Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Antipatriotes, toujours ! - Albert Ducharmes
La Jeunesse Anarchiste N°8 - 15 Décembre 1921
Article mis en ligne le 24 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Au moment où les gouvernants, les bas policiers de la finance se ruent à la curée, asservissent le prolétariat allemand et tendent à faire de la Haute-Silésie une colonie française, tout cela au nom de la patrie, de la justice, il serait bon de faire savoir à nos jeunes camarades ouvriers, pourquoi nous croyons néfaste l’idée patriote et, en conséquence, pourquoi nous la combattons.

Nous prouvons, et nous affirmons aux jeunes gens que l’idée de patrie est nuisible à tout point de vue, fausse tant scientifiquement que naturellement, et par conséquent une entrave à l’évolution humaine.

Lorsqu’une découverte est effectuée dans un pays, immédiatement nous voyons les patriotes de ce pays, au nom de la patrie, s’emparer de cette découverte, en garder le monopole ou se servir de cette découverte, à l’occasion, dans un but d’agression vis-à-vis de nation plus faible. Et pourtant quelqu’un pourrait-il affirmer que la science a une patrie ? Cela est absolument impossible.

Par contre, serait-il suffisant, comme voudrait bien nous le faire croire les vieux pantouflards qui prônent l’idée patriote, que deux hommes naissent sur terre, à des lieux différents, pour qu’ils se haïssent l’un et l’autre toute leur vie ? La nature, si différente, mais toujours magnifique dans chaque pays, connaît-elle les poteaux frontières ? L’amour connait-il les nations ? Ne trouve-t-on pas des sentiments, des idées également beaux et impressionnants en France comme en Allemagne ?

Le travail n’est-il pas aussi pénible, les ouvriers ne sont-ils pas exploités aussi cruellement, ne sont-ils pas également miséreux en Bretagne ou en Savoie qu’en Prusse ou en Bavière ?

Les anarchistes méconnaissent et combattent la patrie, car celle-ci ne sert qu’à masquer les appétits plus ou moins vils, plus ou moins grossiers d’une minorité de gens, gouvernants, capitalistes, prêtres ou officiers qui ne vivent que de rapines, exploitant l’ouvrier, et lorsque celui-ci ne peut plus donner ce que cette minorité attend de lui, le jettent contre d’autres ouvriers, pour, à la faveur de ces événements, pouvoir s’enrichir davantage.

Regardons l’histoire toute récente ; voyons un peu ce qu’est la patrie pour nos capitalistes et industriels ; voyez un Loucheur s’entretenant avec un Ratheneau, un de Wendel, faire du commerce, en pleine guerre, avec les Allemands. Devant l’évidence vous serez obligés, comme nous et avec nous, de constater que, par dessus les frontières, les capitalistes de tout pays s’entendent et s’unissent entre eux. A cette force puissante, qu’ils représentent, nous devons opposer celle, plus forte encore, de tous les travailleurs coalisés.

Anarchistes, nous aimons l’Humanité, nous luttons pour que tous les hommes qui souffrent sur terre s’aiment et cherchent à se comprendre et, qu’un jour que nous espérons prochain, ils brisent ce préjugé stupide ; la patrie, préjugé pour lequel ils ont sacrifié les meilleurs des leurs, et se joignent à nous pour réaliser ce monde : l’Anarchie.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53