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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tribune militaire - Ulric de Fonvielle
La Marseillaise N°29 - 16 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Nos frères de l’armée ne sont pas restés insensibles devant ce grand spectacle offert par cette immense population conduisant notre malheureux frère Victor Noir à sa dernière demeure.
Combien de cœurs généreux ont palpité d’indignation sous le harnais militaire ? Avec quelle ivresse, ces pauvres parias que le sort a jetés sous les engrenages de cette machine impitoyable qui s’appelle l’armée française, se seraient joints à nous pour honorer la mémoire d’un martyr.
En vain, par une oppression systématique, brutale, permanente, on s’efforce de fausser les natures les plus généreuses ; il arrive un moment où les sentiments que l’on croit paralysés se réveillent tout à coup plus vivace que jamais.
Voici une lettre touchante qui révèle qu’au fond du cœur de nos soldats, que le régime de la caserne n’a pas énervés, couve toujours ce feu sacré de la loyauté, de l’honneur et de l’indépendance.

A M. LE RÉDACTEUR

Monsieur,
Cent dix-sept de nos camarades et moi, désirions assister à l’enterrement du citoyen Victor Noir, pour protester par notre présence contre l’attentat du prince Bonaparte. Malheureusement, nous étions consignés et il nous a été impossible de nous y rendre. Aussi je viens en notre nom à tous, vous dire combien nous regrettons cette absence forcée et vous assurer que, nous sentant frappés en même temps que vous, nous nous associons aux sentiments que vous avez exprimés.
Permettez moi de profiter de cette occasion pour vous fournir un renseignement.
A l’interpellation de M. Gambetta, au sujet des deux soldats expédiés en Afrique, le ministre de la guerre a répondu vaguement qu’il les avait envoyés au 16ème de ligne ou ailleurs. Cette affirmation est absolument inexacte. Nous tenons de source certaine qu’ils sont dans une des cinq compagnies de discipline. Comme dans ces compagnies il est interdit de porter de l’argent, de quelque source qu’il vienne, ceci explique que celui de la souscription ne leur soit pas parvenu. Il ne leur sera pas remis avant leur libération définitive du service militaire.
Salut et fraternité.

Pauvres soldats qu’une fatalité terrible courbe sous le joug de bronze de la discipline, il luira bientôt le jour de votre rédemption. Aujourd’hui, en effet, la France entière est en proie à cette fièvre régénératrice qui métamorphose tout à coup un peuple esclave en un peuple libre.
Il n’est point de force humaine, de despotisme, quelque bien organisé qu’il soit, qui puisse éteindre à présent cette aurore. L’avenir radieux se lève, il ne tardera pas à illuminer notre horizon.




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