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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°47 – 3 février 1870
Article mis en ligne le 30 janvier 2018
dernière modification le 28 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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L’ÉGALITÉ DANS L’ENSEIGNEMENT

La liberté est l’une des conditions indispensables de la vie humaine, mais seule elle est insuffisante.
Principe négatif, la liberté reconnaît à l’homme le droit d’agir, mais elle ne lui en fournit pas les moyens.
En brisant ses entraves elle lui permet de se mouvoir, mais elle le laisse, avec ses propres ressources, s’agiter dans le vide, ou plutôt elle l’abandonne, sans aide et sans appui, en lutte avec toutes forces extérieures, en hostilité avec tous les obstacles provenant soit des personnes, soit des choses.
De sorte que la loi de liberté n’est autre chose que la loi du plus fort.

Or, il est évident que l’individu, considéré isolément, serait incapable quelles que soient d’ailleurs ses facultés de pourvoir à ses besoins personnels sans le concours de ses semblables.
Cela est incontestable, surtout à l’égard de l’enfant, dont les facultés sont encore à l’état de germe.
Pour devenir un homme, il faut que chaque enfant trouve à sa disposition les moyens nécessaires pour développer complètement son être sous tous les rapports matériel, intellectuel et moral.

Il faut que l’enfant soit nourri, vêtu, logé dans de bonnes conditions hygiéniques, de telle sorte que son corps puisse prendre sa croissance naturelle.
Il doit être placé dans un milieu tel que ses facultés intellectuelles se manifestent spontanément et se développent d’elles-mêmes sans excitations factices et sans entraves ; il faut qu’il puisse lui-même découvrir et apprécier ses propres aptitudes et juger les divers genres de travaux qui conviendront le mieux à ses capacités et à ses goûts.
Enfin, il est nécessaire que la vie de l’enfant s’écoule au milieu des personnes qui, par les liens de la famille et de l’amitié, sont le plus capables de développer ses sentiments affectifs.

Et ces conditions de l’éducation doivent être réalisées pour tous les enfants, quelles que soient leur origine et la fortune de leurs parents.
Par cela seul qu’ils font partie de la société humaine, ils y ont tous un droit égal.
C’est la condition de leur participation aux devoirs et aux avantages de cette société.

Mais il suffit d’énoncer ce droit, pour faire comprendre que seule aussi la société est capable de fournir à tous ses membres les moyens matériels de l’exercer.
Le père ne peut donner personnellement l’éducation à ses enfants. Lors même qu’il réunirait en lui toutes les qualités et toutes les capacités réparties entre les différentes personnes qui, par vocation et par profession se consacrent à l’enseignement, sa vie n’y suffirait pas ; et d’ailleurs il lui serait impossible de se livrer à ses travaux particuliers.

Le père est donc obligé de confier l’éducation de ses enfants à des précepteurs.
Mais les familles riches sont seules en mesure d’y pourvoir.
Et elles le font toujours d’une manière nécessairement incomplète ; car il n’existe pas une institution réunissant toutes les conditions que nous avons énumérées.
Enfin, elles sont toujours dirigées dans un but différent et souvent même contraire à celui de l’enfant qui en est l’objet. La vanité, l’ignorance ou les préjugés du père ; l’intérêt matériel des instituteurs laïques ; les intérêts de secte ou de domination des congréganistes ; quelquefois toutes ces causes réunies détruisent complètement la liberté de l’enfant.

La société générale est seule capable de créer des institutions telles que tout enfant puisse y trouver les conditions de son développement normal.
Ces institutions seront établies :

Dans les communes, pour l’éducation primaire ;
Dans le canton ou une autre circonscription territoriale, selon les besoins des populations, pour l’instruction secondaire et professionnelle ;
Aux chefs-lieux d’autres circonscriptions plus étendues, pour l’instruction supérieure et spéciale ;
Mais toujours de telle sorte que chaque enfant puisse sentir lui-même ses prédispositions naturelles, qu’il puisse découvrir ses vocations, apprécier ses goûts, juger ses aptitudes, par la comparaison de tous les genres de travaux scientifiques, industriels, agricoles, littéraires, artistiques qui s’exercent autour de lui et auxquels il pourra concourir.

(A suivre)




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