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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°31 - 18 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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La Nation est la forme de l’unité politique.
Elle constitue une personne collective, une individualité juridique déterminée par le sol qu’elle occupe.
De même que pour la commune, forme de l’unité sociale, le territoire est la base, la cause génératrice de la nationalité.
Ses frontières sont tracées par la configuration naturelle du sol, par ses dispositions topographiques.
Toutes les autres causes de délimitations, telles que la communauté de race, de langage, de croyance, de mœurs, de lois, sont des circonstances accidentelles, arbitraires, qui peuvent être prises en considération pour délimiter les frontières artificielles d’une nation à un moment donné ; mais ces frontières artificielles peuvent être modifiées par d’autres considérations de même nature.

Les frontières naturelles, au contraire, sont invariables ; elles sont l’objectif que les peuples doivent toujours avoir en vue, le but de toutes les rectifications du périmètre national.
Tout ce qui tend vers ce but est légitime ; toute rectification faite en ce sens est un progrès acquis à l’humanité. C’est un droit auquel nul ne peut porter atteinte.
Mais ces progrès ne doivent être réalisés que par le consentement général des peuples.
Les nations s’appartiennent, et ce n’est que par une usurpation criminelle, que les princes, les empereurs, les rois, s’arrogent le pouvoir de disposer de tout ou partie de leur territoire.

Lorsque les divisions politiques auront disparu avec les causes d’antagonisme qui leur donnent naissance, les peuples seront unis par les liens d’une fraternelle concorde et les nations deviendront de simples divisions administratives du globe.
En attendant la réalisation de cet idéal lointain, les peuples passeront par une phase transitoire qui, elle aussi, a été longtemps traitée d’utopie, mais dont l’application est prochaine, car elle est réclamée, dans tous les états européens, par l’élite du parti révolutionnaire. Nous voulons parler de la constitution des Etats-Unis d’Europe.

Tout en conservant leur individualité, les nations européennes comprendront la nécessité de s’unir sous des lois protectrices des droits de chacun, d’instituer un tribunal pour juger leurs différends, et d’organiser une force collective pour assurer l’exécution des arrêts.
Cette confédération ne tarira sans doute pas complètement la source des discordes internationales, pas plus que l’institution des tribunaux n’a fait cesser les différends entre particuliers ; les conflits ne pourront disparaître qu’avec la cause qui leur donne naissance : l’antagonisme des intérêts.
Mais de même que l’organisation de la justice nationale a mis fin aux guerres privées, de même la création des tribunaux internationaux et d’une gendarmerie fédérale, fera cesser la terrible nécessité de la guerre ; et comme les peuples n’auront plus à lutter contre leurs monarques anéantis, le régime des lois sera substitué au règne de la force, et les armées permanentes seront complètement supprimées, parce qu’elles n’auront plus aucune raison d’être.

Mais pour que la confédération européenne soit possible, il faut d’abord que les nations aient conquis leur indépendance, et que les peuples soient organisés selon les principes démocratiques. On n’associe pas des êtres qui ne sont pas ; elle n’a pas d’existence, la nation qui ne possède pas son autonomie ; le peuple qui est sous la loi d’un maître n’est pas un peuple, ce n’est qu’un troupeau.
Les Etats-Unis d’Europe ne pourront donc comprendre que les nations qui seront constituées en République. Les autres n’entreront dans la confédération qu’à mesure qu’elles adopteront ce régime.

Telles sont les règles qui, selon nous, présideront à la politique internationale de la République française. Transitoirement, et dès le lendemain de la Révolution future, voici l’application qui devra en être faite.

La République ne reconnaît pas les monarchies.
Par la force même des choses, l’antagonisme naturel qui existe entre les populations et leurs maîtres se traduira inévitablement en hostilités déclarées.
Nous verrons la plupart des peuples européens : l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, la plus grande partie de la Russie, l’Irlande, etc. chasser les tyrans qui les oppriment et qui les exploitent.
Ce sera la guerre des peuples et des rois.
La France prendra nécessairement parti pour les peuples contre les rois.
La République offrira son exemple, ses conseils et son appui aux peuples qui voudront s’affranchir.

Quant aux populations qui n’auront ni la force ni la volonté de le faire, la France entretiendra avec leurs gouvernements, dans la mesure où cela sera praticable, les rapports diplomatiques qui seront jugés utiles.
Mais ces relations se feront au grand jour.
Dans un état monarchique ou aristocratique, on comprend que les affaires diplomatiques, faites pour le compte d’un roi ou d’une classe, ne soient pas révélées à la nation ; mais sous le règne du véritable, du seul légitime souverain, le peuple, les affaires extérieures doivent, de même que l’administration intérieure, être dirigées conformément aux règles de la plus stricte loyauté, et au grand jour de la publicité.
Le fripon qui veut tromper a besoin de mystère, mais l’honnête homme ne demande que la justice, et une diplomatie loyale n’a point d’intérêt à cacher ses projets ou à déguiser ses moyens.
Le secret d’ailleurs est incompatible avec la démocratie, puisque, dans le régime républicain, c’es le peuple qui fait lui-même ses propres affaires.

En conséquence, nous proposons au peuple dictateur le projet d’un décret qui pourra être ainsi conçu :

Art. 1er. Le peuple français offre son amitié fraternelle à tous les peuples.
Art. 2. La République française offre la paix à toutes les nations. Elle n’entreprend aucune guerre dans des vues de conquête.
Art. 3. La République française promet son appui moral et matériel à toutes les nations qui l’invoqueront pour soutenir leur indépendance et leur liberté.
Art. 4. La République propose d’établir la concorde et l’harmonie du genre humain, par l’entretien de relations amicales avec les peuples, et par l’observation de règles de droit international, fondées sur la justice et l’égalité.
Art. 5. Pour contribuer à la réalisation de ce but, la République française propose de concerter avec les autres nations, sans aucune suprématie de part ni d’autre, mais dans l’intérêt unique du genre humain, des mesures propres à faciliter l’adoption de règles uniformes de langage, de numération, de calendrier, de poids et mesures, de monnaies, etc.
Art. 6. La République française promet son initiative, son concours et son appui afin d’adopter les mesures qui auront pour objet la suppression réciproque des douanes et autres obstacles à la libre circulation des richesses.
Art. 7. Les relations entre la France et les autres nations, et toutes les négociations diplomatiques, seront toujours traitées, comme les autres affaires de l’Etat, publiquement et loyalement ; sous peine de nullité des actes faits au mépris de ce principe de probité publique ; et, en outre, sous peine de mise hors la loi de tout agent diplomatique ou autre fonctionnaire qui s’en rendrait coupable.
Art. 8. Des négociations seront entamées dans le plus bref délai, avec les autres nations constituées en République, afin d’organiser la fédération des Etats-Unis d’Europe.




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