Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour la révolution – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°405 – 6 Mars 1915
Article mis en ligne le 8 novembre 2017
dernière modification le 8 octobre 2017

par ArchivesAutonomies
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Les événements d’Italie doivent retenir notre attention. La guerre a engendré dans ce pays, comme dans tous les autres, d’ailleurs, une grave situation économique, mais les Italiens ont le mérite d’avoir, les premiers, donné à leur mécontentement une forme tangible. C’est ainsi que les journaux nous ont déjà parlé de manifestations, grèves et soulèvements. Tous ces mouvements, certes sans coordination entr’eux, n’ont eu jusqu’à présent qu’une portée locale, mais une entente est vite improvisée dans la péninsule !
Malheureusement, les groupes d’avant-garde ne sont pas unis dans l’opposition contre toute guerre d’Etat. Le parti républicain se souvient d’être un parti patriotique avant tout ; les dirigeants socialistes se prononcent pour une neutralité... n’excluant pas la guerre si elle est dans les intentions des gouvernants ; quelques chefs syndicalistes, bien que désavoués par la majorité de leurs organisations, se servent de leur ascendant personnel pour semer la confusion ; enfin, il y a même une demi-douzaine d’anciens anarchistes, auxquels la presse bourgeoise fait une énorme réclame, pour préconiser l’intervention italienne dans le conflit européen. Les préoccupations politiques sont ainsi devenues pour le gouvernement un dérivatif aux revendications des foules dans la misère et affamées. Et il est vraiment remarquable qu’en dépit de toutes les discordes intestines, des populations entières se soient trouvées d’accord pour protester contre le chômage et le pain cher.
Bien entendu, toute la presse anarchique italienne, désavouant "interventionnistes" et neutralistes, continue sa propagande contre tous les pouvoirs. En effet, si nous ne pouvons adhérer à aucune guerre d’Etat, négation de nos principes de solidarité internationale et qui a pour effet immédiat d’instituer la pire domination militaire ; il n’est pas moins impossible à des anarchistes d’accepter une neutralité patronnée par des Sudekum, qui dans leur propre pays poussent à la guerre à outrance. Ce monsieur et tous ses pareils entendent ainsi travailler non pas au triomphe, de l’Internationale, mais de leur kaiser dont ils sont les répugnants valets. D’ailleurs, que peut bien signifier ce mot de neutralité pour des anarchistes dont la propagande a toujours été un appel à la lutte de chaque individu contre toute forme d’exploitation et d’autorité ? Nous n’allons certes pas renoncer à cette lutte, maintenant que l’acceptation du salariat et l’obéissance aux lois nous ont conduits à la plus épouvantable catastrophe. Ce n’est pas à l’heure, où de toutes parts nous entendons répéter : "Ah ! s’il y avait des anarchistes pour faire ceci ou cela !" — que nous allons répondre qu’au contraire, nos principes et nos méthodes n’ont plus aucune raison d’être.
Certes, il eût mieux valu que la nécessité de l’action préconisée par nous fût comprise avant et non pendant la guerre, car elle seule pouvait nous épargner celle-ci. Combien odieuse apparaît aujourd’hui la propagande de légalité à outrance, faite soi-disant pour éviter des sacrifices inutiles aux masses, alors qu’elle a abouti en réalité au massacre de peuples le plus formidable de tous les temps ! Comme la guerre ne pouvait être évitée qu’en s’insurgeant contre la loi, tous ceux qui ont condamné cette insurrection sont les complices des classes dirigeantes dans l’œuvre actuelle de destruction et de mort. La paix veut avant tout des hommes décidés à se refuser d’être soldats.
Notre attitude aujourd’hui est bien nette. Sus ! avant tout à tous ceux qui pour le compte de n’importe quel groupe de belligérants se font les propagandistes de la guerre !
Nous ne saurions toutefois nous mettre avec les prêcheurs de paix ou de neutralité. Que pourrait bien signifier une paix laissant subsister le régime capitaliste et étatiste, avec un militarisme qui, même modifié à la Jaurès, ne saurait que provoquer à nouveau la guerre ? Et comment pouvons-nous tout à coup nous déclarer neutres, vis-à-vis de pouvoirs que nous avons de tout temps fièrement combattus ! Les raisons de les combattre n’ont pas disparu, mais au contraire augmenté.
C’est pour cela que la manifestation du Parti socialiste italien pour la neutralité n’a en somme pas réussi.
La neutralité ne supprime ni le chômage, ni la faim et n’apporte aucune solution à une situation devenue intenable. La guerre ne ferait qu’augmenter ces maux, sans apporter elle non plus le moindre remède. Et alors où le chercher si ce n’est précisément dans cette révolution à la réalisation de laquelle doivent tendre tous nos efforts ?
Il s’agit, en somme, de savoir ce que l’on veut et le sachant de comprendre que jamais aucun pouvoir ne le voudra à son tour. Le mal vient, à n’en pas douter, de n’avoir pas su résister â l’oeuvre des gouvernants, et ce n’est pas en les suivant encore et toujours, en subissant leur direction que nous pouvons espérer un changement. Il nous faut devenir des hommes choisissant volontairement l’action à laquelle ils entendent participer et la réalisant directement. La révolution, répétons-le, c’est le fait de tout un peuple qùi perdant confiance dans l’oeuvre d’individus soi-disant supérieurs cherche pratiquement et non plus dans un simple droit toujours mal garanti, inappliqué ou violé les rapprochements de justice, soit le triomphe de l’intérêt de tous contre les privilèges de caste ou de classe.
Nul gouvernement ne décrétera jamais : "Vivez en hommes libres !" C’est aux individus à s’entendre et à s’organiser pour le faire. Leur liberté commencera de cette même initiative venant prouver leur volonté de vivre en dehors de tout asservissement.




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