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Biographie de Pierre Odéon
Article mis en ligne le 24 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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ODEON [PERRIN, Pierre, Marie dit]

Né le 5 mai 1903 à Pontivy (Morbihan) - mort en décembre 1977 - UA - UAC — UACR — LICP — SIA — Paris

Le nom de Pierre Odéon, dont le véritable nom était Pierre Perrin, qui demeurait 8 rue de l’Odéon (6è arr.) et était depuis 1919 le secrétaire du groupe des jeunesses anarchistes du 5è et 6è arr., apparut pour la première fois dans le Libertaire en 1921, à la rubrique "tribunes des Jeunes". Il était alors responsable des Jeunesses anarchistes et collaborait à leur organe La jeunesse Anarchiste (Bagnolet-Paris, 12 numéros du 15 mars 1921 au 15 avril 1922) dont la rédaction fut assurée entre autres par André Leroy, René Barril et G. Bouvet. Il fut arrêté pour une affiche incitant à "la désobéissance aux ordres de mobilisation" et, en cas de guerre, à l’insurrection (cf. le Libertaire, n° 121, 13-20 mai 1921). Condamné à six mois de prison, sa peine fut confirmée en appel. Il assista à Lyon, les 26 et 27 novembre 1921, au IIe congrès de l’Union anarchiste (UA) où il représentait la Jeunesse communiste anarchiste dont il fut le responsable pour les années 1922 et 1923.

À l’issue des travaux du congrès de l’UA qui eut lieu à Pantin du 31 octobre au 2 novembre 1925, il fut élu secrétaire du comité d’initiative de l’UA. Le 17 janvier 1926, i fut avec Léon Lacroix délégué du comité d’initiative au congrès tenu à Amiens par la Fédération du nord et auquel avaient participé une trentaine de délégués. Au congrès d’Orléans des 12-13 et 14 juillet 1926, il fut réélu au comité d’initiative et devint secrétaire de l’UA devenue l’Union anarchiste communiste (UAC).

Odéon, qui fut l’administrateur du Libertaire au début 1927, était partisan de la "plateforme" (plateforme dite d’Archinov) et par conséquent d’une organisation structurée. Après le congrès de Paris (30-31 octobre 1927), congrès de scission qui amena la création, autour de Sébastien Faure, de l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA) opposée aux plateformistes, Odéon fut, avec Ferandel, désigné comme responsable de la Fédération du Midi de l’UAC. À l’issue du congrès d’Amiens (12-15 août 1928), il fut élu membre de la commission administrative et secrétaire adjoint de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR), Le Meillour en étant le trésorier et L. Lecoin le secrétaire. Odéon représentait à ce congrès, le XIIIe arr. de Paris.

Il fut également aux cotés de Lecoin (France), Ruiz et Cortes (Espagne), Makhno (Russie) et Bifolchi (Italie) l’une des animateurs du Comité international de défense anarchiste (CIDA) qui s’était reconstitué en 1929.

En décembre 1929, appelé au titre de réserviste pour une période de 21 jours, il refusa de se présenter et fut arrêté (cf. Le Libertaire du 14 décembre 1929) ; il avait accompli en son temps, son service "et ce sera le remords de toute sa vie" écrivit L. Lecoin dans le numéro du 28 décembre et que Perrin justifia par les sentiments vis-à-vis de sa maman et de sa compagne qui était alors enceinte, ce qui l’avait amener à accepter à contre-cœur d’être soldat. Le 29 janvier 1930, devant le conseil de guerre de Paris il avait notamment déclaré : "...Je n’ignorais pas en me mettant en état d’insoumission quelles en seraient les conséquences et à quelles pénalités je m’exposais. Je les ai affrontées sciemment parce que je tenais avant tout à agir selon ma conscience d’homme, de prolétaire, de libertaire... Pour vous le suprême devoir consiste dans l’obéissance passive aux ordres des chefs et dans la défense, sans cesse préparée, d’une patrie qui, selon vous, mérite tous les sacrifices..Pour nous, nous répudions l’autorité sous toutes ses formes et nous ne voyons dans les patries qu’un moyen de diviser les hommes...Nous estimons que la guerre ne disparaitra que lorsque les hommes se refuseront effectivement à la faire ou aider à la faire sous quelque prétexte que ce soit. Nous désirons que les peuples prennent conscience de leur fraternité, les travailleurs de leur solidarité, qu’ils se refusent à de nouvelles tueries...Tel est le sens de mon refus : refus de me prêter à la préparation d’une nouvelle guerre, protestation contre tout militarisme. J’ai tenu à prêcher d’exemple autant qu’il m’était possible ...". Le conseil, où il fut défendu par maitre H. Torrés, le condamna à un an de prison. Enfermé à la prison militaire du Cherche-Midi à Paris, il y fit, à partir du 3 février, la grève de la faim parce que les visites lui étaient refusées. Ayant obtenu satisfaction, il cessa la grève le 20 février, puis fut libéré le 15 décembre 1930.

