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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tribune militaire – Ed. Bazire
La Marseillaise N°11 – 29 Décembre 1869
Article mis en ligne le 30 décembre 2017
dernière modification le 29 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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On nous assure qu’une circulaire vient d’être adressée par le ministère de la guerre aux officiers de la garnison, pour les engager à interdire les rapports entre l’armée et la population civile.
Nous comprenons à merveille une telle mesure. Ce rapprochement, en effet, est gros de dangers pour le pouvoir : il doit être soigneux d’écarter les soldats de tout ce qui peut les instruire, de tout ce qui peut les attacher à des hommes que demain peut-être il leur faudra mitrailler.
Il est certain que si en Décembre 51, une trop grande intimité avait été établie entre le peuple et l’armée, la tâche du conspirateur qui attaquait la République eût été rendue difficile. Aussi, comme il est possible que l’attentat soit à renouveler, il est de toute nécessité de faire des ennemis irréconciliables de ces deux classes de citoyens. Il est de toute nécessité que le jour où le signal partira des Tuileries, les troupes françaises marchent contre nous, aussi insoucieusement que si elles étaient lancées contre des Cosaques du Don.
Malheureusement pour le gouvernement la précaution n’aura nul effet. Il est trop tard. Ils savent très bien dès maintenant, nos soldats, ce qu’on s’efforça de leur cacher si longtemps, qu’ils ont parmi nous des amis, des amis sincères ; que leur cause et la nôtre sont communes, et que si jamais nous remportons la victoire, ils en partageront les fruits.
Ce n’est pas aujourd’hui que, les conduisant au feu contre des compatriotes, des généraux de l’empire pourraient impunément leur crier : "Fusillez-moi cette canaille."
Ils répondraient, et il suffit d’examiner la situation pour s’en convaincre, – que ces canailles sont leurs frères, et qu’ils ne tireront pas.
Le ministère de la guerre a beau lancer des circulaires, elles sont pour jamais inutiles. L’armée, accablée à son tour, par le lourd fardeau de l’organisation militaire, telle qu’elle est, a fraternisé avec le peuple. Elle ne reniera point ceux auxquels elle a donné sa main loyale.




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