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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tribune militaire - Flourens
La Marseillaise N°12 - 30 Décembre 1869
Article mis en ligne le 16 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Le Constitutionnel juge à propos de démentir la nouvelle de l’arrestation de soldats républicains de l’armée de Paris. Naturellement, il le fait sans donner aucune preuve de l’exactitude de son assertion.
Puis, il ajoute à notre adresse la petite aménité qui suit :

"Naturellement, la Marseillaise s’est empressée de reproduire la nouvelle apocryphe de son coreligionnaire politique, et M. Gustave Flourens qui, par parenthèse ne manque jamais l’occasion de faire dire des ABSURDITÉS aux orateurs de sa Tribune militaire, l’a accompagnée de ces commentaires oiseux dont il commence à prendre la pernicieuse habitude.
Bien entendu, notre rectification ne s’adresse qu’au Réveil et nullement au journal dans lequel M. Flourens sait si bien faire pleurer les jeunes filles avec ses petites historiettes sentimentales.
Ses lectrices ont dû être particulièrement touchées par le récit lamentable des tortures infligées à ce pauvre soldat, qui, puni de quinze jours de cachot par son officier, augmenté de quinze jours par son colonel, se voit traîné à la queue du régiment par de féroces camarades, livré à la gendarmerie, fourré dans des cachots horribles, ramené à Paris, réexpédié au camp de Châlons. M. Flourens a oublié le dénouement de son drame qui devrait se terminer par la mort du malheureux dans une oubliette du quartier général.
Mais s’il croit faire autre chose que du roman ou du drame, que M. Flourens se détrompe. Les discours de sa Tribune militaire dénotent chez leur producteur une ignorance complète de tout ce qui concerne l’armée, et une forte dose d’ingénuité. "– A. Wachter.

Eh bien ! nous ne nous trompions donc pas !
Nous avons frappé juste.
Ce cri de colère, agrémenté de plaisanteries plus ou moins réussies, ces aimables reproches d’absurdité, d’ignorance complète, d’ingénuité, tout nous démontre que nos ennemis se sont sentis touchés au cœur.
Pourquoi donc ces généraux qui vont chaque jour dans les casernes faire de la propagande impérialiste parmi les jeunes soldats ? pourquoi ces saintes fureurs de M. Wachter ? s’il n’était pas vrai que nous avons atteint l’empire dans ses œuvres vives, dans ce qu’il regardait comme sa base, l’armée, et qu’il ne se relèvera pas de cette atteinte.
M. Wachter nous parle de jeunes filles et de sentimentalisme. Il prétend que nous faisons du roman pour nos lectrices.
Ah ! nous voudrions bien, pour l’honneur de l’humanité qu’il en fût ainsi.
Nous voudrions que tout ce que nous avons dit de l’esclavage militaire fût roman, et non pas expression beaucoup trop faible de la vérité.
Jamais il ne nous sera possible de donner une idée de tout ce que l’armée française a souffert, par la férocité du commandement, sous le second empire.
Surtout dans l’épouvantable campagne du Mexique !
Il suffit d’exposer loyalement ces odieux abus du pouvoir, pour que l’armée juge entre ses frères les Républicains et les amis de M. Wachter.
C’est ce qu’elle a fait déjà.

* * * * *

La Patrie vient à la rescousse et nous donne un démenti aussi peu fondé que celui du Constitutionnel :

"Certains journaux voudraient donner le change à l’opinion publique en l’inquiétant au sujet des dispositions de l’armée. Ces manœuvres, déjà tentées à plusieurs reprises, ne réussiront pas. Nos soldats, devant les excitations dont ils sont l’objet, restent fidèles à leurs devoirs, et plusieurs d’entre eux, ayant reçu la brochure adressée par M. Félix Pyat à l’armée, l’ont remise à leurs chefs sans vouloir la lire."

Si quelques soldats ont poussé l’obéissance passive, jusqu’à remettre à leurs chefs la brochure de Félix Pyat, sans l’avoir lue, des milliers l’ont lue et comprise.
Ce n’est point la Patrie, c’est la Marseillaise qui se lit dans les casernes.
Ce n’est point la Patrie, c’est la Marseillaise qui demande que les soldats français soient traités en hommes et non en esclaves.
Entre la presse officielle qui trouve tout bien, et la presse républicaine qui défend les droits de tous les citoyens, même des soldats , l’armée sait faire grande différence.

Voici une lettre qui montre une fois de plus combien est grande la sollicitude de l’état-major impérialiste pour le bien-être de l’armée, et de quelle ingénieuse manière cette sollicitude s’exerce.

28 décembre 1869

Citoyen rédacteur,

Je viens d’assister à une revue passée par un aide de camp de S. M. Napoléon III.
Ce haut dignitaire, dans sa paternité bienveillante, a voulu se rendre compte par lui-même si les moyens d’existence que le gouvernement impérial met à la disposition de ses soutiens sont suffisants. S’adressant à un soldat, il l’a questionné sur sa nourriture. Sur la réponse peu satisfaisante de ce dernier, le grand personnage s’est alors tourné vers son état-major en laissant tomber les paroles suivantes :
"Ce sont des expériences que nous faisons : si nous reconnaissons que le soldat n’a pas assez de la gamelle, nous améliorerons son ordinaire en prélevant sur sa solde."
Pauvre soldats ! 35 centimes tous les cinq jours sur lesquels il faut prélever 10 centimes pour la salle d’armes, environ autant pour l’entretien en fil, aiguille, etc. Si on améliore la nourriture sur ton sou de poche, que va-t-il te rester ?
C’st à ne pas y croire ; ces impérialistes ne doutent plus de rien.
Recevez, etc ;

C***

* * * * *

Le Réveil publie la lettre suivante d’une camarade des deux soldats envoyés en Afrique pour avoir assisté à une de nos réunions populaires de Paris.
Nous attendons toujours la réponse à la lettre chargée que nous leur avons envoyée, il y a deux mois, au 16ème de ligne.
Est-ce que le soldat n’a pas même le droit de recevoir sa correspondance ?

Voici la lettre que donne le Réveil :

Philippeville, le 13 décembre 1869

Citoyen rédacteur,

Deux de mes camarades de détention, Louis Colette et Dufour, m’ont chargé de vous remercier, ainsi que tous les amis connus et inconnus, du fraternel élan qui amènera leur affranchissement.
J’étais avec eux depuis leur arrivée à la prison militaire de Marseille, car mes deux pauvres camarades voyageaient sous l’escorte de la gendarmerie, enchaînés tous deux ensemble et s’arrêtant de prison en prison, où ils attendaient, privés de tout, un nouveau départ pour une nouvelle prison.
A Marseille, où nous avons attendu deux mois que notre détachement fût complet pour embarquer, j’étais parvenu à me procurer un numéro de la Réforme contenant un article intitulé : les Brebis galeuses ; les concernant.
La lecture de cet article m’avait fait prévoir ce que l’on ferait peut-être pour eux ; un numéro de votre intrépide journal vient de nous confirmer mes prévisions et leur espérance ; c’est pourquoi, citoyen rédacteur, je m’empresse, en leur nom de vous remercier bien sincèrement.
(…)
Mes deux camarades sont en Afrique maintenant. Selon moi, ils ne resteront pas longtemps au 16ème de ligne.
Ces dangereux citoyens sont recommandés sans doute, et je plains leur sort si votre aide ne vient pas assez vite.
En attendant, citoyen rédacteur, veuillez agréer en leur nom, pour vous et vos amis, l’assurance de leurs remerciements et de leur gratitude.




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