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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tribune militaire – Ulric de Fonvielle
La Marseillaise N°38 – 25 Janvier 1870
Article mis en ligne le 12 janvier 2018
dernière modification le 29 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Notre ami et ancien collaborateur, M. Gustave Flourens, a adressé à la Réforme le document suivant, qui est signé par un officier :

Une nouvelle que vous ferez bien de reprendre :

Les citoyens Delattre, caporal au 90ème ; Levasseur, soldat au 10ème ; Martin et Marcel, soldats au 7ème chasseurs ; sont partis pour l’Afrique le 9 janvier, à dix heures du soir.
Le plus grand tort de ces malheureux est d’avoir établi une souscription pour leurs camarades déjà en Algérie pour cause politique.
L’ordre est du maréchal Canrobert.
Salut et fraternité.

Ce fait n’a rien qui nous surprenne. Si M. Lebœuf a pris le soin de prévenir le Corps législatif, il est toujours prêt à sévir. Chaque fois qu’un soldat aura l’audace de faire preuve de cœur ; chaque fois qu’un soldat compatira au tacite sort de ses camarades malheureux et persécutés ; chaque fois qu’un soldat montrera qu’il est en communion d’idées avec le peuple, on l’enverra en Algérie, à Cayenne... ou ailleurs.
Et c’est là ce que ces messieurs appellent la discipline !
Ils se figurent qu’ils ont le droit d’empêcher les hommes de penser !

Le soldat ne doit à ses chefs que le service étroit imposé par la loi, et que le respect et l’obéissance sans lesquels il ne saurait y avoir d’armée organisée.
En dehors de cela, le soldat ne doit rien à personne, et l’usage qu’il fait du temps que les exigences du service lui laissent libre ne doit pas être soumis au contrôle de ses supérieurs, pas plus que l’usage qu’il fait de son argent de poche.
Il est vrai que certains chefs aiment voir leurs hommes aller au cabaret, où ailleurs, dépenser leur temps et leurs économies, et qu’ils redoutent par-dessus tout, de les voir suivre les cours publics, les conférences, les réunions où ils pourraient s’instruire.
Mais ce goût ne saurait légalement se traduire par des punitions, et nous protestons contre la nouvelle violence qui nous est signalé.
Quel est l’article de loi, l’article du règlement militaire, qui interdit aux soldats d’établir une souscription ? Tout au plus, peut-on les empêcher de publier le résultat de cette souscription, et peut-on leur interdire l’accès des journaux.
Mais dans le fait dont parle la Réforme rien de pareil n’a été fait ; c’est la souscription en elle-même que l’on frappe ; ce sont les souscripteurs que l’on punit, et personne n’a à reprocher aux militaires exilés une publicité qui n’a pas eu lieu.
Que les militaires ne se découragent pas cependant ; il est impossible que les abus que nous signalons puissent se perpétuer. Il est impossible que les procédés du commandant en chef de l’armée de Paris, ne soient pas l’occasion d’un débat public, dans lequel nos députés trouveront l’occasion de le flétrir comme ils le méritent.




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