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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tribune militaire - Flourens
La Marseillaise N°1 - 19 Décembre 1869
Article mis en ligne le 16 décembre 2017
dernière modification le 13 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous nous proposons d’avoir toujours ici une place pour toutes les réclamations de l’armée.
Nous publierons ces réclamations sous notre responsabilité personnelle, afin de ne pas compromettre nos correspondants.
Tout soldat, tout sous-officier, tout officier qui, en dehors des lois militaires, aura à se plaindre de quelque tort, de quelque dommage, nous trouvera toujours prêts à défendre son bon droit.
Sous prétexte de respect aux lois, se glissent les abus les plus odieux. Nous ne savons pas qu’aucune loi oblige les pauvres soldats à souffrir du froid pendant l’hiver, parce qu’on leur enlève le bois de chauffage qui leur est alloué par l’Etat.
Nous ne savons pas qu’il importe à la discipline et à l’honneur de l’armée que la soupe des soldats soit tellement fade et mauvaise qu’elle devienne immangeable.
Lorsqu’il arrive à un soldat de se plaindre de ces abus, il est puni, et l’abus n’est jamais réparé.
Quant à nous, qui ne sommes point exposés à ces punitions et qui voulons faire respecter les droits de tous les citoyens, même de ceux qui sont soumis au service militaire, nous révélerons ces indignités.
Nous en appellerons à l’opinion publique, à la Chambre, quelque peu énergique qu’elle soit.
Des interpellations seront faites par le député de la première circonscription de Paris, au sujet de ces deux soldats envoyés en Afrique, pour avoir assisté à une réunion populaire.
Au sujet de l’adjudant Mulot, du 59ème de ligne, qui pour le même crime que Dufour et Colet, pour s’être cru citoyen, vient d’être dégradé, et à repris ses galons de sergent.
L’esprit de l’armée est le même que celui du peuple. Elle veut la liberté, et ne consent point à s’inféoder à un homme et à une dynastie.
Pour le mieux prouver, donnons ici la parole à nos correspondants de l’armée. Nous ne dirons pas leurs noms, mais nous nous faisons garants de l’authenticité de leurs lettres, et cela à nos risques et périls.

"Quand nous arrivons au corps, on commence par nous faire lire le Code pénal une fois tous les jours ; dans ce Code, rien ne prescrit le devoir de nos chefs envers nous. Nous ne pouvons pas invoquer un seul article pour nous faire respecter. Et puis, l’on s’étonne que le soldat ait prêté la main au coup d’Etat. Vous ne voyez donc pas qu’ils nous ont bandé les yeux, en nous occupant à des choses inutiles, en nous tenant renfermés dans ces casernes où l’on n’apprend rien, où l’on n’a ni livres ni journaux. On ne nous permet pas de rien juger par nous-mêmes, de réfléchir, de communiquer nos idées à nos camarades, d’être hommes enfin. Et c’est dans cet état là que l’on nous conduit à la Ricamarie et à Aubin, en aveugles qui ne voient pas où ils vont ni ce qu’ils font !"

Suivent d’autres réflexions, que nous ne pouvons publier, plus navrantes encore, car elles montrent des hommes qui ont le sentiment de leur dignité, et se voient privés de tout droit.
Pour quel résultat, hélas ! pour faire des campagnes de Chine et du Mexique !
Ou plutôt pour soutenir l’élu du suffrage universel, qui, sans armée, ne durerait guère par la seule bonne volonté de son peuple et le seul appui de milices nationales.




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