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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Contre toutes les idoles - L’iconoclaste
La Jeunesse Anarchiste N°5 - 15 Août 1925
Article mis en ligne le 24 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Le vendredi 29 juillet s’est déroulée une cérémonie néo-religieuse. Les suiveurs du nouveau culte ont sacrifié à leur idole une soirée qui, certainement, laissera dans leur mémoire un souvenir approchant de celui de leur première communion. Nous voulons parler de la commémoration du 7° anniversaire de la mort de J. Jaurès.

S’il s’était agi d’un homme tel que Caserio, Ravachol ou Vaillant, le geste d’idolâtrie, sans perdre rien de sa nullité et de son inconvenance, aurait quand même eu une certaine raison d’exister.

En effet, Caserio, Vaillant et tant d’autres ont véritablement accomplis un geste qui relève du révolutionnarisme et une manifestation en leur mémoire n’aurait pu qu’inciter la foule à agir collectivement avec autant de courage qu’eux agissaient individuellement.

Mais vraiment nous ne voyons pas en quoi l’homme des Cent mille Paletots a mérité les hommages de la foule, surtout lorsqu’ils sont offerts avec un caractère religieux qui évoque celui des processions devant la grotte de Lourdes.

En examinant la vie de Jaurès, son attitude à double face prouve d’une façon précise qu’il ne fut qu’un habile politicien.

Politicien, le mot peut paraître un peu dur, mais nos lecteurs impartiaux pourront se convaincre, par les extraits qui suivent, que notre opinion est fondée.

Voyez d’abord Jaurès comme antimilitariste et pacifiste : (Extraits de l’Armée nouvelle).

(Page 288). Il y a une sorte d’arbitraire candide et terrifiant dans les termes d’un rapport qui exige des officiers une certaine intellectualité.

C’est peut-être du colonel Ramollot qu’il s’agit ?

(Page 289). Ce qui fait la beauté de la profession des armes, c’est qu’elle exige de l’homme qu’il soit toujours prêt à donner le plein effort, l’effort suprême.Il n’en est pas de plus grand que de donner sa vie, et de la donner, si je puis dire, avec réflexion et sagesse, en obtenant du sacrifice consenti le plus d’effet possible pour la Patrie.

On croirait entendre le chœur des Girondins.

(Page 341). Est-ce que le peuple ouvrier et paysan est disposé à assurer le fonctionnement de l’armée ?... S’il a une attitude hostile, ou même s’il boude et s’abstient, tout changement de forme dans l’institution militaire aboutira ou à dissoudre la défense nationale et livrer la France à toutes les surprises du. dehors...

Brrrr...

Mais pourquoi le prolétariat n’assumerait-il pas, de son point de vue à lui, dans son esprit à loi, et selon la mesure de sa force grandissante la grande tâche de l’organisation militaire et de la défense nationale ?

Qu’en dis-tu Cachin ?

J’entends bien qu’une prédication convent confuse d’antimilitarisme ou même d’antipatriotisme a accumulé sur ce problème des obscurités et des malentendus....

Comme antimilitariste, c’est tapé.

...mais cela même est une raison de plus de poser la question et je suis convaincu qu’une analyse exacte du problème fera apparaître aux. travailleurs la nécessité révolutionnaire...

O combien !

... aussi bien que française de constituer une armée nouvelle par l’intervention du prolétariat.

Au profit des bourgeois, naturellement.

(Page 361). Je n’ai jamais, pour ma part, pris au tragique les paradoxes contre la patrie. La patrie n’est pas une idée épuisée, c’est une idée qui se transforme et s’agrandit...

Sans commentaires.

Se révolter contre le despotisme des rois, et subir passivement le joug de la conquête et la domination du militarisme étranger, ce serait une contradiction si puérile, si misérable, qu’elle serait emportée à la première alerte par toutes les forces soulevées de l’instinct et de la raison.

Allons, enfants de la Patriiie !

(Page 362). Ceux des Français, s’il en est encore, qui disent qu’il leur est indifférent de vivre sous le soudard d’Allemagne ou sous le soudard de France, sous le soudard casqué ou le soudard bourgeois, commettent un sophisme qui, par sou absurdité, déroute tout d’abord la réfutation.

Videmment, videmment, le militarisme français est le meilleur.

Puis voici le Jaurès communiste. ( Armée nouvelle , toujours).

