Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°38 - 25 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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LA COMMUNE (suite)

De même que pour la gestion des intérêts de toute personnalité collective, tels que ceux de la nation ou d’une société quelconque, les affaires communales seront régies par deux sortes d’autorités : le pouvoir délibératif et le pouvoir exécutif.

L’assemblée délibérante sera composée de toutes les personnes majeures ayant leur domicile réel dans la commune.
Nous disons toutes les personnes majeures, sans autres exceptions que celles résultant d’incapacités légales ; car toutes ont des devoirs et des droits égaux, quels que soient leur sexe et leur position sociale. Les femmes n’en seront donc pas exclues.

Dans les âges d’enfance de l’humanité, où la force physique est un titre à la suprématie, la femme est complètement asservie à l’homme ; et, comme les religions n’ont jamais servi qu’à sanctionner, par la puissance imaginaire d’un être mystérieux et redoutable, les lois imposées par ceux qui s’arrogent l’autorité sur leurs semblables, la genèse de la plupart des cultes a consacré cette iniquité sociale en inventant la fable de la femme formée d’une côte de l’homme, dont elle n’est ainsi qu’une partie accessoire.
Mais on ne croit plus aujourd’hui à ces superstitions stupides ; et nous sommes loin du temps où des évêques catholiques se réunissaient gravement en concile pour discuter le point de savoir si la femme possède une âme.

Si, par le caractère prédominant de ses facultés, la femme n’est pas, autant que l’homme, destinée à l’action extérieure, et si elle est ainsi incapable de remplir convenablement la plupart des fonctions administratives, par contre elle possède à un bien plus haut degré que nous les aptitudes nécessaires à l’initiative et à la délibération.
Qu’au temps où nous vivons, on ne lui restitue pas encore le droit de voter dans les assemblées relatives aux affaires générales de la nation, l’état d’infériorité dans lequel on la laisse à dessein, par une éducation nulle ou destructive de sa personnalité, explique sans la justifier, cette exclusion. Il y aurait même danger à confier une trop grande part dans la direction des affaires générales aux femmes actuellement soumises à l’influence occulte des prêtres, ennemis éternels de notre civilisation et de tout progrès.
Mais il n’en est pas de même en ce qui concerne les questions municipales ; elles touchent toujours à des points d’économie sociale, qui présentent beaucoup d’analogie avec les questions d’économie domestique, pour lesquelles le sexe qu’on appelle faible a généralement plus d’aptitude que celui qui s’arroge une domination fondée uniquement sur le prétendu droit de la force.

La femme a un intérêt plus direct encore que l’homme à la bonne administration des affaires communales ; elle en éprouve les effets, non seulement dans sa personne, mais encore dans celle des êtres qui lui sont chers, et dont, par sa constitution impressionnable, elle ressent plus vivement les douleurs. Elle représentera, dans les conseils de la commune, l’un des éléments essentiels de notre nature, le sentiment, dont l’exclusion a été, plus qu’on ne pense, funeste au monde.
Quoique l’homme fasse d’ailleurs, il ne peut se soustraire à l’influence que la femme exerce sur lui, qu’elle ne peut, sans abdiquer, sans s’annihiler elle-même cesser d’exercer ; et il vaut mieux encore que cette influence se fasse sentir franchement, loyalement, au grand jour, que par des moyens occultes, à l’aide de la ruse et du mensonge, ces armes ordinaires de l’opprimé, les seules que la femme puisse employer aujourd’hui pour lutter contre son orgueilleux maître.

Le nombre prévu des habitants d’une commune répond d’avance à l’objection qu’on pourrait puiser dans les difficultés pratiques de trop grandes assemblées délibérantes.
D’ailleurs, dans les villes, l’assemblée générale sera divisée en sections ; mais seulement pour l’émission et le récolement des votes, donnés par oui et par non, sur les questions discutées et formulées d’avance par une commission centrale, de manière qu’il n’y ait ni divergence ni contradiction dans les décisions.

L’assemblée délibérante de la commune, ou chacune de ses sections, sera convoquée et dirigée par un bureau électif. Lorsqu’il y aura plusieurs sections, chacune d’elles désignera des membres pour former la commission centrale.
Les délibérations ne peuvent, à peine de nullité, avoir pour objet que des intérêts purement communaux.
Elles seront obligatoires par elles-mêmes, sans qu’il soit besoin ni d’autorisation, ni d’approbation, ni de sanction supérieure.
Et l’inaliénabilité absolue des biens protégera la commune contre les dangers de son émancipation.

L’exécution aura lieu par l’organe des administrateurs élus chaque année, à un jour fixé d’avance par la loi générale, et à la majorité de membres du corps délibérant.
Ces administrateurs seront : un maire, un ou plusieurs adjoints, un ou plusieurs secrétaires.

Réunis en conseil, ces fonctionnaires municipaux forment le comité d’initiative et d’élaboration.

Le maire ou son adjoint n’a d’autres attributions que celles relatives à l’exécution des décisions prises par le corps municipal.
Toutes les autres fonctions publiques exercées au sein de la cité, doivent être attribuées à des employés spéciaux pour chaque sphère de l’activité sociale, ainsi que cela existe déjà pour l’instruction publique, la police, la justice,les travaux publics, les finances, etc.

En ce qui concerne l’exécution des lois, l’autorité nationale doit être représentée dans chaque commune par un fonctionnaire auquel seront conférées toutes les attributions politiques des maires actuels.

(A suivre)




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