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Tribune militaire - Ulric de Fonvielle
La Marseillaise N°32 - 19 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Le bruit court qu’un certain nombre de sous-officiers et soldats (117 ou 122) ont été incarcérés à la prison du Cherche Midi pour avoir manifesté les sentiments que leur faisait éprouver l’envoi en Afrique de leurs deux camarades coupables d’avoir assisté à une réunion publique.
Nous espérons que cette rumeur sera démentie ; mais il est temps qu’elle le soit, car elle circule avec une persistance significative et, de tous côtés, des citoyens nous arrêtent pour nous demander ce que nous savons.
Plusieurs journaux de Paris ont entendu parler, eux aussi, de ces faits graves ; mais nous ignorons encore s’ils consentiront à en faire part à leurs lecteurs.

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Dans notre numéro du 7 janvier nous avons publié une lettre signée par M. Rabuel, demeurant passage Saulnier, 8, dans laquelle cet honorable citoyen relatait les mauvais traitements et les procédés indignes subis par un de ses camarades, soldat comme lui, au premier régiment d’artillerie.
Cette lettre a peut-être été taxée d’exagération par nos détracteurs ; mais nous recevons aujourd’hui une confirmation, de la victime elle-même, et d’un témoin des faits que nous avons racontés.
Ces faits sont donc exacts, le doute n’est plus possible, et c’est à juste titre que la Marseillaise les a signalés à l’indignation publique.
Voici en quels termes s’exprime la victime :

"Je suis heureux de vous communiquer le passage suivant d’une lettre que je reçois de mon meilleur ami, M. X..., lieutenant d’artillerie : - "Ce matin, je lisais la Marseillaise et j’y ai vu un article signé Rabuel, c’est une lettre parlant des mauvais traitements que l’on faisait subir à l’un de ses intimes camarades, en l’an de grâce 1865.
Dans cet ami, j’ai cru reconnaître que l’on parlait de vous, car tout me semble se rapporter à vos aventures malheureuses. Si ce n’est pas d’après vos instigations, et que vous n’en ayez pas connaissance, je vous prie de lire le journal la Marseillaise du 7 janvier, et vous verrez que les faits se rapportent parfaitement, je crois, aux traitements que l’on vous faisait subir à cette époque. Je déplore de tout mon cœur de semblable faits, mais je m’incline devant leur identité. Du reste, là-dessus, vous connaissez mes sentiments."

Ainsi les faits graves que nous avons avancés sont certifiés aujourd’hui par deux témoins, dont un officier, et par la victime elle-même.
Ils ne peuvent donc plus être niés, et font partie de l’histoire intime de l’armée du second empire.
Le citoyen Varloquet nous autorise du reste à nous servir de son nom ; encore aujourd’hui, après trois ans de traitement, il est malade par suite des souffrances qu’il a endurées.
Il termine ainsi la lettre que nous avons sous les yeux :

"Je ne crains pas de ne pas être approuvé dans mon régiment, j’ai été gradé, et je n’ai compté d’ennemis que dans les officiers supérieurs.
On ne peut démentir de pareils faits ; nous avons des preuves irrécusables."

Varloquet, 8, rue Pailleron.

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Un autre citoyen nous donne les renseignements suivants :

"Mercredi dernier, à dix heures du soir, c’était un va et vient continuel des Art-et-Métiers chez le marchand de vin du coin. Les portes de l’établissement pacifique, transformé en caserne, s’ouvraient et se refermaient continuellement. On regardait : "Ce n’est pas que du canon !" disait la police. Il y avait aussi une pièce de vin qui entrait pleine, pour ressortir vide quelques instants après. Les brocs de vin, les bidons s’emplissaient sur le comptoir du marchand de vin. Voilà ce qu’on voyait en passant bien vite... Nous aimerions mieux trinquer avec le soldat que de le voir buvant sous l’œil de ses chefs."

Nous sommes de l’avis de ce citoyen ; le gouvernement n’aime pas les soldats qui pensent ; nous, nous n’aimons pas les soldats qui boivent lorsque le peuple est dans la rue.




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