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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Troisième conférence du Mouvement zimmerwaldien (5-12 septembre 1917)
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 18 février 2019

par ArchivesAutonomies

Lors de la troisième conférence zimmerwaldienne internationale socialiste du 5 au 7 septembre 1917, à Stockholm, les représentants des organisations socialistes suivantes étaient réunis :

Allemagne Social-démocratie indépendante
Autriche Opposition de la social-démocratie autrichienne
Russie Comité central de la SDAP, Comité d’organisation de la SDAP (les représentants du Comité d’organisation ont seulement pris part, en partie, aux délibérations de la conférence ; l’un d’eux n’a pas signé le manifeste à cause d’une divergence d’opinion sur un point) ; menchéviks internationalistes
Pologne Comité du Parti socialiste de Pologne
Finlande Parti socialiste
Roumanie Parti socialiste
Suisse Parti socialiste
Amérique Socialist Propaganda League and International Brotherhood
Norvège Jeunesse socialiste
Danemark Jeunesse socialiste
Suède Parti de la gauche et Jeunesse socialist

La Commission socialiste internationale.

Outre les partis cités, ont approuvé les résolutions de la conférence : le parti étroit de Bulgarie et les représentants de l’opposition au sein du "grand" parti et de la Ligue générale des syndicats de la Bulgarie, arrivés à Stockholm seulement après la conférence, par suite des difficultés du voyage.

Nous avons aussi reçu l’assentiment de partis dont les représentants n’ont pas pu venir à Stockholm ; comme l’assentiment écrit envoyé par eux ne nous est pas encore parvenu par suite d’obstacles techniques et politiques, nous ne les mentionnons que dans les généralités.

Un certain nombre d’autres organisations de tendance internationale et particulièrement les camarades d’Angleterre, de France et d’Italie furent empêchés de participer à la conférence parce que les passeports leur furent refusés. S’appuyant sur leurs lettres et sûrs de leur assentiment, les participants sont tombés d’accord au sujet de la proclamation suivante :

Prolétaires de tous les pays

Sans résistance, les peuples voient arriver le quatrième hiver de guerre avec toutes ses terreurs. Des millions d’hommes ont été massacrés, des millions ont été estropiés sous la mitraille, d’autres millions sont traînés à l’abattoir jour après jour. La faim et la misère déciment ceux qui sont restés chez eux, hommes, femmes et enfants, non seulement dans les pays belligérants, mais aussi dans les pays neutres. C’est l’anéantissement des peuples comme résultat de la concurrence capitaliste pour atteindre le pouvoir et les bénéfices.

En face de ces horreurs et de ces tortures s’élève toujours plus fort le cri des peuples souffrants : que la paix arrive, que le massacre des peuples prenne fin ! Mais l’aurore de la paix ne se lève toujours pas. Poussés par leurs peuples, las de la guerre, les potentats des deux camps se reconnaissent cependant partisans de la paix, mais les protestations solennelles de leur volonté de paix masquent à peine le désir inassouvi de l’écrasement de l’ennemi, l’avidité de conquêtes et de nouvelles possibilités d’exploitation.

Les gouvernements capitalistes craignent tous de devoir revenir du champ de bataille sans butin, chargés uniquement de la dette de milliards et de la malédiction de millions de veuves et d’orphelins.Ils tremblent devant le jour de la paix qui sera un jour de règlement de comptes. C’est pourquoi ils ne tomberont pas d’accord sur la paix tant qu’ils disposent encore des moindres forces et qu’ils garderont la moindre espérance d’écraser l’ennemi.

Le soi-disant travail pour l’obtention de la paix et d’un commun accord des socialistes gouvernementaux qui ont promis au prolétariat de faire avancer la cause de la paix d’une manière décisive à Stockholm, n’a pas plus de chance de succès.

Aucun lien ne peut être établi entre les socialistes gouvernementaux des deux groupes de puissances ; ils ne sont en effet que les complices de leurs gouvernements respectifs. Leurs efforts serviles pour maintenir "l’union sacrée" et pour soutenir la politique de guerre impérialiste les ont dépouillés de la capacité de faire une lutte révolutionnaire dans l’intérêt du prolétariat.

