Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Explications nécessaires - Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°411 – 30 Mai 1915
Article mis en ligne le 11 novembre 2017
dernière modification le 10 novembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Bon nombre de camarades nous ont écrit depuis le début de la guerre, pour formuler quelques critiques, tout en se déclarant dans le fond entièrement d’accord avec le Réveil. Il nous semble toutefois qu’il reste encore quelques points importants à souligner, afin de préciser notre pensée et écarter les malentendus.

* * * * *

Tout d’abord, nous n’avons jamais entendu adhérer à une théorie quelconque de non résistance. Il nous est arrivé dans le passé de subir des impositions légales et même de nous laisser arrêter, passer à tabac, perquisitionner, emprisonner, condamner soit à l’amende soit à la prison. La violence légale s’est tout particulièrement exercée contre nous, et, avouons-le, le plus souvent pour des raisons plus ou moins plausibles, nous l’avons supportée. Mais il n’est jamais venu à l’idée d’aucun anarchiste de poser en principe que c’était là la conduite à tenir. Au contraire, il restait bien entendu que la révolte ouverte était en somme la seule attitude logique.
Il ne saurait en être autrement dans le cas d’invasion armée d’une soldatesque quelconque. Notre impuissance à soulever la foule, à la pourvoir de suite de moyens adéquats de défense, peut nous conseiller de ne pas résister ; mais c’est un pis aller qu’il ne convient pas de louer ou de donner en exemple.
D’autre part, la résistance comme soldats de l’Etat est absolument incompréhensible, car nous combattons ainsi nullement en hommes libres, mais en esclaves demeurés fidèles à leurs maîtres. La désertion s’impose donc. Il est incroyable que des centaines d’hommes se réclamant d’une idée, lui vouant leur vie, consentent à marcher à la mort pour consolider les pouvoirs qu’ils se proposaient de détruire. Rien ne peut justifier la participation à la guerre, hormis le fait d’avoir été pris dans la tourmente, sans aucune possibilité de s’y soustraire.
Toutefois, la désertion n’acquiert toute sa valeur que par l’action à laquelle le déserteur se prépare ensuite. Les nécessités révolutionnaires n’ont pas diminué, au contraire ; c’est pour elles seulement que nous devons vouloir faire preuve d’un véritable héroïsme.

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D’aucuns pensent que la guerre tuera la guerre. Les horreurs en seront tellement grandes que l’humanité tout entière finira par se soulever. En réalité nous constatons que l’on s’habitue assez facilement aux pires atrocités. Et nous croyons que certains camarades se trompent lorsque, au nom d’une condamnation générique de la guerre, ils ne trouvent que railleries pour ceux qui s’indignent contre tel ou tel surcroît de cruauté.
Nous avons été parmi les premiers à signaler les infamies inouïes des expéditions coloniales, mais nous ne voyons pas un motif de nous réjouir de les voir se reproduire dans la guerre européenne, par la destruction systématique des villes et des villages et le massacre des populations. C’est une erreur que de croire que plus notre humanité tombera bas, plus elle se relèvera facilement.
Non, c’est toujours la goutte qui fait déborder le vase ; c’est toujours l’épisode isolé qui frappe le plus vivement et devient susceptible d’engendrer la révolte. Dans les mouvements d’indignation, il y a très souvent de l’inconséquence, mais plus qu’à souligner celle-ci, appliquons-nous à faire servir celle-là au but que nous poursuivons.
Pour nous il y a encore un autre danger dans l’augmentation des atrocités propres à la guerre. Elles sont de nature à frapper les individus au point de leur faire oublier les principes pour passer à l’ennemi et devenir des défenseurs de l’Etat national.
Il est hors de doute que l’immense tragédie dont la Belgique a été le théâtre a bouleversé bien des esprits. Et puisque des camarades paraissent souscrire à la théorie de la non résistance, que peut bien signifier celle-ci en face des prescriptions bien précises contenues, par exemple, dans le manuel allemand des Lois de la guerre sur terre :

Une guerre énergiquement conduite ne peut pas être uniquement dirigée contre l’ennemi combattant et contre ses dispositifs de défense, mais elle tendra et devra tendre également à la destruction de ses ressources matérielles et morales. Les considérations humanitaires, telles que les ménagements relatifs aux personnes et aux biens, ne peuvent faire question que si la nature et le but de la guerre s’en accommodent.

Et comme ils ne s’en accommodent presque jamais, les maisons sont brûlées et les habitants paisibles massacrés.
C’est ainsi que la non résistance devient un non-sens au même titre que la résistance aux ordres des maîtres. Il ne reste encore et toujours que la résistance révolutionnaire.
– Comment la réaliser ? — Voilà précisément la question qu’il faut s’attacher partout à résoudre.




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