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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°28 - 15 Janvier 1870
Article mis en ligne le 30 décembre 2017
dernière modification le 26 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Des événements terribles ont interrompu nos pacifiques études.
Un Bonaparte, exercé par une longue pratique du crime, un Bonaparte aussi lâche que féroce, tend un piège infâme au représentant du peuple qui exprime le plus énergiquement la revendication de nos droits, et ce Bonaparte, furieux de n’avoir pu attirer dans son antre l’auteur de la Lanterne, le rédacteur en chef de la Marseillaise, se venge en assassinant deux de nos amis chargés d’une mission à laquelle nos mœurs actuelles attachent encore un caractère sacré.
Le Bonaparte a bien soin de l’écrire lui-même, c’est la cause de sa famille qu’il a prise en main ; c’et la dynastie impériale qu’il a voulu défendre par l’assassinat, contre les hostilités du représentant du peuple.
Aussi le peuple ne s’y est pas trompé, il a relevé le défi que lui a jeté le Bonaparte ; chaque républicain s’est senti frappé dans la personne d’Ulric de Fonvielle ; chacun a ressenti au cœur la balle qui a percé celui de Victor Noir ; tous se sentent menacé dans l’élu de la première circonscription.

C’est une guerre, une guerre implacable entre le droit et le brigandage, une guerre à mort entre la justice et l’assassinat.
Dans une première journée, le peuple a manifesté ses résolutions ; bien décidé à les faire triompher, il n’abandonnera plus la lutte tant qu’il n’aura pas obtenu une victoire définitive.
Et cela est nécessaire. Il est temps enfin que le monde, arrêté dans la fange, reprenne sa marche en avant. Il faut se hâter de faire disparaître ce despotisme qui nous étouffe, ces divisions de classes qui nous épuisent en luttes fratricides, ces hostilités personnelles qui engendrent la haine, cet antagonisme de tous les intérêts, source de nos misères, toutes ces causes, enfin, qui produisent les crimes hideux de Pantin et d’Auteuil.

En instituant au-dessus de la nation un pouvoir qui la domine, on fait naître nécessairement une lutte entre deux intérêts opposés : Celui du peuple et celui du gouvernement ; et, pour soutenir cette lutte, le pouvoir est obligé d’employer à son usage personnel toutes les puissances que la France lui a confiées pour sa propre défense, et qui se tournent ainsi contre le peuple lui-même.
De là cet état continuel de crise, qui ne laisse à la vie sociale ni sécurité dans le présent, ni garantie du lendemain, et qui menace tous les intérêts de perturbations continuelles.

D’autre part, s’il n’existait pas de ces privilèges de naissance, exhumés du vieux régime monarchique, et si les intérêts étaient solidarisés, le peuple qui, dépourvu des choses les plus indispensables à la vie, souffre tant de privations, ne se verrait pas obligé de nourrir grassement du produit de ses labeurs, des princes et tant d’autres parasites qui passent leur vie à le mépriser, à l’insulter, et à s’exercer dans leurs salles d’armes au métier de bravi et d’assassins.

Afin que la nation puisse introduire librement, sans entraves et sans violence, dans ses institutions sociales, les principes dont elle reconnaîtra la justesse et l’opportunité, il faut qu’elle administre elle-même ses propres affaires ; qu’elle vote directement ses lois élaborées par une assemblée de simples commissaires, analogues à ceux qui composaient les commissions des anciennes assemblées constituantes et législatives, et qu’elle les fasse exécuter par des préposés électifs, révocables et personnellement responsables à tous les degrés.
Les menaces proférées par le nouveau ministre de Bonaparte annoncent, une fois de plus, que le pouvoir impérial n’est pas disposé à se soumette volontairement à l’inéluctable loi de la nécessité qui a compté ses jours ; mais de quelque façon qu’il tombe, les plus précieux intérêts de la démocratie nous commandent de ne pas nous laisser surprendre par les événements.

Nous avons indiqué, dans le N° 23 de la Marseillaise les mesures transitoires qui, à notre avis, devront être immédiatement adoptées au point de vue politique.
Sous le rapport social, il n’est pas moins indispensable de pourvoir aux premières exigences de la situation.
Or, la première condition de vitalité de la Révolution, c’est que le travail non seulement ne soit pas interrompu, mais de plus qu’il prenne immédiatement une activité nouvelle. Il faut qu’il n’y ait pas un seul jour de chômage.

Jusqu’ici le mouvement économique a reçu sa force d’impulsion du crédit, qui repose sur la confiance, et la confiance ne résiste jamais à une crise violente, surtout lorsque cette crise menace de modifier profondément les conditions de la vie sociale.
Vouloir rétablir la confiance ébranlée pour reconstituer le crédit, ce serait étouffer la révolution, car il faudrait restaurer les institutions qu’elle a précisément pour but de remplacer.
C’est ce qu’on a fait en 1848. on a remplacé des hommes par d’autres hommes, des mots par d’autres mots, mais, au fond, les choses sont restées ce qu’elles étaient auparavant, et la Révolution avortée n’a produit que des douleurs inséparables de tout enfantement.

Le crédit est un rouage propre au mécanisme bourgeois, qui a pour base le capital ; mais il ne convient pas au régime socialiste qui repose sur le travail.
Si les capitaux se cachent, il faut savoir s’en passer ; si le crédit disparaît, il faut ne lui rien demander.
Lorsqu’il n’est fondé que sur la confiance, le crédit est factice, imaginaire, il suppose qu’on croit à la présence d’un gage matériel. Si ce gage n’existe pas, le crédit est un piège ; si la garantie existe, le crédit est inutile.
Or, le travail ne doit pas dépendre du caprice des événements, il faut qu’il ait toujours une base solide, et il n’y en a point d’autre que la présence effective du capital.

La spéculation a besoin de multiplier fictivement ses capitaux, afin de leur faire produire plusieurs fois ce qu’ils ne peuvent donner qu’une [fois]. C’est la cause des encombrements et des crises commerciales si funestes à l’industrie.
Mais le travail ne doit pas être abandonné aux caprices de la spéculation ; il doit fournir tout à la fois un aliment suffisant à l’activité des producteurs, et pourvoir dans la mesure des besoins de la consommation.

Demain, nous soumettrons aux lecteurs de la Marseillaise les projets qui, selon nous, pourront réaliser ces idées pendant la période de transition révolutionnaire.




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