Au lendemain de sa libération, il fonda le Comité d’action contre le régime du Cherche Midi, qui fut renommé Comité d’action contre les prisons militaires et pour l’amnistie dont il fut ensuite nommé secrétaire (cf. le Libertaire, 31 juillet 1931) aux cotés de Jean Girardin Bouboule nommé trésorier, Louis Lecoin, P. Mualdes, Gaston Guiraud et le socialiste Pierre Audubert. Le comité sera dissous à l’automne 1932 suite à des accusations de malversations de Perrin à la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP) où il était permanent.

Cette même année 1931 , il participa au congrès de l’UACR qui eut lieu à Toulouse les 17 et 18 octobre et y fut désigné comme membre du comité de rédaction du Libertaire et de la commission administrative de l’UACR dont il était secrétaire depuis déjà quatre mois. En 1933, il aurait été exclu de l’UACR pour des raisons touchant aux questions de trésorerie et, pour le même motif, de la LICP. Il fut réadmis dans le mouvement anarchiste puisqu’il représenta en tant que secrétaire le groupe du XIVe arr. de Paris au congrès de l’UA qui eut lieu à Paris les 12 et 13 avril 1936. En 1934, il avait fondé le Tocsin (Antony), publication anarchiste-communiste, surtout préoccupée par la lutte contre le fascisme qui compta quatre numéros (2 mars-11 mai 1934). Il résidait à cette époque au 4 & 6 Boulevard Brune (14ème arr.) et figurait sur la liste de vérification de domiciles d’anarchistes de la région parisienne.

Pendant la guerre civile d’Espagne, il milita activement en faveur des républicains espagnols. En septembre et octobre 1936, il participa à Paris à la constitution de la centurie Sébastien-Faure qui partit combattre en Espagne. Délégué du Comité de l’Espagne libre, émanation de l’Union anarchiste, il accompagna, en particulier avec Person et Lucien, des dizaines de fois les camions de vivres, de médicaments et d’armes que le Comité envoyait en l’Espagne. En juin 1937, lors d’un de ces voyages où il accompagnaot un convoi de vivres pour les enfants de la Colonie de Llansa, il avait été arrêté à Port-Bou, puis après sa libération à Barcelone par les communistes. Il ne fut libéré qu’après l’intervention du Comité régional de la CNT qui avait appris, par hasard, son arrestation. Acette époque il fut également l’un des responsables de la colonie "Ascaso-Durruti" installée par la Solidarité Internationale Antifasciste (SIA) près de Llansa non loin de la frontière française, qui accueillit 300 enfants évacués, la plupart orphelins de guerre. A l’automne 1938, il faisait l’acquisition pour la SIA d’une nouvelle maison de campagne située à Manzanet de Cabrets à 30km de Llansa et y ouvrait une nouvelle Maison de convalescence pour les enfants appelée Louise Michel et devant accueillir 40 enfants.

Le 15 mars 1939, lors d’une perquisition du siège de SIA, il fut contrôlé par la police : il demeurait alors 4 boulevard Brune et était le responsable à la correspondance du journal La Jeunesse anarchiste.

Odéon collabora au Libertaire en 1931 et en 1937 et 1938. En décembre 1939 il aurait été emprisonné pour avoir refusé de rejoindre son régiment en tant que réserviste.

Pendant l’Occupation, il fut arrêté, semble-t-il après avoir insulté des gradés allemands dans un café, et fut déporté au camp de Buchenwald et aux mines de sel de Wansleben. Le Libertaire d’août 1945 annonça son retour. Il créa par la suite l’hebdomadaire La Chaîne un bulletin de liaison entre les familles de déportés disparus et qui était sous-titré Les déportés survivants sont les maillons de cette chaîne. Il demeurait alors 40 rue du Fer-à-Moulin (5ème arr.) et fut décoré de la Légion d’honneur. Le 2 novembre 1946 , il participa, avec de nombreux autres déportés français et espagnols à la manifestation tenue salle des sociétés savantes pour "protester contre le régime d’oppression qui subsiste toujours en Espagne et honorer les milliers d’Espagnols morts pour la cause de la liberté". Dans les années qui suivirent il apporta également son soutien à la campagne menée par la Fédération espagnole des déportés et internés politiques (FEDIP) pour la libération des républicains espagnols internés au camp de Karaganda en URSS (cf. La Chaîne, n°71 & 77-79, année 1949).

Le 31 janvier 1949, le nom de P. Odéon fut rayé de la liste des domiciles à surveiller en région parisienne.

Selon le Réfractaire de janvier 1978, il mourut en décembre 1977 dans sa soixante-douzième année et fut incinéré au Père-Lachaise (après cérémonie religieuse, selon l’Espoir du 4-10 septembre 1978). Il était marié et père d’un fils.

Sources : Arch. Nat. F7/13056. — Arch. PPo. cartons 49 et 50. — Journaux cités. — J. Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. = Notice de J. Maitron in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier..., op. cit. // R. Bianco "Un siècle de presse anarchiste...", op. cit.// Notes D. Dupuy // Libertaire, 1er juillet 1937// SIA, 22 décembre 1938 // Libertaire, année 1919 // APpo BA 1899 & 1900 // CAC Fontainebleau 200 10216/170 // La Chaîne, n°71-72, 77-79, 1949 // AD Somme 99M41 // La Voix Libertaire, n°50, 8 février 1930 (Déclaration devant le conseil de guerre) //

P.S. :

Biographie extraite du dictionnaire international des militants anarchistes




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