Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°40 - 27 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 27 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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LA COMMUNE (suite)

Constituée comme nous l’avons expliqué précédemment, la Commune est l’organisme à l’aide duquel la société met à la disposition de ses membres les moyens qu’elle puise dans le concours de tous, pour fournir aux besoins de chacun.
Les institutions employées à cet effet sont municipales ou nationales.

Les institutions municipales sont consacrées à l’usage particulier de la cité.
Elles doivent nécessairement exister dans chaque commune.
Elles sont toutes relatives à l’administration des affaires de la personne collective, des intérêts municipaux proprement dits, centralisés à l’Hôtel-de-Ville.

L’Hôtel-de-Ville est la maison de la commune ; il est le siège de son domicile, le lieu où elle agit, où elle existe civilement. Il doit être situé dans la partie du territoire communal qui réunit les meilleures conditions pour en devenir le centre, si elle est agglomérée ; le chef-lieu, si elle est divisée en plusieurs groupes.
La maison-commune doit être construire dans des proportions monumentales, grandioses. Elle contiendra une salle suffisante pour les assemblées générales des corps délibérants, avec les services accessoires ; d’autres salles pour les administrations municipales.
En outre, des salles et galeries spéciales – salons de conversation, bourses pour les affaires, musées, collections scientifiques, bibliothèques, cabinets de lecture, salle de jeux, concerts, théâtres – seront consacrées aux usages des habitants.

Les institutions nationales sont celles qui doivent être mises à la disposition de tous les citoyens, en vertu de leur droit de membres de la nation, et en quelque lieu d’ailleurs qu’ils aient établi leur domicile.
Ces institutions seront, autant que possible, organisées dans chaque commune, afin d’être directement à la portée de tous ; mais elles ne dépendent pas de l’administration municipale, et souvent elles ne seront fondées que dans certaines communes formant le centre d’une circonscription territoriale plus étendue, dont elles formeront le chef-lieu.
Ainsi, tout ce qui concerne l’Etat civil des personnes, l’enseignement public des lettres, des sciences et des arts, la production générale (agriculture, industrie), la répartition des richesses (échange, commerce), les travaux publics, la sécurité (police, justice), la viabilité (routes et chemins de fer, canaux et rivières), les postes et télégraphes, la défense nationale (armée, marine), les finances, etc. – Tous ces services intéressent directement chaque citoyen, ils forment autant d’institutions nationales, dont les établissement doivent exister dans le sein, soit des villes, chefs-lieux de circonscriptions territoriales, soit de toutes les communes, selon les besoins des populations, mais qui doivent être régis par des lois générales, et administrés par des fonctionnaires spéciaux, indépendamment des résolutions particulières de chaque municipalité.

Insistons sur ce point très important.
Nous avons fait la part de la commune aussi large que le prescrit et que le permet la nature des choses. Dans les numéros précédents, nous avons déterminé les conditions de son existence et de son autonomie, indiqué les lois qui lui assureront sa personnalité, son domicile, son patrimoine, son administration et qui lui garantiront sa complète indépendance. Voilà la véritable décentralisation.
Mais aller plus loin, ce serait la désagrégation des parties constitutives de la nationalité, ce serait la désorganisation de cette puissante unité nationale que la Révolution française a créée avec tant de peines, de souffrances et de périls.

On comprend qu’une nationalité non définitivement constituée passe par la période transitoire de la fédération des provinces avant d’arriver à l’unité ; mais revenir au fédéralisme provincial et, à plus raison, au fédéralisme communal quand l’unité nationale est fondée, ce serait reculer vers le passé, ce serait le contraire du progrès.
Du reste cette doctrine politique se comprend de la part des individualistes. On connaît l’arbre à ses fruits, dit un vieux proverbe. Le fédéralisme est la conséquence logique de individualisme appliqué à la politique ; et cette conséquence fait juger la valeur du principe.

Dans le régime fédéral, chaque fraction de la nation forme un corps politique distinct et indépendant des autres. Il produit les guerres civiles comme celles qui ont ravagé les anciennes provinces françaises, comme celle que viennent de n’éprouver les Etats-Unis d’Amérique.
Sous prétexte de laisser à chaque groupe sa liberté d’action, on s’expose à paralyser la vie sociale, soit parce que le groupe isolé n’aurait pas les ressources suffisantes pour fournir aux besoins de ses membres tandis que d’autres groupes voisins regorgeraient de richesses, soit parce que certaines influences rétrogrades ne le permettraient pas.

Nous avons déjà cité l’exemple d’une commune qui, sous l’influence d’un prêtre ou d’un gentillâtre, consacrerait à des cérémonies abêtissantes les ressources destinées à l’enseignement ; de sorte que ceux qui ont intérêt à maintenir la population dans l’ignorance se serviraient précisément de cette ignorance pour consolider leur domination.
L’exemple de la défense nationale est plus sensible encore. Il suffirait du refus d’un certain nombre de groupes, surtout ceux des frontières, pour livrer tous les autres à l’ennemi.
Si l’union fait la force, la division produit la faiblesse et l’anarchie, et, en politique comme en socialisme, nous voulons l’harmonie.




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