Ceux qui en sont capables et qui sont appelés à le faire dans tous les pays sont seulement les masses de prolétaires qui sont restés fidèles à leur idéal socialiste ou qui ont été gagnés à cet idéal. Des opinions communes et la conscience d’intérêts communs soudent ces prolétaires internationalistes en une unité qui poursuit irrésistiblement un but commun. Mais le développement des choses les oblige à une prompte réalisation de cette grande tâche.

La paix des travailleurs

Seule une paix, que le prolétariat socialiste aura pu provoquer et former en combattant au moyen d’actions décisives, en masse, peut empêcher d’une manière durable le renouvellement du carnage mondial. Une paix capitaliste, de quelque façon qu’elle soit faite, aboutirait dans chaque pays à décharger sur les épaules des travailleurs les dettes incommensurables de la guerre. Le prolétariat a entretenu la guerre, des années durant, par le sang de ses fils, par la force vitale de tous ses hommes, de toutes ses femmes. La clique des capitalistes a augmenté ses forces de vampire, en réalisant, avec passivité, des bénéfices de guerre. Une paix capitaliste porterait atteinte aux droits des prolétaires, tandis qu’elle faciliterait aux capitalistes la pire exploitation de la force du peuple.

Pour assurer une paix durable, il est nécessaire de démocratiser de fond en comble tous les Etats et d’abolir les privilèges des capitalistes (privilèges d’argent). Seule la réalisation de la république sociale offre une garantie contre un retour de la guerre mondiale.

Les conditions de la Russie poussent aussi à l’accélération de la lutte prolétarienne internationale. Les champions russes de la liberté avaient, avec leur révolution grandiose et la chute du tsarisme, fait un premier pas promettant beaucoup sur le chemin de l’imposition de la paix et de la délivrance du peuple. Mais le prolétariat isolé d’un seul pays ne peut, dans la guerre mondiale, obtenir la paix par la force. Jusqu’à présent, les masses populaires des autres pays n’ont pas suivi les frères russes sur le chemin de la délivrance. Aussi cela a-t-il contribué à permettre à la réaction russe de relever la tête d’une manière menaçante.

La lutte internationale des masses prolétaires pour la paix signifie en même temps le sauvetage de la Révolution russe.

Il y a eu, ici et là, des actions isolées du prolétariat. Des ouvriers et des ouvrières faisaient, malgré toutes les persécutions, retentir dans les rues le cri demandant du pain, la paix et la liberté. Les masses de travailleurs au service du capitalisme de guerre, qui ont abandonné leur travail, ont lutté pour la défense des droits humains les plus élémentaires. Leurs grèves furent entreprises malgré l’abandon du droit de coalition par les chefs social-patriotes des syndicats et des partis. Ces faits n’indiquent pas seulement la fatigue du prolétariat dans les différents pays en guerre. Ils sont le signe que les ouvriers de tous les pays connaissent les moyens de lutte par lesquels ils pourront obtenir la paix.

Mais, par des luttes isolées dont les prolétaires d’autres pays n’ont reçu ou ne reçoivent que de tardives nouvelles, le but ardemment désiré ne peut être atteint. L’heure du commencement de la grande lutte générale dans tous les pays a sonné pour la venue de la paix, pour la délivrance des peuples par le prolétariat socialiste. Le moyen en est la grève commune internationale et générale.

Notre appel s’adresse à la classe ouvrière de chaque pays. Son propre sort est lié indissolublement au sort du prolétariat mondial. La classe ouvrière d’un pays qui s’exclut de la lutte commune, ou même l’attaque par derrière, empêche la paix, allonge la guerre et l’exploitation des peuples et ruine son propre avenir. Elle commet une trahison envers la cause commune de l’humanité. Cela ne doit pas être !

Prolétaires de tous les peuples ! Le devoir le plus difficile vous attend. Le but le plus noble est devant vous : la délivrance définitive de l’humanité.

Ouvriers, ouvrières ! Faites de la propagande pour l’action internationale dans chaque atelier, dans chaque chaumière où l’on gémit !

La lutte sera longue et difficile. Les classes régnantes ne céderont pas d’un seul coup, elles ne capituleront pas d’elles-mêmes. Plus la lutte est difficile, plus elle doit être menée d’une façon décisive ! Il s’agit de vaincre en combattant, car supporter plus longtemps sans résistance amènerait la ruine du prolétariat.

Vive la lutte internationale des masses contre la guerre !

Vive la paix socialiste ! [1]