et le troisième d’un membre de la CSI. La plupart des membres de la conférence furent d’avis qu’il était nécessaire de préciser, dans une résolution, l’attitude du prolétariat face aux problèmes de la paix, tandis qu’une petite minorité croyait qu’on pouvait englober dans cette résolution toutes les questions concernant l’action internationale et les directives pour la reconstruction de l’Internationale. La majorité fut d’avis qu’il était nécessaire de préciser les décisions prises à Zimmerwald, étant donné qu’elles avaient été l’objet de critiques et d’interprétations erronées. Certains social-patriotes, par exemple, voulaient se servir des décisions de Zimmerwald pour justifier l’appui socialiste aux gouvernements des pays de l’Entente. D’un autre côté, on objectait que le manifeste de Zimmerwald, par son postulat de paix sans annexions, tendait à conserver le statu quo ante, tel qu’il avait existé avant le mois d’août 1914. D’autres encore prétendaient que la classe ouvrière aurait pu exercer une influence sur les conditions de la paix future en se limitant à formuler des propositions de paix plus ou moins habiles, en renonçant à une action immédiate contre la guerre.

Les membres de la conférence furent unanimes sur la nécessité de répudier, de la façon la plus énergique, cette conception qui n’a rien de socialiste et tend à détourner le prolétariat de sa lutte pour le socialisme. Ce n’est pas en croisant les bras, en se contentant de voter des résolutions plus ou moins habiles, en faisant des projets et des propositions, que la classe ouvrière pourra écarter le danger de nouvelles guerres. Si la classe ouvrière ne combat pas pour ses revendications, en temps de paix comme en temps de guerre, elle ne pourra exercer aucune influence sur le traité de paix. Toutes les belles phrases sur une paix durable que les gouvernements capitalistes et leur diplomatie seraient censés réaliser ne sont autre chose que des tentatives de tromper le prolétariat et ne tendent, somme toute, qu’à sacrifier les meilleures forces de la classe ouvrière sur l’abattoir de l’impérialisme.

Cette question de principe ayant été envisagée d’une façon identique par tous les membres de la conférence, la discussion qui a eu lieu dans la commission n’eut pour objet que les questions pratiques, la question de savoir si et dans quelle mesure la réduction des armements, les tribunaux d’arbitrage obligatoire pouvaient diminuer le danger d’une nouvelle guerre. C’est sur ce point qu’il y eut divergences d’idées entre la grande majorité et une petite minorité des délégués. La majorité niait l’efficacité des mesures susmentionnées que la minorité ne croyait pouvoir rejeter sans autre. On se décida a soumettre la question à la conférence. Le manque de temps empêcha une ample discussion au sein de la conférence. C’est pourquoi, au moment du vote, plusieurs délégués, tout en votant la résolution — elle fut adoptée à l’unanimité — firent des réserves sur certains points de la résolution, les uns parce qu’elle n’allait, pas assez loin, les autres parce qu’elle semblait trop pessimiste dans certains détails.

