Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Antoine Cavalazzi - Le Réveil
Le Réveil communiste-anarchiste N°416 – 31 Juillet 1915
Article mis en ligne le 10 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Une douloureuse nouvelle nous arrive d’Amérique. Notre fidèle ami et collaborateur de la première heure, Antoine Cavalazzi, après une longue maladie et vingt mois de cruelles souffrances, passés dans un sanatorium, vient de mourir . Nombreux sont les camarades qui à Genève et à Paris ont dû garder son souvenir, car il gagnait la sympathie de tous ceux qui l’approchaient. Simple ouvrier, s’étant formé de lui-même une bonne instruction, il n’en tirait aucun orgueil, et s’adonna continuellement à la propagande la plus obscure, ne demandant qu’à être ignoré. Ce n’était pas timidité de sa part, ayant toujours fait preuve, au contraire. de la plus grande fermeté en face du danger et des menaces, mais un besoin naturel de simplicité.

Le Réveil lui doit la notoriété qu’il acquit au moment de la rupture diplomatique italo-suisse, Cavalazzi fut, en effet, l’auteur de l’entrefilet qui la provoqua. Le voici :

Crispi fut de son vivant le cauchemar des faibles, mort il est le cauchemar des puissants.

Cela est prouvé par le fait que de hautes influences s’exercent de toutes façons à faire disparaître une certaine quantité de documents laissés par lui. Nous ne savons pas ce que contiennent ces documents, mais s’il faut s’en rapporter aux on dit et aux multiples et puissantes forces agissant pour les faire disparaitre, nous sommes forcés de croire qu’ils révèlent des choses non sans importance. Ne démontrent-ils pas que Crispi n’a pas été seul la cause des multiples désastres qui ont conduit l’Italie au bord de la faillite ; mais qu’une personne encore plus haut placée, une personne qui fut couronnée et regrettée par les valets de la dynastie de Savoie est aussi sérieusement compromise dans les tristes affaires qui troublèrent le peuple italien ? les affaires des banques dévalisées ; les affaires d’Afrique ; les états de siège ; les fusillades contre les travailleurs italiens, etc.

Et combien d’autres complices se cachent dans l’ombre ! Combien d’autres ordures doivent illustrer l’histoire des classes dirigeantes italiennes.

Ces quelques lignes, parues dans notre numéro 41 du 18 janvier 1902 déplurent tout particulièrement aux gouvernants italiens, qui réclamèrent des poursuites contre le Réveil. Le Conseil fédéral se déclara prêt à les intenter, moyennant une plainte de la Légation italienne à Berne, exigée par la loi. Mais l’Italie se refusa à porter plainte, prétendant que le Réveil devait être poursuivi d’office. Le Conseil fédéral fit remarquer que le Code pénal suisse ne le permettait pas. Peine perdue. Le gouvernement italien insistant, la rupture diplomatique s’ensuivit avec le rappel de Carlin de Rome et celui de Silvestrelli de Berne.

La brouille dura plusieurs mois et prit fin par l’intermédiaire de l’Allemagne. Peu de temps après les Chambres fédérales votaient un article additionnel au Code pénal suisse prescrivant les poursuites d’office pour apologie de crime anarchiste. Nos fiers gouvernants avaient cédé une fois de plus aux exigences de l’étranger. Avec la dernière prescription sur la presse, les poursuites d’office sont étendues à tout article de journal pouvant déplaire à un gouvernement quelconque. C’est le développement naturel de nos libertés six fois séculaires.

L’entrefilet incriminé ayant été attribué au camarade Bertoni, Cavalazzi ne fut pas inquiété. Mais quelques mois plus tard, en octobre, il était parmi les premiers expulsés de la grève générale. De Genève il se rendit à Paris, où il continua à collaborer à notre journal, puis passa en Amérique.

Dans ce pays son activité ne devait pas se démentir et il prit constamment part à notre mouvement, ne cessant point d’écrire et d’aider à la propagande, même pendant les derniers mois de sa vie.

C’est avec une profonde émotion que nous saluons ici la mémoire de l’ami disparu. Ce fut un bon ouvrier de l’anarchie, probe, désintéressé, loyal, actif, qui n’a cessé un seul jour de sa vie — hélas ! trop brève ! — de travailler à la réalisation de l’idéal de bien-être et liberté pour tous. Ces longues années de séparation n’avaient diminué en rien la grande affection commune. Il nous a légué un exemple que nous ne cesserons d’honorer et de suivre.




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