Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Action immédiate – Quelques camarades du groupe international de Londres
Le Réveil communiste-anarchiste N°419 – 25 Septembre 1915
Article mis en ligne le 10 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Un article récemment paru (n° 416 du Réveil) “Que faire maintenant”, nous a suggéré quelques réflexions que nous voudrions communiquer aux camarades que les événements actuels ont isolés les uns des autres.

Nous traversons une période qui, à première vue, semble être tout à fait différente de celles déjà traversées.Une vingtaine de millions d’hommes se guettent pour s’entretuer. Devons-nous en conclure que notre mouvement doive pour cela changer de direction et employer des moyens nouveaux conformes à la situation présente ?

C’est-à-dire : la guerre peut-elle exercer une influence quelconque sur la nature et l’idéal de notre mouvement ?

Tout d’abord, posons la question : Qu’est-ce que l’anarchie ? Pour nous, l’anarchie est une philosophie tendant au développement intégral de l’individu. Quel est le principal obstacle à ce développement ? L’autorité. Quel est le conservateur de l’autorité ? L’Etat. Mais à quelle source l’État puise-t-il actuellement sa force ? Dans la propriété individuelle.

En quoi la guerre peut-elle modifier, même momentanément, notre manière d’agir, puisqu’elle ne porte aucune atteinte, aucune modification aux principes mêmes que nous combattons : l’autorité, la propriété individuelle. Aucun gouvernement n’a porté la question sur ce terrain : suppression de l’autorité ; abolition de la propriété individuelle. Tous parlent de peuples attaqués, de libertés violées, de droits outragés. Nul ne parle de l’établissement de la propriété commune en vue du bien-être et de la liberté réels des peuples. La guerre n’est donc qu’un conflit entre autorités, et nous signalons ce point à la réflexion de tous les camarades qui, depuis le début de la guerre, sont devenus militaristes ou zélés défenseurs d’une nation contre une autre nation.

Puisque cette guerre n’a pas pour but la reprise des richesses publiques par les communautés ; c’est-à-dire que le principe qui nous intéresse n’y est pas facteur d’action, nous ne pensons pas que les anarchistes doivent y participer volontairement.

Notre action tend à la suppression de la propriété individuelle et de l’autorité. Toute lutte donc qui n’a pas un tel objet est faussement comprise. Nous nous fourvoyons, dès l’instant où au lieu de nous occuper uniquement du but qui réclame tous nos efforts (et ceux-ci étant déjà réellement inférieur à la tâche n’ont nullement besoin d’être dispersés), nous nous intéressons à une plus ou moins grande autorité dans un régime basé toujours sur la propriété individuelle. Nous devons lutter en toutes occasions contre les principes de propriété individuelle et d’autorité ; mais prendre position en faveur de telle ou telle autre autorité, n’est-ce pas aller contre notre philosophie même ?

Or, si nous admettons que c’est dans le principe de la propriété individuelle que réside la cause principale de tous nos maux, nous devons nous demander quels sont parmi les individus qui nous entourent ceux qui seront le plus disposés à accepter nos idées, à lutter avec nous contre la propriété individuelle, ceux qui ont quelque chose ou ceux qui n’ont rien.

Nous, anarchistes, qui avons compris la cause des maux dont nous souffrons, nous nous trouvons en présence de deux catégories principales d’individus : ceux qui dès leur naissance (et ceux-là forment une immense majorité) ont été placés dans de telles conditions qu’il leur a été difficile de penser, de s’instruire, de se développer, de lutter ; et ceux pour qui les conditions ont été moins dures, qui ont de l’instruction, des loisirs, des moyens ; c’est-à-dire d’individus qui subissent toutes les forces d’oppression des sociétés, et d’individus qui, en en subissant une partie, reçoivent en échange des compensations nombreuses.

Quels sont de ces individus ceux vers qui nos principaux efforts doivent se diriger ?

Nous tendons vers le bonheur de tous. C’est dans ce bonheur que nous trouverons le nôtre, et par conséquent nous devons lutter pour l’atteindre. Mais les individus ne lutteront avec nous qu’autant que nous serons précis sur le but à atteindre et sur les moyens à employer. Nous devons continuer à leur faire comprendre comment et comment seulement ils peuvent tendre vers le bonheur : par la suppression de la propriété individuelle, par l’expropriation.

