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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°29 - 16 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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La dictature révolutionnaire est organisée, nous le supposons, comme il a été expliqué dans la Marseillaise du 10 janvier ; elle s’exerce momentanément par le peuple de Paris, en vertu de l’initiative qu’il a prise et de l’assentiment de la France entière, pendant le temps nécessaire pour organiser la souveraineté du peuple dans toutes les communes de la République.
Lorsque cette organisation définitive fonctionnera régulièrement, la nation s’administrera elle-même comme elle le jugera convenable à ses véritables intérêts.
En attendant, le peuple de Paris devra pourvoir aux nécessités les plus urgentes ; et nous pouvons affirmer qu’il ne faillira pas à cette tâche.

Jusqu’à présent les révolutions ont, à juste titre, pu être comparées à ces crises par lesquelles l’enfance doit nécessairement passer pour arriver à l’âge viril ; elles ont toujours occasionné un malaise général, quelque fois des maladies du corps social.
Lorsque la nation sera en pleine possession d’elle-même, elle opérera ses évolutions progressives sans secousses, parce qu’elle n’aura plus de résistances à vaincre ; mais si les violences du pouvoir obligent la prochaine révolution à employer la force pour briser les obstacles, du moins faisons en sorte que la douleur inséparable d’une telle crise ne survive pas à la lutte qui l’aura produite.

En s’unissant contre le maître, qui est l’ennemi, les diverses fractions de la population peuvent beaucoup atténuer, sinon éviter complètement les dangers de la crise.
En tout cas, le peuple de Paris devra prendre d’urgence les mesures nécessaires pour que, loin d’en ressentir les effets, la nation éprouve immédiatement le bien-être qu’elle en attend, tout à la fois pour les populations des campagnes et pour celles des villes.

En ce qui concerne les campagnes, la principale condition de prospérité, c’est la vente des produits de la culture.
Cette vente ne peut être avantageuse, et, comme on dit, rémunératoire qu’autant qu’elle atteint un prix élevé ; et alors l’avantage du cultivateur ne s’obtient qu’au préjudice de l’artisan.
On évitera ce grave inconvénient en supprimant tous les impôts qui aujourd’hui rendent la culture de la terre si peu lucrative.
Ainsi, le paysan, – l’homme du pays, – s’attachera à la République, qui lui donnera immédiatement le bien être matériel, en attendant qu’elle ait fondé, dans les campagnes, comme dans les villes, des institutions destinées à fournir aux conditions de la vie complète, sous tous ses aspects, intellectuels, artistiques et moraux.
Le peuple dictateur devra donc s’empresser de rendre un décret qui pourra être ainsi conçu :

Art. 1er. – Sont abolis, de la manière la plus absolue, dès ce jour et irrévocablement, les impôts suivants :
Impôt personnel ;
Impôt des corvées ou prestations en nature ;
Impôt des patentes ;
Impôt du sel ;
Impôt des octrois ;
Impôt sur les boissons ;
Impôt sur les tabacs ;
Impôt sur les chiens ;
Impôt sur les diligences, voitures publiques, bateaux à vapeur, chemins de fer, le roulage et la navigation.
Art. 2 . En conséquence, les barrières d’octroi seront de suite et partout démolies ; le commerce du sel, des tabacs et des boissons est désormais libre ; sauf la répression des crimes ou délits qui pourraient être commis dans leur mode de préparation ou par leur falsification.

A l’égard des populations urbaines, la solution du problème sera plus facile encore.
Les ouvriers qui seront occupés au moment où la Révolution s’accomplira, continueront le travail, si le patron y consent.
Si le patron veut l’interrompre, l’exploitation se fera par les ouvriers constitués en association générale par profession, et dont le patron pourra lui-même faire partie si cela lui convient.

Et si le commerce ne demande pas les produits, ils seront déposés dans des magasins généraux, bazars organisés de telle sorte que la vente puisse se faire sans fraudes, par des préposés, et sur des indications annonçant la provenance, la nature,la qualité et le prix fixe de la marchandise.

Il y a là toute une organisation dont les éléments existent déjà, et qu’il sera extrêmement facile de réaliser par les soins des intéressés eux-mêmes.

Afin de subvenir aux besoins des travailleurs inoccupés, les communes organiseront des travaux d’utilité publique pour créer les établissements municipaux d’administration et d’éducation, et pour les besoins de la voirie, de la salubrité et de l’exploitation des terres incultes.

Ces mêmes établissements municipaux fourniront en outre d’immenses débouchés aux œuvres d’art, dont la possession est actuellement le privilège des riches, et qui seront mises à la disposition de tous, dans les campagnes comme dans les grandes villes. Cela sera démontré lorsque nous étudierons la constitution de la commune.

Enfin, il est évident que la vie sociale n’étant pas suspendue, le commerce prendra une activité que ne menaceront plus les crises politiques devenues de plus en plus impossibles.

En conséquence, le peuple dictateur devra décréter immédiatement les mesures suivantes :

Article 1er. – Tous les établissements privés d’industrie agricole ou manufacturière qui seront mis en chômage ; toutes les entreprises commencées dont l’exécution ou l’exploitation sera interrompue indéfiniment, seront expropriées par la commune dans laquelle ils sont situés.
Art. 2. – La commune pourvoira de suite à leur exécution ou à leur exploitation par les habitants qui y étaient précédemment employés et par ceux qui pourront s’y adjoindre, tous réunis en associations générales.
Art. 3. – Il sera statué ultérieurement sur les réclamations des intéressés.
Art. 4. – Il sera organisé de suite de grands travaux d’utilité publique où chaque citoyen sans ouvrage pourra se livrer aux travaux de sa profession :
1° Pour la construction des établissements et monuments communaux ;
2° Pour la construction et l’amélioration des routes et chemins vicinaux, ponts et chaussées, chemins de fer, canaux, ports ;
3° Pour la canalisation des rivières, l’amélioration des cours d’eau, la protection du rivage ;
4° Le reboisement des montagnes ;
5° Le desséchement des marais ;
6° Le défrichement, le drainage, l’assainissement des terres ;
7° Et en général, pour tout ce qui est utile à la fertilité du sol, la salubrité des climats, la sécurité des populations et la prospérité nationale.

J’entends, d’ici, les vieux routiniers du régime bourgeois se récrier ; ils ne comprendront pas comment il sera possible, sans les impôts indirects, de subvenir aux besoins permanents de l’Etat, augmentés de toutes les dépenses nécessitées par les travaux publics qui seront décrétés.
Avec le système financier qui convient au régime actuel, ce serait, en effet, à peu près impraticable ; mais lorsque nous développerons les institutions financières de la démocratie, on verra qu’il ne sera pas difficile d’y pourvoir.




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