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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale – Millière
La Marseillaise N°33 – 20 janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous recevons la lettre suivante :

Monsieur le directeur,

Cette lettre a été inspirée par la lecture de votre excellent article sur les première réformes qui devront inaugurer le régime républicain.
Vous avez frappé juste, citoyen directeur ; le paysan et l’ouvrier doivent ressentir immédiatement les effets de la Révolution. La suppression des octrois et autres impôts écrasants, adoucira le sort des uns et favorisera le commerce des autres ; ce sera le premier pansement appliqué aux plaies de la misère actuelle.
Les ouvriers des villes sont à nous, mais les paysans redoutent la République. C’est donc une nécessité d’ouvrir les yeux à ces aveugles endurcis, qui ne voient dans le droit du peuple que le droit au pillage.
Ils sont aussi dangereux qu’innombrables. C’est parmi eux que se recrutent les soldats de la réaction ; c’est dans la demeure du paysan que se réfugie l’espoir de la contre-révolution.
Les travailleurs de nos campagnes, embrigadés sous le commandement des réactionnaires de toute espèce, se rattachent au passé avec acharnement ; ils sont ralliés par les curés, qui voient avec effroi fuir devant eux les émoluments attachés à leur basse exploitation de l’ignorance.
La lutte à outrance et par tous les moyens, c’est, pour les prêtres, la guerre sainte. Ils achètent les langues venimeuses pour distiller la calomnie et nourrir des sentiments de haine contre les amis du peuple. Tout y passe : selon eux, la religion est détruite, les églises démolies, les prêtres égorgés, la morale bannie de la terre, la propriété volée par les partageux ! Que sais-je encore ? Si les affaires commerciales souffrent un instant, c’est le spectre de la misère qu’ils agitent aux yeux des paysans affolés. Si le commerce prospère, on leur fait croire qu’il est dans la détresse.
Le paysan est crédule ; il accepte sans contrôle la tradition du foyer, et la jeune génération des campagnes a recueilli de la bouche du père de famille, le soir, sous le manteau de la grande cheminée, les paroles de malédiction prononcées contre la République.
Tout ce mal n’est que le résultat de l’ignorance ; mais cette ignorance est un terrible obstacle.
Il importe donc que la République, pour faire circuler dans la France entière la voix régénératrice commence par un coup d’éclat. Il faut dessiller les yeux obstinément fermés à la lumière, que la première proclamation de la République aux habitants des campagnes soit la suppression des impôts qui forment obstacle au développement lucratif de l’agriculture ; que le premier bulletin soit une liste de réformes dont les campagnes recueillent immédiatement les fruits. Ce sera pour eux de l’argent neuf, et pour nous de fermes soutiens.
Les premières et les plus nécessaires, citoyen directeur, sont celles indiquées dans votre article. Le paysan aime son argent qu’il gagne si difficilement ; il aime son fils, dont les bras jeunes et vigoureux le soulagent dans son labeur.
Supprimez la conscription ; laissez-lui son sang et son argent ; diminuez d’une façon sensible les pièces d’or qu’il verse chaque année, une à une, avec regret, dans les mains d’un percepteur impitoyable ; donnez-lui l’indépendance commerciale, ne touchez qu’avec prudence à ses fétiches et à ses manitous ; l’instruction fera le reste.
Oh ! alors, les paysans creuseront leurs sillons en bénissant la République, et ils la nourriront avec amour. Comme vous le disiez si justement, citoyen directeur, attachons nous les paysans, et les efforts de rudes travailleurs unis à ceux des villes, feront rouler victorieusement le char de la République.
Agréez, citoyen directeur, l’expression de mon dévouement à la courageuse phalange dont vous faites partie, et à la République.

Un étudiant en droit

Cette adhésion aux idées de la Marseillaise, est un témoignage précieux de l’esprit, à la fois résolu et sensé, qui anime la jeunesse des écoles ; mais son auteur, que nous avons le regret de ne pas connaître, nous permettra de ne l’accepter qu’avec certaines réserves.
Nous soumettons franchement, sans réticences, nos projets de réorganisation sociale au jugement du peuple, non pour obtenir sa confiance par des promesses, comme pourrait le laisser croire, assurément contre la pensée de son auteur, la remarquable lettre qui précède ; mais parce que, selon nous, ces projets sont l’application des véritables principes du socialisme, dans la mesure où l’état social actuel les rend praticables.
Et les prolétaires, même ceux qui se soumettent le plus docilement aux influences pernicieuses, les paysans ne sont pas si rebelles qu’on le croit généralement, à la puissance de la vérité.
L’intérêt des prolétaires est l’intérêt général, car ils sont le nombre, l’immense majorité.
Or, l’intérêt général c’est le droit commun, c’est le contraire du privilège.
En demandant justice pour tous, nous soutenons donc nécessairement par cela même, sans calcul et sans tactique, la cause des prolétaires des villes et des campagnes, l’intérêt des artisans et des cultivateurs, et nous avons la certitude que s’ils hésitent la veille, ils acclameront le lendemain, avec enthousiasme, la Révolution qui leur apportera le bien-être immédiat par la seule application des lois de la justice.




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