Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Jeunesse Anarchiste - Fernand Jodogne
La Jeunesse Anarchiste N°1 - 15 Mars 1921
Article mis en ligne le 24 décembre 2017
dernière modification le 23 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Cette rubrique comportera, à chaque parution de notre organe, un état de l’action à laquelle nous participons, elle sera comme le miroir de nos gestes. Mis en parallèle avec nos idées ; elle permettra enfin et sur tout à ceux qui, éloignés par la distance mais près de nous par le sentiment, suivent avec intérêt notre besogne, elle leur permettra, dis-je, de suivre nos efforts et, nous l’espérons, les incitera d’y participer.

Nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs un exposé succinct et récapitulatif de la marche de notre groupe, Sa rédaction a été confiée à un de nos camarades de la première heure ; nos amis y verront le succès toujours croissant de la J. A. qui, par ses propres forces, avant à vaincre maintes difficultés, a réussi à ébaucher une propagande qu’avec votre concours, amis lecteurs, nous entendons mener à bien.

La Jeunesse Anarchiste fut formée vers le début de juin 1919 par quelques jeunes désireux de s’éduquer.

A cette époque, il y a lieu de le rappeler, cette besogne était rendue presque totalement impossible pour deux raisons que je vais développer.

La première de ces raisons était : la dispersion de certains militants, les poursuites intentées contre quelques autres, la rareté des propagandistes, et enfin la difficulté de publier les écrits, plus terrible encore que l’interdiction de se réunir, car bien des fois cela fut fait clandestinement.

La seconde était enfin l’état de siège, qui ne permettait pas d’affirmer notre propagande sous sa véritable étiquette, empêchant (tout au moins en apparence) de faire la publicité convenable autour de nos efforts.

C’est dire par conséquent combien nos débuts furent pénibles, d’autant plus que sur la route hérissée de difficultés, s’élançaient, non point des militants avertis, robustes, aguerris, instruits, expérimentés, mais tout simplement des jeunes épris d’un bel idéal, et qui pour cette raison allaient tenter (n’était-ce point folie ?) ce que leurs ainés n’avaient pu résoudre.

Quelle satisfaction doivent éprouver ces ouvriers de la première heure en regardant maintenant le chemin parcouru... mais revenons au sujet. Je disais donc que la Jeunesse Anarchiste, pour commencer son œuvre, avait eu à vaincre bien des difficultés.

En effet ce fut tout d’abord quelques camarades, à peine une dizaine, qui se réunirent dans l’arrière-boutique de la Librairie Sociale ; on y fit quelques causeries sur l’éducation sexuelle, point important dans notre vie à tous.

Puis le groupe ayant fait boule de neige, il fallut trouver une salle capable de contenir ses nouveaux adhérents. C’est alors que ceux-ci se réunirent rue Saint-Bernard, dans un local appartenant aux organisations syndicales ; là, vinrent nos amis Loréal et Eme qui y firent des causeries concernant l’idéal anarchiste et les moyens de le propager.

C’est à ce moment que se formèrent une partie des militants qui depuis propagèrent l’idéal des jeunesses, au milieu des poursuites et des épreuves qui allaient marquer la période dans laquelle ce groupe allait entrer.

Bientôt, en effet, le local que nous occupions nous était refusé, parce que, disait-on, notre existence était illégale, peut-être aussi parce que nous n’acceptions point les directives des permanents confédéraux.

Ce fut alors une course aux locaux, trop souvent infructueuse, obligeant même un soir nos camarades à se réunir... à la belle étoile, prés des fortifications.

Vers la fin d’octobre, ce fut la levée de l’état de siège, qui nous permit d’agir plus librement.

C’est alors que le camarade Outer lança un appel pour former des groupes de jeunesses dans chaque arrondissement, et plusieurs groupes étaient déjà en formation, notamment celui du 13°. Lorsque notre camarade Péache sortant, grâce à l’amnistie, de la prison de Clairvaux où il purgeait une peine de 2 ans de prison, pour propagande antimilitariste. Péache, lui, jugea plus prudent de garder en un seul noyau le groupe des jeunes. Sous son impulsion, ainsi que de celle de notre camarade Havanne, la J.A. commença réellement à faire parler d’elle ; à ce moment furent organisés plusieurs meetings fort bien réussis, qui amenèrent de nouveaux adhérents.

