Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Une lettre ouverte – Jean Grave
Le Réveil communiste-anarchiste N°406 – 20 Mars 1915
Article mis en ligne le 11 novembre 2017
dernière modification le 8 octobre 2017

par ArchivesAutonomies
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Voici une lettre que nous croyons utile de reproduire en entier. Les phrases en caractères gras, à commencer par "délégués socialistes au gouvernement", ont été supprimées par la censure française.

A MM. SEMBAT ET GUESDE
délégués socialistes au gouvernement

Messieurs,

Je vous fais parvenir un article, Les causes de la guerre, dont la censure vient de refuser, à la (Bataille syndicaliste, l’autorisation de publier.
Sur treize articles envoyés à ce journal, neuf ont été sabotés par la censure ; c’est le quatrième qui est totalement supprimé.
Dans ces articles, si vous prenez la peine de les lire, vous verrez que je ne me suis nullement occupé des opérations de guerre, des mouvements des troupes — que j’ignore totalement du reste — que je n’ai spécialement attaqué aucun des hommes au pouvoir, me contentant de faire des critiques générales, surtout sur les causes antérieures de la guerre, afin d’éviter pour l’avenir les mêmes fautes devant infailliblement amener les mêmes effets.
C’est pour défendre les libertés acquises que, républicains, socialistes, anarchistes, révolutionnaires de toutes sortes, ont été amenés à résister à l’agression allemande. C’est pour conserver le droit de penser, d’écrire, de parler, que tous, indistinctement, luttent contre le militarisme prussien.
Pendant ce temps, sous prétexte de défense nationale, on étouffe sournoisement la liberté de la presse. La censure ne laisse passer que les excitations au meurtre, à la haine, à la vengeance, à tout ce qui peut éterniser la mésentente et la guerre entre les peuples, fournir à la réaction le moyen de faire dominer chez nous ce militarisme que l’on nous demande d’écraser chez nos voisins.
Parmi toutes les protestations qui se sont élevées contre les agissements des innommables de la censure, je n’ai pas vu figurer la vôtre ?
Ce n’est cependant pas pour permettre de continuer les fautes qui ont amené les massacres et la destruction que les nôtres versent leur sang.
N’est-ce que pour couvrir les agissements de la réaction, lui permettre de tromper plus facilement l’opinion publique que vous avez accepté de faire partie du gouvernement ? Et cela ne vous a-t-il été offert qu’à condition de vous taire ?
Avec toute la considération qui vous est due
, recevez mes salutations.

Clifton, 12-1-1915.




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