La seconde question, celle de la convocation du Bureau socialiste de La Haye, fut de même discutée avec ampleur. Dans cette question aussi, tous les délégués ont manifesté leur accord de principe. On fut unanime dans la critique la plus sévère à l’égard de l’attitude du Comité exécutif du Bureau socialiste international aussi bien que dans la constatation des causes qui avaient déterminé sa faillite et dans la constatation du fait que le Bureau socialiste international était devenu un otage des gouvernements impérialistes des pays de l’Entente. Cette fois encore, comme dans le cas précédent, une divergence d’opinion se manifesta exclusivement quant aux conclusions pratiques que les adhérents à Zimmerwald devaient tirer des constatations communes. Les uns disaient que les partisans de l’action de Zimmerwald ne devaient pas participer à une éventuelle séance du bureau et qu’il fallait laisser à l’état-major du social-patriotisme le soin de démontrer sa totale incapacité de fonctionner et l’état pitoyable auquel il s’était réduit. D’autres camarades étaient d’avis que, tout en ne demandant pas la convocation du Bureau socialiste international, il fallait pourtant, si la convocation devait avoir lieu, prendre part à la séance pour critiquer de la façon la plus ample et la plus sévère les social-patriotes, pour démontrer au prolétariat mondial combien le socialisme a été trahi par le social-patriotisme et pour dénoncer le vrai caractère du social-patriotisme et ses conséquences funestes. D’autres camarades enfin, tout en partageant absolument la façon de juger et de condamner le comité exécutif, étaient d’avis que c’est précisément pour cela qu’il fallait exiger la convocation du Bureau socialiste international. Ces camarades croyaient en plus que l’opposition internationaliste pouvait devenir majorité au sein du Bureau socialiste international et que l’Internationale socialiste pourrait être ainsi acquise aux principes fixés dans les décisions de Zimmerwald. Après une ample discussion, les délégués se mirent d’accord sur le vote d’une résolution qui reflète tous les courants qui s’étaient manifestés. La résolution adoptée à l’unanimité contient une critique très sévère de l’attitude du Bureau socialiste international pendant la guerre ; elle combat non moins énergiquement toute tentative de dissimuler le réel état de choses par une paix séparée entre les social-patriotes et signale en même temps l’attitude que les partis adhérant à Zimmerwald devront observer si la commission élargie de la CSI devait recommander aux partis affiliés de prendre part à une séance du Bureau socialiste international. La majorité des délégués souligna à maintes reprises que, malgré les profondes et irréductibles divergences qui existent au sein des partis nationaux, comme au sein de la IIe Internationale, il ne peut s’agir en aucun cas de l’intention de décréter ou de créer artificiellement une nouvelle Internationale. Celle-ci ne peut se former que dans la lutte constante et intense de la classe ouvrière contre ses ennemis de classe, moyennant l’épuration de la conception socialiste, et ne peut certes pas être décidée par une conférence.

S’il était nécessaire de prendre position sur les deux questions principales, il n’était pas moins important d’adresser à nouveau un appel aux masses. Dans une proclamation, dont le texte fut également admis à l’unanimité, il fut donné une analyse de la situation créée par la guerre ; cette analyse est rédigée de telle façon que la conséquence logique qui en découle pour la classe ouvrière s’impose d’elle-même. Une commission en élabora les lignes directrices ainsi que la forme et la conférence l’approuva sans sensibles modifications.

Dans l’intervalle des discussions sur les trois questions mentionnées, la conférence prit connaissance du rapport financier de la CSI en renvoyant la discussion du rapport sur l’activité de la CSI aux débats sur l’action parlementaire et sur la rédaction définitive des résolutions et de l’appel, débats renvoyés eux-mêmes à la CSI élargie. Les comptes de la CSI pour la période du 6 septembre 1915 au 20 avril 1916 se présentent comme suit :

Recettes 5209,73 fr
Dépenses 4517,35 fr
Solde actif 692,38 fr

Les partis et groupes affiliés ont payé en cotisations 3478 fr. 30, les dons de diverses organisations locales et de particuliers se sont montes à 1553 fr. 65. Les dépenses comprennent : 2950 fr. 90 pour frais d’impression (bulletin, etc.), 988 fr. 50 pour frais de bureau, ports et frais généraux et 299 fr. 25 pour l’organisation de la première conférence. Constatons à cette occasion que les membres de la CSI ne touchent aucune rémunération pour leur travail, y compris les travaux de traduction. Les comptes ont été contrôlés et ratifiés par la conférence.

La conférence chargea encore la CSI de la rédaction d’une déclaration générale de sympathie dont voici la teneur :

"La deuxième conférence socialiste internationale exprime sa plus chaude sympathie et ses sentiments de solidarité à tous les pionniers fidèles et courageux qui, au milieu de la sanglante catastrophe mondiale, tiennent haut le drapeau du socialisme et, malgré toutes les théories d’union sacrée et de réconciliation sociale, rejettent tout armistice dans la lutte contre le capitalisme.
La conférence, saluant tous ces courageux lutteurs pour la liberté, le droit et la paix, exprime en même temps son indignation enflammée et sa plus vive protestation contre les mesures réactionnaires et les persécutions inouïes dirigées contre nos camarades en Allemagne comme en Russie, en Angleterre comme en France et même en Suède, pays neutre.
La conférence attire l’attention des ouvriers de tous les pays, d’une part sur la rage de la réaction qui contredit de flagrante façon la légende de la "guerre de libération" et, d’autre part, elle leur signale l’attitude exemplaire et réconfortante des socialistes révolutionnaires qui, avec une énergie égale, mènent la lutte contre le "patriotisme socialiste", ses théories confuses, hypocrites et contre la politique des gouvernements.
Elle salue les représentantes des femmes socialistes d’Allemagne et de France qu’on vient de remettre en liberté et dont l’emprisonnement n’a fait que rehausser l’influence qu’elles ont sur les masses, flétrit les persécutions des juifs par le Gouvernement russe soutenu par la bourgeoisie "libérale" qui, selon un système éprouvé, s’efforce de se venger sur les juifs du mécontentement des masses et des défaites militaires, exhorte tous les partis, organisations et minorités adhérant à l’action de Zimmerwald à suivre l’exemple des camarades persécutés, à attiser l’esprit de mécontentement et de protestation des masses, à les éclairer dans le sens du socialisme révolutionnaire, afin que les étincelles et les tisons de la révolte se confondent en une puissante flamme de protestation active des masses et que le prolétariat international, conformément à sa mission historique, accélère l’accomplissement de sa tâche et amène la chute du capitalisme qui seule peut libérer les peuples."