(Page 363). A aucun moment le capitalisme n’est une pure force de résistance, une force de réaction sans mélange. Tout à la fois, par une action indivisible, il abaisse et il élève, il asservit et il émancipe...

Il émancipe !! Qui ?

... il exploite et il enrichit.

Jaurès, peut-être — pas nous toujours.

Ce n’est pas par la contrainte matérielle, ce n’est pas par la brutalité physique qu’il (le capitalisme) se maintient. Sans doute, il a usé et il use encore des forces brutes de l’Etat...

Cela, personne n’en doute.

... Mais si la force brutale intervient au service du capitalisme, elle ne le constitue pas, et ce n’est pas elle au fond qui la soutient.

Qui, alors ?

(Page 366). Mais aux deux classes en lutte il a toujours communiqué une merveilleuse excitation d’espérance, d’orgueil et d’action, et une sorte de grandeur commune...

Pour la grandeur, Jaurès s’y connaît.

... qui jusque dans les conflits les plus âpres, les concilie en quelque façon. La Bourgeoisie n’aurait pas grandi comme elle l’a fait, elle n’aurait pas créé le vaste monde moderne avec ses perspectives illimitées, si elle n’avait cru faire qu’une sordide besogne d’exploitation.

Mais qu’a-t-elle fait, alors ?

Le Prolétariat n’est donc pas hors de la Patrie.

Curieux et très intéressant.

Quand le Manifeste communiste de Marx et d’Engels prononçait en 1847 la fameuse phrase si souvent répétée et exploitée en tous sens : "Les ouvriers n’ont pas de Patrie", ce n’était qu’une boutade passionnée, une réplique toute paradoxale, et d’ailleurs malencontreuse, à la polémique des patriotes bourgeois qui dénonçaient le communisme comme ennemi de la Patrie.

C’est cela, Jaurès communiste ?

Qu’il (le prolétariat) envoie dans toutes les assemblées politiques une minorité toujours accrue qui dénonce les intrigues...

A condition de ne pas en faire elle-même.

... dissipe les malentendus, rappelle sans cesse les diplomaties convoiteuses ou aventureuses à l’esprit d’équité, de modération et de paix.

Et c’est au Parlement qu’il se trouve, cet esprit de modération, d’équité et de paix.

(Page 362). Pour avoir à mon tour répété ces choses dans le commentaire que je donnais au congrès de Stuttgart, j’ai été outragé, dénoncé comme traître à la Patrie...

On se trompait beaucoup.

... Il me semble qu’on ose plus, aujourd’hui, répéter contre le Parti socialiste et l’Internationale (2°) ces calomnies imbéciles.

Oh non, alors ?

(Page 363). Mais ce qui est certain, c’est que la volonté irréductible de l’Internationale est qu’aucune patrie n’ait à souffrir dans son autonomie.

Voilà qui est parler.

(Page 464). Il n’y a donc aucune contradiction pour les prolétaires socialistes et internationalistes, à participer de façon active à la défense Nationale.

Evidemment, Cachin en 1914, l’a bien prouvé.

Leur participation active au fonctionnement de l’armée est donc une loi de la croissance prolétarienne et de l’action socialiste. Cette loi il est impossible que les travailleurs ne la connaissent point...

D’ailleurs, on ne leur demande pas leur avis.

... Il a beau, pour protester contre les formes bourgeoises et capitalistes de la patrie jeter l’anathème à la Patrie elle- même...

La bourgeoisie abattue, où Jaurès place-t-il la Patrie ?

... il se soulèverait tout entier le jour où réellement l’indépendance de la Nation serait en péril...

En criant "A Berlin !!"

Et IL DÉBARRASSERAIT LA PATRIE DES GOUVERNEMENTS DE CORRUPTION ET D’AVENTURE POUR MIEUX PRÉSERVER, AVEC LA PAIX DU MONDE L’AUTONOMIE NATIONALE...

Scrongneugneu, pas de rébellion devant l’ennemi.

La vaine outrance des paradoxes anarchisants...

Hum !

... ne résisterait pas une minute, un jour de crise...

Crise d’alcoolisme, sans cloute ?

... à la force de la pensée ouvrière qui concilie l’internationale et la Nation.

Concilier l’Internationale et la Nation, tout Jaurès tient dans cette courte phrase. C’est la politique — que nous laissons à nos lecteurs le soin de qualifier — de la chèvre et du chou qui fut toute la vie du grand tribun qu’on encense aujourd’hui, en attendant qu’on transporte son cœur sous l’Arc de Triomphe.




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