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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°4 - 22 Décembre 1869
Article mis en ligne le 16 décembre 2017
dernière modification le 11 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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LES LOYERS

A peine la Marseillaise est-elle venue prendre en main la défense des droits du prolétariat, que de nombreuses protestations lui sont adressées contre l’un des plus révoltants abus du capital, celui qui se commet, surtout à Paris, à propos des loyers.

Lorsque le principe d’égalité, tel que nous l’avons défini, sera accepté par l’opinion publique, cette reine encore en tutelle de notre société future ; lorsque le peuple, exerçant lui-même sa souveraineté directement et sans délégation, voudra introduire ce principe dans les lois, le problème qui s’impose aujourd’hui d’une manière si redoutable, recevra une solution facile.

Sous le régime politique et social que nous subissons, le sphinx moderne apparaît aux malheureux locataires à la fin de chaque trimestre sous la forme du propriétaire, tenant en main une énigme qu’il faut deviner à peine d’être dévoré, la quittance du loyer.
Mais, à la différence du monstre antique, le propriétaire ne disparaît pas dans le gouffre avec les épargnes des locataires ; à chaque terme, le problème se présente de nouveau, et toujours plus effrayant, car le prix des loyers augmente dans des proportions telles, que l’on ne comprend pas comment cela pourra longtemps durer.
Et cependant, si l’on admet, comme seule règle de justice, dans les relations humaines, la liberté, sans l’égalité sa sœur, il faut reconnaître que le propriétaire use du droit rigoureux que lui confèrent les lois actuelles ; car, en vertu de son droit de propriété, il est le maître, il peut disposer de sa chose comme il l’entend, laisser sa maison vide, même la détruire, ou ne la louer qu’au prix qu’il lui convient de fixer ; il n’a d’autre règle que son intérêt ou son caprice. C’est la conséquence forcée de l’appropriation individuelle, et si rigoureux, si inhumain que soit un propriétaire on ne peut pas l’accuser d’injustice, tant qu’il n’exige pas des locataires des sommes supérieures au taux du loyer que celui-ci s’est vu dans la nécessité de lui promettre pour obtenir un abri.

Il ne faut pas demander à la monarchie ce qu’elle ne pourrait donner sans contrevenir aux principes qui la constituent ; par conséquent on ne doit pas attendre d’un pareil régime une transformation des lois économiques basées sur le principe de l’individualisme ; mais le peuple pouvait du moins se croire autorisé par les promesses qu’on lui avait faites afin d’obtenir de lui la renonciation à sa souveraineté, à espérer que l’empire chercherait à atténuer, autant que possible, les misères et les douleurs causées par les institutions sociales actuelles...
C’est tout le contraire qui s’est produit. Dans son administration arbitraire et despotique de la Ville de Paris, l’empire n’a eu d’autre but que de se mettre en garde contre les dangers d’un soulèvement populaire ; ne pouvant compter sur les sympathies des travailleurs, il a voulu les chasser de Paris et les mettre dans l’impossibilité de renouveler les actes de justice accomplis en juillet 1830 et en février 1848. A cet effet, on a imaginé de percer dans tous les sens de larges voies stratégiques, dépourvues de ces pavés qui forment les matériaux des barricades, et de remplacer les modestes abris des pauvres par ces maisons somptueuses qui ne peuvent servir de demeure qu’aux riches.

Précautions inutiles. Les jours de l’empire sont comptés ; toutes les forces matérielles dont il dispose ne le protégeront pas longtemps contre le flot irrésistible de la conscience publique, qui monte chaque jour et finira bientôt par l’engloutir avec toutes les institutions qu’il a patronnées.
Alors, mais alors seulement le peuple pourra voir les loyers ramenés à un taux équitable. A côté de la liberté, qui ne profite qu’à ceux qui possèdent, la République instituera l’égalité sociale. Ce sera l’inverse de ce qui existe aujourd’hui et ces appartements luxueux, qui repoussent aujourd’hui le prolétaire, seront transformés pour lui en logements modestes, mais confortables, et dignes d’abriter le peuple souverain.




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