La commission élargie

Après la conférence de Kienthal eut lieu à Berne, le 2 mai, une réunion de la commission élargie à laquelle participèrent les membres de la CIS et un délégué de chaque organisation et de chaque parti qui avaient été représentés à la conférence. La commission élargie régla plusieurs questions administratives, rédigea définitivement les textes des décisions prises par la conférence et s’occupa de l’action parlementaire. A ce propos, plusieurs propositions tendant à une action parlementaire simultanée ont été soumises à l’approbation des organisations adhérentes.

Une discussion très animée, se basant sur les décisions prises par la conférence à l’égard du Bureau socialiste international, a éclaté au sujet de la conférence des partis socialistes des pays neutres. Le résultat de la discussion fut communiqué par la CSI aux partis socialistes des pays neutres moyennant la circulaire suivante en date du 12 mai 1916 :

Aux partis des pays neutres affiliés à la CSI.
Camarades, dans son appel du 1er mai 1916, le Bureau socialiste international de La Haye invite les partis socialistes sans exception à examiner à bref délai l’ensemble des problèmes politiques qui, à leur avis, devraient trouver une solution dans les termes de la paix. C’est pour traiter ces questions que, selon la communication du Bureau socialiste international, les partis ouvriers et socialistes des pays neutres, ont été invités pour le 26 juin à une conférence préparatoire à La Haye.
Conformément à la décision de la seconde conférence de Zimmerwald, la CSI élargie s’est occupée de l’attitude des partis adhérant à Zimmerwald en face de cette conférence préparatoire. Deux opinions ont été manifestées à cet égard. Tandis qu’une partie des membres de la commission élargie croyait qu’on devrait recommander aux partis des pays neutres de prendre part à la conférence et les y inviter directement, les autres camarades étaient d’avis qu’il fallait laisser la décision aux camarades eux-mêmes. Les premiers étaient d’avis qu’il faut profiter de toutes les occasions pour montrer à la classe ouvrière les causes de la faillite de l’Internationale et pour enrayer les projets des social-patriotes, tandis que les seconds estimaient qu’une démonstration de ce genre ne pourrait guère mener à quelque chose et que la conférence projetée ne pouvait servir qu’à créer de la confusion et à dévier la classe ouvrière de ses vraies aspirations.
Aucune décision ne fut prise à ce sujet ; ainsi c’est aux partis en question de décider s’ils entendent se faire représenter à La Haye.
Par contre, les membres de la CSI élargie déclarent unanimement que si les délégués des partis affiliés à notre CSI devaient se rendre à La Haye, il serait de leur devoir d’agir conformément aux décisions des conférences de Zimmerwald. Ci-joint les résolutions qui ont été votées sur l’attitude du Bureau socialiste international et sur les questions de la paix dont devra s’occuper la réunion de La Haye. Il faut en tout cas que les questions concernant la paix y soient envisagées du point de vue de l’action de Zimmerwald, ne fût-ce éventuellement que sous forme d’une motion de la minorité qui devrait être publiée ensuite et pourrait ainsi sensiblement contribuer à la propagande de nos idées."

C’est là le résultat de huit jours de travail intense ; c’est maintenant aux partis et aux groupes affiliés, c’est aux masses elles-mêmes de développer et d’exécuter ce que la première et la seconde conférences ont suggéré et fixé pour la reprise des relations internationales, c’est aux partis et aux groupes affiliés, c’est aux masses de se préparer à la formidable lutte qu’ils devront mener pendant et après la guerre contre leurs ennemis acharnés [1].