Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Résolution adoptée en mars 1916 et soumise à la Conférence de Kienthal par les partisans du Programme Spartakus
Mars 1916
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 14 avril 2018

par ArchivesAutonomies

Résolution adoptée en mars 1916 et soumise à la Conférence de Kienthal par les partisans du Programme Spartakus [1]

I

La nouvelle Internationale qui doit réapparaître après l’effondrement de l’ancienne le 4 août 1914 ne pourra naître que de la lutte révolutionnaire des masses prolétariennes dans les pays capitalistes les plus importants. L’existence et l’activité de l’Internationale n’est pas un problème d’organisation, ni le problème d’un accord entre un petit groupe de personnes agissant comme représentants des couches d’opposition des ouvriers ; c’est la question d’un mouvement de masse du prolétariat de tous les pays, du prolétariat ayant retrouvé ses principes socialistes. A la différence de l’Internationale qui fut dissoute le 4 août 1914, qui n’était qu’une institution externe maintenant de faibles liens entre des petits groupes de dirigeants de partis et syndicats, la nouvelle Internationale, de façon à devenir une puissance réelle, doit être enracinée dans le moral, dans la capacité d’action et dans la pratique quotidienne des masses prolétariennes les plus larges. La croissance de l’Internationale se fera par en bas selon le même processus et au même degré que les masses laborieuses, s’étant libérées des chaînes de la paix sociale et des influences empoisonnées des leurs dirigeants officiels, se lanceront dans la lutte de classe révolutionnaire. Le slogan central de la lutte doit être l’action de masse systématique pour la paix. Ce n’est qu’à partir de cette action que la nouvelle, active et vivante Internationale pourra naître.

La Conférence de la tendance Internationale – c’est-à-dire l’opposition au sein de la Social Démocratie Allemande qui a adhéré aux "thèses" [2] – salue la Deuxième Conférence, dont l’origine se trouve dans le rassemblement de Zimmerwald, comme le symptôme que l’orientation des cercles socialistes des divers pays dans cette direction a déjà commencé, et qu’une unification internationale est devenue un besoin toujours plus présent pour ces cercles ; et elle espère que ses manifestations donneront une nouvelle impulsions pour hâter la naissance de l’Internationale sur la base de la volonté d’action des masses prolétariennes.

II

La situation qui s’est créée en Allemagne après presque 2 ans de guerre signifie déjà la faillite de l’impérialisme. Du point de vue militaire la guerre est arrivée à une impasse, à tel point qu’une solution purement militaire apparaît plus éloignée qu’au début de cette boucherie démesurée. La hausse du coût de la vie qui pour les larges masses ne signifie pas autre chose qu’une véritable famine ; le nombre terrifiant de morts et d’infirmes qui se comptent par millions ; l’immense fardeau financier qui, sous la forme de taxes toujours plus grandes, retombe sur les masses laborieuses ; la machinerie purement artificielle de l’activité industrielle qui repose entièrement sur les commandes de guerre et qui après la fin de cette boucherie s’effondrera immédiatement ; le manque croissant de matières premières en conséquence du blocus de l’Allemagne ; enfin la difficulté toujours plus grande de continuer même le système d’extorsion des emprunts de guerre – tout cela est le produit de deux ans de massacre impérialiste et révèle l’horrible ruine économique de l’Allemagne, aussi bien que des autres pays belligérants – une ruine qui ici ou là est à grand peine dissimulée par l’administration officielle des auteurs de la guerre et de la presse servile. L’attitude des larges couches du peuple que ces conditions déterminent dans le pays et sur le champ de bataille, culmine dans un désir passionné de paix et une haine croissante pour cette interminable tuerie.

Cette situation qui vient d’être décrite impose à la Social Démocratie Allemande comme à celle des autres pays belligérants, le devoir d’agir dans l’esprit de la résolution du Congrès International de Stuttgart et de n’épargner aucun effort pour transformer cette attitude anti-guerre des masses en une compréhension politique claire et déterminée et une forte volonté capable d’action.

Dans ce but les représentants prolétariens de la Social Démocratie qui sont sérieux à propos de briser les chaînes de la paix civile sont tenus :

1. dans tous les pays en guerre de refuser – sur la base des principes socialistes – d’accorder les crédits militaires, quelle que soit la situation militaire..

2. de refuser aux pays en guerre toutes les taxes et les moyens financiers.

3. d’utiliser sans se lasser tous les moyens des organisations politiques existantes et de l’activité parlementaire de façon qu’en harcelant et en critiquant sans trêve les majorités impérialistes et leurs gouvernements, ils puissent stimuler les masses et les encourager à manifester vraiment leur volonté contre la guerre et pour la solidarité socialiste internationale.

La Social Démocratie Allemande dont la faillite n’a fait que prouver une faiblesse existant depuis longtemps, doit subir un changement interne complet si elle doit guider les masses prolétariennes dans leur mission historique.