Vers la même époque, des relations furent établies avec la province ; des groupes s’y formèrent, en très petit nombre il est vrai.

Une entente ayant été faite entre la Jeunesse Anarchiste et la Jeunesse Syndicaliste, des tracts furent édités par les soins d’un Comité d’action spécialement formé dans ce but.

Ce fut le signal d’une répression féroce de l’autorité. Nous étions alors en fin février, à l’époque de la grève des cheminots, le Gouvernement nous donna, ce que l’on pourrait appeler : la répétition générale du procès du complot.

Le 1er mars, notre camarade Loréal était emprisonné. Auparavant, notre excellent camarade Mouche était arrêté pour placardage des dits tracts, et fit deux ou trois semaines de prévention.

Puis ce fut le tour de nos amis Porte, Péache et Bellanger, et enfin de notre camarade Outer, ancien secrétaire de la J.A. qui en cette qualité et en raison de sa "nationalité" russe, fut tout simplement expulsé de la terre du droit et de la liberté... et des pommes de terre frites...

Mais la répression ne devait pas s’arrêter là. le Gouvernement ayant constaté que les brimades et les emprisonnements n’avaient point arrêté nos efforts, s’était décidé à frapper un second coup. Les grandes grèves de mai lui en fournirent le prétexte ; deux autres camarades furent encore emprisonnés ; ce furent Mathieu et Jo. Pax. condamnés respectivement à 4 et 6 mois de prison.

Malgré cela, la besogne d’éducation se poursuivit aux Jeunesses où de belles conférences furent faites par Mauricius, Marcel Sauvage, etc. Un meeting fut organisé aux Sociétés Savantes. Depuis, plusieurs autres le furent dans les différents quartiers de Paris.

Il faut croire que depuis ce temps la police a jugé inutile de frapper sans succès notre organisation, car à partir de ce moment, nous fûmes bien moins inquiétés. Certes, plusieurs de nos camarades sont allés en prison depuis que ceux que nous venons de citer en sont sortis, mais il ne semble pas qu’ils soient frappés spécialement parce que faisant partie de notre organisation.

La police doit fort probablement ignorer leur affiliation à notre groupe. En effet, n’ayant ni cartes ni paperasserie, aucune compromission n’est possible, et c’est du reste la raison qui fait que nous taisons l’identité de ces camarades, bien que nous ayons cité deux qui furent incarcérés comme membres de notre organisation.

Camarades,

Après vous avoir exposé notre travail, il nous reste à vous indiquer maintenant quels sont nos projets d’avenir.

Jusqu’à maintenant, nos efforts ont été limités à une sphère très restreinte, il faut que notre action s’amplifie, qu’elle se généralise, et il sera certainement beaucoup moins difficile de parcourir le chemin qui nous reste, qui nous a coûté de peine à gravir, celui qui nous a amené au point auquel nous sommes parvenus.

C’est pourquoi nous vous convions, camarades de province, à former à notre exemple et sous notre égide, des groupes de Jeunesses dans vos localités.

Mettez-vous en relation avec nous, demandez-nous des conseils pour réaliser enfin la besogne nécessaire de l’éducation des jeunes, qui, ne l’oubliez pas, sont l’espoir de l’avenir.

Songez quelle puissance peut apporter à l’individu conscient une organisation puissante avant un noyau d’action sur chaque point du territoire ! Songez à la puissance d’une telle organisation franchissant les frontières, unissant tous les individus, sans distinction de langue ni de race ! Songez... oui, songez-y... aucun rêve n’est trop beau pour celui qui veut s’en donner la peine.

Et c’est précisément dans le but que non venons d’indiquer que les initiateurs du journal que nous faisons paraître en faisant l’effort nécessaire pour lancer les premiers exemplaires, c’est dans ce but qu’ils voudraient nous voir engagés.

Faites-leur donc confiance. Mieux, aidez-les de vos ressources ; et pour les jeunes qui nous lisez pour la première fois, mettez-vous en relations avec nous, afin que nous puissions œuvrer à l’idéal commun.

Allons, jeunes, un effort. Le passé flambe, l’avenir est à nous, à l’œuvre pour l’établissement de ce que nous rêvons .




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