Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Paix et justice – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°412 – 12 Juin 1915
Article mis en ligne le 11 novembre 2017

par ArchivesAutonomies
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En plus de ses millions de victimes et de ses immenses destructions, la guerre aura eu pour navrant résultat, de solidariser les esclaves avec leurs maitres ! Ce n’est point là le moindre de ses maux, c’est même celui contre lequel nous devons inlassablement chercher un remède, car ses conséquences peuvent être les plus désastreuses pour le mouvement d’émancipation populaire.
Comment les masses qui se sont trouvées opposées les unes aux autres, pendant de longs mois, dans un carnage horrible, pourront-elles sincèrement se réconcilier ?
Aussi longtemps qu’elles resteront sur le terrain des compétitions capitalistes et étatistes, il est évident que cette réconciliation sera irréalisable. Le socialisme ne saurait donc se greffer sur le régime bourgeois ! il doit le déraciner et le supplanter.
Gardons bien présente à l’esprit cette pensée que la guerre, quels que soient les belligérants vainqueurs ou même si elle devait se terminer par leur épuisement, sans victoire décisive des uns ou des autres, n’aura servi qu’à aggraver la situation des masses laborieuses, à leur forger de nouvelles chaines. Faite sur ordre et pour le compte de masses privilégiées, celles-ci y chercheront avant tout un affermissement de leurs privilèges. C’est ainsi que dans la presse mondiale, il n’a pas encore été question, même incidemment, qu’elles en abandonneraient un seul. Chacun se borne à dire qu’il veut vaincre pour éviter un plus grand mal, et nul bien, à proprement parler, n’est prévu.
En attendant il reste établi, comme nous l’avons affirmé de tout temps, que les peuples sont gouvernés par des fous et de monstrueux criminels. Et à moins de vouloir rester éternellement leurs instruments et leurs complices, la question se pose impérieusement : Comment nous en délivrerons nous ?
Et d’abord, de quoi demain sera-t-il fait ? Les populations pillées et massacrées dans des proportions inouïes vont se trouver en présence de dettes publiques formidables, dont les intérêts exigeront une aggravation énorme du régime fiscal.
Le militarisme augmentera. Les vaincus se prépareront à la revanche, les vainqueurs voudront garder la situation acquise par une dure victoire. Et s’il n’y avait ni vaincus, ni vainqueurs, tout étant à recommencer, les Etats armeront aussi de plus belle.
Ce ne sont pas les quelques promesses vagues, faites dans un langage hypocrite par les gouvernants, qui permettent d’espérer une situation meilleure que celle à prévoir d’après les faits dont nous sommes témoins.
Même pour les peuples vainqueurs il n’y a pas d’illusion à se faire. Leur misère sera plus grande encore, et, d’ailleurs, ou la solidarité internationale reste un vain mot ou nous ne pouvons que craindre de voir tous les frais d’un pareil conflit peser uniquement sur tel ou tel peuple.
Serrons la question de plus près ; sans une transformation radicale de l’économie capitaliste, demain réserve au prolétariat, qui aura consenti tous les sacrifices, sans en excepter un seul, un recul dans ses conditions d’existence déjà si précaires.
Mais qui a parlé jusqu’à présent de cette transformation ? Ce ne sont certes pas les dirigeants de n’importe quel pays et même les socialistes restés en dehors du conflit n’y font que vaguement allusion, comme à une chose souhaitable sans doute, mais pour laquelle aucune action précise n’est encore à tenter.
Eh bien, proclamons hautement que la guerre elle-même ne peut apporter aucune solution et qu’elle est vraiment sans issue. Un ordre quelque peu durable, excluant de nouveaux dangers de guerre et garantissant des conditions économiques meilleures et non pires que celles d’avant la guerre, ne peut sortir que d’un vaste mouvement populaire, en opposition aux moyens employés et aux fins poursuivies par l’Etat et les classes possédantes. Ce mouvement, expression de l’action directe des masses est précisément la révolution.
Nos maîtres ont proclamé la solidarité de toutes les classes sociales en face de la guerre ; nous devons l’exiger en vue d’établir la paix à l’intérieur et entre tous les pays. L’égalité devant la mort ne saurait se comprendre sans l’égalité devant la vie.
Propageons au sein des foules cette idée qu’il est inadmissible, après avoir largement payé l’impôt du sang, de n’en retirer aucun avantage. Il leur a été parlé de biens à défendre. Ne nous attardons plus à prouver que le prolétariat n’en avait aucun, mais poussons-le à exiger la jouissance de ces biens dont il vient d’effectuer la défense.
Les déshérités ne toucheront rien de toutes les indemnités éventuelles ; ils ne pourront qu’être appelés à les payer. N’est-il pas révoltant qu’ayant souffert beaucoup plus en somme que les possédants, leurs souffrances soient estimées à zéro ? Avec un tel langage, nul doute que nous soyons compris. Et la conclusion est que que nous pouvons nous indemniser nous-mêmes qu’en supprimant l’exploitation due au fait du monopole des moyens de production, de consommation et d’échange, par leur expropriation. Ainsi seulement pourra disparaître en même temps l’oppression politique et s’accomplir notre véritable libération.
Nos gouvernements respectifs n’étant que l’organisation de la défense des privilèges, c’est contre eux que nous aurons à mener la lutte. Il faut donc cesser d’invoquer l’assistance de l’Etat. défenseur attitré des droits acquis et des intérêts reconnus. Nous avons à l’attaquer et à l’ébranler pour l’acquisition de nos droits et la reconnaissance de nos intérêts.
Voilà comment nous sommes toujours amenés à l’idée d’émancipation économique, accomplie contre et non au moyen de l’Etat, par cette action directe de tous et de chacun, de laquelle seulement nous pouvons attendre le salut.
Prolétaires de tous les pays, refusons-nous à travailler pour l’exploitation et à tuer pour l’oppression de n’importe quel maître.
Ne soyons plus ni salariés ni soldats.
Répétons encore avec la première Internationale :

Ouvrier, prends la machine ;
Prends la terre, paysan.

Car il n’y a de liberté que dans le bien-être, par la réalisation du principe : Tout est à tous. La justice et la paix veulent la révolution.




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