Son développement en force révolutionnaire active ne peut pas être obtenu simplement par des programmes et manifestations, par une discipline mécanique ou par des formes organisationnelles mortes, mais uniquement par la propagation de la conscience de classe vitale et de l’initiative résolue parmi les masses.

Cela suppose la transformation du système bureaucratique du parti et des organisations syndicales, système qui étouffe, dans un chaos d’institutions officielles de parti, la résolution et la force des masses, en un système démocratique où les fonctionnaires sont les instruments des masses. En opposition à la trahison et à l’obstruction qu’exercent aujourd’hui les institutions du parti et des syndicats par leur abus des slogans de "discipline" et d’ "unité" et par leur utilisation de l’appareil organisationnel pour soumettre les travailleurs aux intérêts des classes impérialistes ; en opposition à cela, la claire et déterminée volonté socialiste des masses prolétariennes doit être sans relâche menée par en bas à chaque occasion de façon à ramener l’organisation à son rôle qui est d’être l’instrument énergique de la lutte de classe.

Il faut accorder un grand soin à l’activité des jeunes et aussi à l’activité des femmes qui sont appelées pendant la guerre à jouer un rôle politique particulièrement important. La tendance du mouvement des Jeunesses à arriver à une existence indépendante doit être soutenue sans hésitation.
La propagande doit être menée avant tout auprès des travailleurs organisés. Mais elle doit s’efforcer d’aller au delà et de toucher l’élément inorganisé qui, sous l’influence de la Guerre Mondiale est devenu une réserve très favorable au recrutement pour le socialisme.

La clarté des principes, la fermeté de l’attitude fondamentale et tactique, la conduite obstinée de la lutte de classe dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien, telles sont les questions vitales pour le socialisme en temps de guerre. Une stricte séparation d’avec toutes les tendances opportunistes sur le plan des principes, de la tactique et de l’action, est impérative y compris quand ces tendances naviguent sous le drapeau de l’opposition à la politique des institutions officielles.

Le fait même d’une guerre mondiale domine et détermine aujourd’hui toute la situation politique et économique, interne et externe.

La politique de la classe ouvrière doit s’orienter partout selon ce fait ; elle doit s’opposer à la Guerre Mondiale en tant que la plus puissante et la plus néfaste des activités de la domination de la classe capitaliste. Le mouvement socialiste doit prouver dans cette opposition son droit à l’existence. La lutte de classe en temps de guerre donne sa force et sa signification historique à la lutte de classe en temps de paix. Elle constitue une école révolutionnaire très importante pour cette dernière. C’est la tâche du mouvement socialiste pendant la Guerre Mondiale – puisqu’il a échoué à la prévenir – d’utiliser cette guerre et les conditions qu’elle a créées pour pousser les masses à établir la paix et hâter une reconstruction socialiste de la société. Il faut refuser tout soutien moral et matériel à l’état de siège, à l’abandon des obligations sociales, à la spéculation sur les denrées alimentaires, à la tromperie du peuple, à la privation des droits des masses – provoqués par le régime de la guerre impérialiste ! Pendant la guerre tout impôt, qu’il soit "juste" ou "injuste", sert la guerre et sa continuation. Le refus de tout impôt de guerre et l’opposition à tous les moyens financiers est une règle de guerre contre la guerre, une règle qui a pour but l’affaiblissement du pouvoir gouvernemental dans tous les domaines.

Il faut mener une attaque sur tous les fronts.

Les conséquences politiques et sociales de la guerre sur les intérêts de la classe prolétarienne (la fourniture des denrées alimentaires, la politique sociale, le système de taxation, le droit de réunion, la liberté de la presse et des syndicats, la liberté de déplacement, les libertés individuelles, la Justice, l’éducation, etc.) doivent être dénoncées en permanence devant les masses et il faut y répondre par l’intensification de la propagande en faveur des revendications du programme socialiste. Le mot d’ordre de l’abolition de l’armée permanente doit être opposé au militarisme de la Guerre Mondiale ; les mots d’ordre de la république, de la démocratie dans la politique intérieure et dans la politique étrangère doivent être opposés à l’absolutisme de l’état de siège.

A chaque occasion, tant au sein qu’en dehors du parlement, l’état de siège doit être rompu ; la paix civile – le mensonge sur la solidarité nationale entre les classes – doit être brisée ; la phrase mensongère sur le devoir de chacun de défendre son pays doit être réfutée ; l’identité internationale des intérêts du prolétariat, qui n’a pas disparu à cause de la guerre mais a atteint un niveau plus élevé, doit être proclamée en tant que maxime politique.

Les manifestations d’indignation et de mécontentement politiques et sociales doivent être amplifiées par tous les moyens possibles d’agitation.
Le but de toute la propagande doit être de développer les prémisses de l’activité révolutionnaire de masse sur une large échelle, de donner aux actions de masse, quelle que soit leur origine, un caractère et un but politiques, de les pousser en avant et de les transformer en une opposition consciente contre la guerre et la domination capitaliste de classe.