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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N° 2 - 20 Décembre 1869
Article mis en ligne le 16 décembre 2017
dernière modification le 10 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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LES GRÈVES

Une société qui a pour principe — l’individualisme, pour moyen — la concurrence, pour morale — chacun pour soi, doit inévitablement avoir pour résultat l’antagonisme des intérêts et la haine entre les hommes, c’est-à-dire la guerre.

L’une des formes de cette guerre, dans l’ordre économique, constitue la Grève. C’est la lutte du Capital et du Travail.

Lorsqu’ils seront unis, ces deux éléments de la production, source de toute richesse, donneront le bien-être et l’harmonie ; jusqu’ici, par leur hostilité ils ont toujours causé le désordre et l’anarchie sociale.

Dans le passé, la retraite des plébéiens sur le mont Aventin forme l’un des plus remarquables épisodes de cette longue bataille. Alors, comme aujourd’hui, les prolétaires étaient à la merci des détenteurs du capital. La société romaine était, comme la nôtre, divisée en deux classes : celle des patriciens, qui jouissaient de tous les avantages de l’association, et celle des plébéiens, qui en supportaient toutes les charges. Lorsque, accablés de misère, ils reconnurent qu’ils ne devaient rien espérer de la justice de leurs oppresseurs, les prolétaires refusèrent le service de la guerre, travail presque exclusif de ces âges de barbarie ; ils se réunirent sur une colline, qui devint pour eux le mont sacré, et ils ne consentirent à rentrer dans la cité qu’après avoir obtenu la garantie de leur participation aux bénéfices de la communauté.

Si les plébéiens de notre époque agissaient avec le même ensemble, on verrait bientôt nos modernes patriciens s’empresser d’offrir eux-mêmes les conditions qu’ils repoussent impitoyablement, tant que les prolétaires restent dans l’impuissance de leur isolement, et ce serait alors le travail qui ferait la loi au capital.

La bourgeoisie l’avait bien compris. Conformément à ses principes d’individualisme, lors de son avènement elle proclama la liberté de l’industrie, mais elle ne prit aucune mesure pour égaliser les forces des combattants dans cette lutte à outrance où les uns, armés de pied en cap, écrasent facilement les autres dépourvus de tout moyen de défense. Bien plus, les législateurs de la bourgeoisie avaient défendu aux travailleurs, sous peine de prison et d’amende, de s’unir pour résister au despotisme des patrons. Sous le régime du Code pénal, la grève, même pacifique, était un délit !

Cependant, soit afin de paraître accorder quelques satisfactions à l’opinion publique, soit pour se donner à soi-même le mérite de ces leurres qui constituent le socialisme césarien, par une loi récente on accorde aux ouvriers le droit de se coaliser pour la défense de leurs intérêts ; mais on maintient l’interdiction d’un autre droit essentiel, celui d’association, sans lequel une coalition sérieuse est impossible ; de sorte que la prétendue concession est illusoire, et qu’on a pu dire de cette loi, comme de toutes celles qui sont issues du régime impérial, qu’elle n’était qu’un piège.

Et les tueries d’Aubin, de la Ricamarie démontrent de quelle façon on entend traiter les malheureux prolétaires qui ont l’audace de revendiquer leurs droits !

Néanmoins, les travailleurs ne sont pas disposés à reculer devant le danger. Parmi eux, des hommes intelligents, animés par la justice de leur cause, pénétrés du sentiment du devoir, poursuivent avec dévouement une lutte pacifique, qui ne pourra cesser que par la défaite absolue, définitive, de l’un des combattants.

Les efforts se concentrent particulièrement, en ce temps-ci, sur la grève des mégissiers.

L’organisation de cette grève prend des proportions considérables, et qui en assurent le succès.

Jusqu’à présent les grévistes avaient seuls concouru à l’œuvre de résistance ; ils n’avaient reçu de leurs frères que des secours temporaires et le plus souvent insuffisants. Désormais le prolétariat tout entier est appelé à y participer, et il ne s’agit plus seulement de pourvoir aux besoins d’un jour de crise, mais bien de constituer l’indépendance permanente du Travail.

Nous avons publié dans le premier numéro de la Marseillaise, la résolution si élevée et si digne de la Chambre fédérale. Que tous les travailleurs répondent à l’appel ; et, comme les plébéiens d’autrefois, ils pourront, sur ce nouveau mont sacré, dicter au capital les lois naturelles de la justice.




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