Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Question sociale - Millière
La Marseillaise N°35 - 22 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

LA COMMUNE (suite)

Qu’on ne se fasse pas d’illusions, nous ne transformerons pas les communes actuelles en quelques jours, par la vertu d’un décret ; on ne les ramènera à leurs conditions normales qu’avec le temps, par la libre volonté des populations, et à mesure qu’elles reconnaîtront la justesse et l’utilité des véritables principes du socialisme.
La République prendra donc les communes dans l’état où elles se trouvent aujourd’hui, et elle y introduira successivement les améliorations que le peuple jugera praticables.

Il y aurait beaucoup à dire sur les villes ; laissons-les de côté pour un instant, parce que les mesures à prendre à l’égard des grands centres de population, quelques importantes qu’elles soient, ne consistent qu’en expédients temporaires ; et occupons-nous principalement des campagnes, pour asseoir les bases d’une organisation permanente qui sera l’oeuvre successive de chaque génération.
La commune rurale doit être constituée de telle sorte que chaque habitant y soit retenu ou ramené par l’attrait d’une vie complète, par la certitude d’y trouver les moyens de pourvoir à ses besoins de toutes sortes, aussi bien sous les rapports intellectuels et artistiques qu’au point de vue matériel.

Or, la commune est une personne morale, une individualité collective ; elle a son nom, son domicile, son patrimoine, son administration.
Amis c’est une personnalité d’une nature particulière.
Elle est immobile ; ses habitants varient continuellement, mais son siège ne change jamais
elle est régie par des habitants majeurs, elle ne doit donc pas être mise en tutelle.
Mais elle est perpétuelle ; son patrimoine ne peut donc pas être aliéné. La génération présente n’a sur ses biens qu’un droit de jouissance ou d’usufruit ; elle n’a pas la faculté de disposer d’un patrimoine qui appartient aux générations futures.
Et ce patrimoine doit être en rapport avec le nombre des habitants qui l’exploitent.

Partant de ces principes, il convient d’abord de déterminer le nombre des habitants de la commune, et l’étendue de son territoire.
Un célèbre gastronome disait que des convives ne doivent être ni moins nombreux que les Grâces ni plus nombreux que les Muses.
De même, dans la communauté municipale, les habitants doivent être assez nombreux pour que toutes les conditions de la sociabilité puissent se rencontrer, mais sans la confusion et l’éloignement qui résultent d’une agglomération trop considérable.
Notre canton comprend trop d’habitants disséminés sur un trop grand espace, pour constituer une seule commune. Selon les calculs les plus rationnels, la commune doit réunir de deux à trois mille personnes groupées sur un territoire d’environ une ou deux lieues carrées.

Le périmètre en sera tracé par des commissions, après enquêtes, en prenant en considération la nature du sol, sa forme topographique, ses produits agricoles et manufacturiers ; de telle sorte que la commune puisse fournir les éléments nécessaires à l’activité de ses membres. Par exemple, dans les contrées montagneuses où la terre ne produit que des forêts et des pâturages, la commune a besoin d’un territoire plus étendu que dans les plaines fertiles en céréales ou les coteaux viticoles.
Les communes actuelles, renfermées dans cet espace n’en formeront désormais qu’une seule ; mais les intérêts opposés devront être respectés, et tant que les habitants n’auront pas voté librement la fusion de ces intérêts, ils resteront séparés comme le sont, de nos jours, les intérêts des sections de la même municipalité.
Cela n’empêchera pas de créer les institutions communes aux diverses sections.

Ainsi la commission d’organisation désignera le lieu qui paraîtra le plus convenable pour établir le domicile de la commune, le siège de son administration.
Ce point est destiné à devenir le cœur de la cité. A parité de convenance, on préférera sans doute le principal groupement des populations anciennes, où se trouvent déjà des édifices publics qui pourront être utilisés ; mais sans que cela soit obligatoire, et en ayant toujours égard à l’aspect du sol, à la beauté et à la salubrité des sites, à la disposition des cours d’eau, des routes, des chemins de fer et à toutes autres considérations locales.

Sur l’emplacement adopté, on tracera le plan de la cité future, comme on le fait actuellement pour les grandes villes, et on indiquera la position que devront occuper les rues, les établissements publics, les maisons particulières, à mesure de leur construction.
La plus importante de ces constructions est le monument destiné à l’administration municipale, ce qu’on appelle aujourd’hui l’Hôtel-de-Ville ou la maison commune.
Ce monument prendra l’importance relative qu’avaient les églises au moyen-âge, alors que la religion présidait en quelque sorte à tous les actes de la vie, il présentera toutes les dispositions nécessaires à l’existence collective sous les rapports administratifs, politiques et sociaux.

Tous les projets devront être soumis à des concours publics.
Les programmes de concours détermineront, d’une manière générale, les dispositions architectoniques et économiques des établissements communaux : hôtels de ville, écoles, hospices ou dispensaires, théâtres, musées, etc. ; mais dans leurs détails, les projets devront nécessairement varier selon l’aspect du terrain, la température du climat, la nature des produits, les mœurs des populations.
Tous les genres pourront se produire et pourront être adoptés dans divers lieux, depuis les palais à logements coordonnés, jusqu’aux chaumières ou villas distinctes et aux fermes et ateliers isolés, mais concourant toujours à l’harmonie générale.

Jusqu’ici, cette chose qu’on a si bien nommée l’autorité, s’est occupée moins d’administration que de compression et de répression, parce qu’elle agit dans un intérêt gouvernemental, le plus souvent contraire aux intérêts populaires ; mais que, dès le lendemain de la Révolution, la République donne l’impulsion aux populations, qu’elle stimule leur initiative, qu’elle provoque leur action, comme on l’a fait, par exemple, en 1830 et en 1848 pour organiser la garde nationale, et on verra les communes s’empresser de se constituer d’elles-mêmes, selon des règles dont l’application procurera immédiatement à tous les habitants des avantages tels qu’il ne sera plus possible de les leur enlever, sans soulever le peuple contre la réaction de ses ennemis.
D’autre part, la construction et l’ornementation de ces divers établissements communaux, notamment des Hôtels de Ville, qui seront, autant que possible, de véritables palais, procureront de suite aux architectes, aux sculpteurs, aux peintres, et à tous les ouvriers qui concourent à l’œuvre du bâtiment, des travaux bien autrement importants que ceux exécutés à contre sens et avec tant d’abus par les pachas impériaux.

Nous venons d’indiquer très sommairement le mode de constitution de la commune. Dans un autre article nous parlerons de son patrimoine et de son administration.

(A suivre)




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53