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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tribune militaire - Ulric de Fonvielle
La Marseillaise N°31 - 18 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Pour que nos intentions soient bien comprises, et pour ne laisser prise à aucun malentendu, nous croyons devoir exposer en quelques lignes les principes qui nous guident dans la tâche que nous poursuivons.
Tout en combattant le principe des armées permanentes, nous sommes loin de nourrir des sentiments de haine contre l’armée ; bien au contraire, nous aimons l’armée, et nous avons acquis la certitude que l’armée nous aime aussi.

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En dépit des maladroites déclamations des journaux de l’empire, l’armée a compris que ce que nous poursuivons à outrance dans ses rangs, ce sont les hommes qui abusent de leur pouvoir et de leur situation, pour lui enlever les derniers vestiges des institutions démocratiques et républicaines qui lui restent encore.
Plats valets de ceux qui peuvent leur donner de l’avancement, ces misérables ne reculent devant aucune mesure arbitraire, devant aucun acte oppressif, devant aucune sauvagerie, pour réduire à l’état de machines purement passives les malheureux que la loi militaire oblige à subir leurs ordres brutaux.

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A ceux là nous réservons notre haine et notre mépris, car ils sont les véritables bourreaux des enfants du peuple.

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Mais les officiers distingués, qui se bornent à faire observer la discipline militaire, ceux qui, pleins de cordiale sympathie pour leurs soldats, sont toujours prêts à excuser les fautes légères ; ceux qui savent que sous l’uniforme de simple soldat bat un cœur d’homme et de citoyen, ceux-là nous les aimons, nous les respectons ; ils sont nos frères eux aussi, et nous compatissons à la dure destinée qui leur est faite aujourd’hui.

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Les soldats qui font modestement leur devoir, et qui, arrachés à leurs travaux par la conscription, n’oublient pas que, sortis des rangs du peuple hier ils y rentreront demain, sont sûrs de trouver en nous des amis dévoués et sincères, toujours prêts à prendre la défense de leurs droits, et à réclamer contre toutes les injustices qu’ils endurent.

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Cela dit, personne ne pourra dénaturer la portée de la Tribune militaire.
Tout le monde y verra un appel incessant aux principes de 89, qui, eux aussi, on ne doit pas l’oublier, doivent être la base de nos institutions militaires.

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Il y aurait un travail curieux et instructif à accomplir ; ce serait l’examen détaillé des transformations subies par l’armée depuis notre grande époque Républicaine, on verrait que, là aussi, la main de la réaction a accompli une ténébreuse besogne, et qu’elle a faussé dans leur application toutes les garanties du soldat.

L’armée française est issue de la Révolution ; de même que Minerve qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter, elle est sortie prêt au combat des entrailles du peuple de 92.
Nous rappellerons sans cesse cette origine glorieuse à ceux qui seraient tentés de l’oublier.

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Nous invitons les soldats et les citoyens, à nous faire parvenir tous les renseignements qui leur paraîtraient de nature à nous faciliter notre tâche.
Qu’ils soient d’avances assurés de notre reconnaissance et de notre inébranlable discrétion.

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Deux soldats sont venus nous apporter la lettre suivante :

Citoyens,

Nous étions décidés à assister à l’enterrement de Victor Noir, mais le destin trompa nos espérances ; nous étions consignés.
Nos regrets se sont mêlés aux vôtres.
Nous nous souvenons d’un passage de Lamartine, le voici : "La preuve que la liberté est l’idéal divin de l’homme, c’est qu’elle est le premier rêve de la jeunesse, et qu’elle ne s’évanouit dans notre âme que quand le cœur se flétrit et que l’esprit s’avilit et se décourage.
Il n’y a pas une âme de vingt ans qui ne soit républicaine. Il n’y a pas un cœur usé qui ne soit servile," (Graziella, Livre 1, chapitre IV).
Nous apportons de bon cœur notre modeste offrande : considérez-la comme l’offrande de pauvres à un martyr.
Nous donnons chacun 15 centimes et nous signons.

Deux anti Bonarpatistes, E. M-. C.




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