C’est ici que nous nous heurtons justement aux individus qui possèdent et qui après avoir pesé dans leur égoïsme éclairé ou qui peut l’être très aisément, ce que nous leur offrons et ce qu’il ont, considèrent pour la plupart que la société actuelle leur donnant déjà de suffisantes compensations, leur laissant en outre le moyen d’en acquérir d’autres, il est préférable pour eux de ne pas se lancer dans une lutte dangereuse.
Ceux qui ne possèdent rien, au contraire, s’ils comprennent notre idéal, ne sont nullement arrêtés par ces considérations intéressées et sont disposés à entrer résolument dans la voie que nous leur traçons.

Pour ces raisons, nous pensons que l’effort des camarades doit surtout porter à convaincre la masse des prolétaires.

Apprenons-lui avant tout à faire sienne cette idée primordiale que tout doit être à tous et non à quelques-uns, qu’il n’y a aucune raison pour qu’eux et leurs enfants meurent de faim et n’aient aucun moyen de se développer en hommes libres. Disons-lui de s’emparer des usines, des champs, de tout ce qui est nécessaire à la production. Faisons-lui comprendre la nécessité de ne pas attendre une permission de consommer, lorsque une chose est à consommer, mais de prendre de suite. Demandons-lui de se refuser, dans l’esprit d’abord, dans les faits ensuite, à admettre l’autorité.

Les peuples de tous les pays sont plongés dans le deuil et la misère, deuil et misère beaucoup plus grands qu’en temps ordinaire. Les peuples, par conséquent, sont beaucoup plus frappés par les faits actuels que par les faits d’autrefois, bien que ceux-là ne soient que le grossissement de ceux-ci. Sentant fortement la douleur, ils sont plus disposés à en rechercher l’origine. Il nous est pourtant plus facile qu’auparavant d’appeler leur attention sur la cause première de toutes ces misères. Que notre travail, donc, tende comme auparavant à montrer aux peuples que leur véritable bien-être ne peut être obtenu que par la suppression de la propriété individuelle mais pour entraîner les peuples à combattre avec nous, soyons avec eux toujours.

Nous l’avons dit plus haut, le peuple souffre plus que jamais. Il se révolte confusément contre cette souffrance qui lui est infligée. Profitons du moment pour intensifier autant que possible notre propagande. Prouvons à ce peuple que la guerre a été engendrée par le désir que certains individus ou groupes ont d’étendre leur propriété personnelle, et conséquemment que la meilleure façon de la faire cesser dans le présent et de l’éviter dans l’avenir est de substituer à cette propriété individuelle la propriété commune. Expropriation des moyens de production, droit absolu à la consommation ; voilà les deux points que nous ne devons jamais perdre de vue.

Ne limitons pas nos efforts. Ne cherchons pas l’intérêt personnel que nous en pouvons retirer. Trouvons en nous-mêmes assez de force, assez d’audace, assez d’esprit de sacrifice pour donner l’exemple au reste du peuple.

Par des promesses, les individus ont été entraînés à la guerre ; opposons à ces promesses nos réalités. Préconisons l’expropriation avant tout, et de lutter ensuite contre ceux qui voudraient s’interposer. Alors la lutte sera logique pour nous, puisqu’elle sera faite pour la défense de notre idéal en voie de réalisation, pour l’établissement d’une société sur des bases nouvelles, pour répondre à une force d’oppression qui nous attaquera ; parce qu’alors cette lutte, cette guerre, sera la révolution.

Mais avec la propagande générale dans le peuple sur les grandes lignes de l’anarchie, tendant à mettre en lumière les causes des maux dont il souffre, il existe bien d’autres moyens d’action. Les anarchistes, à notre avis, ne doivent pas s’éloigner de cette conception que leurs efforts sont faits en vue de la libération de tous. Qu’ils emploient tous les moyens possibles, en conformité avec leur tempérament, mais que chacun de leurs actes vise à l’éducation révolutionnaire et à l’expropriation au profit de tous.




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