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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le seul espoir
Le Réveil communiste-anarchiste N°433 – 8 Avril 1916
Article mis en ligne le 5 janvier 2018
dernière modification le 1er janvier 2018

par ArchivesAutonomies
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La seconde Conférence socialiste internationale faisant suite à celle de Zimmerwald est convoquée pour ce mois dans une ville de la Hollande.

A l’ordre du jour sont inscrits, à part différents rapports, les objets suivants :

Lutte pour bâter la fin de la guerre ; Attitude du prolétariat en face des problèmes de la paix ;
Agitation et propagande :
a) action parlementaire ;
b) action des masses.

Voilà des objets du plus haut intérêt sans doute, exception faite, bien entendu, pour l’action parlementaire. Il y a même à redouter la confiance que celle-ci continuerait à inspirer aux masses, ne pouvant qu’en retarder l’action directe. A remarquer, d’ailleurs, que l’action parlementaire figure avant celle des masses. Et ce n’est certes pas dû au hasard, mais bien voulu.

Néanmoins, s’il est permis d’espérer gagner la foule à la faveur des événements, il est hors de doute que la grande majorité des parlements, de tous les parlements, est et restera acquise aux gouvernements respectifs. C’est donc vouloir continuer à marquer une préférence vraiment inexplicable.

Dans la circulaire qui accompagne la convocation, nous lisons entr’autres :

Depuis la conférence de Zimmerwald, la situation internationale s’est encore aggravée, les victimes dans les Etats belligérants augmentent de jour en jour, en même temps que la cherté de la vie et la misère, favorisées par une spéculation effrontée, protégées par une corruption toujours croissante, menacent la force vitale des peuples.

Cette situation prouve encore une fois, et avec la plus grande évidence que le, capitalisme moderne est inconciliable, non seulement avec les intérêts de la classe ouvrière, non seulement avec les exigences du développement historique, mais avec les besoins élémentaires de toute communauté humaine. En effet, les événements ont démontré qu’aucune nation opprimée ne peut obtenir sa liberté et son indépendance des gouvernements capitalistes et par des guerres de conquête impérialiste. Comme le prouve l’exemple des Etats balkaniques et tout particulièrement le sort tragique de la Serbie et de l’Arménie, les petits Etats et les nations opprimées ne sont que des pions sur l’échiquier impérialiste de la haute finance. Après s’en être servis, on les sacrifiera tout aussi bien que la classe ouvrière sur l’autel des intérêts capitalistes.

Voilà un langage quelque peu nouveau. Dans le passé, on se plaisait à ressasser aux simplistes que nous sommes, que le Socialisme devait résulter surtout du développement du capitalisme. Cette leçon a été bien apprise, en Allemagne surtout, et nous n’avons plus à nous étonner si une guerre de "développement capitaliste" y a été populaire au début, même dans les milieux ouvriers. Aujourd’hui, on nous dit que le capitalisme est inconciliable avec toute notion d’humanité. C’est beaucoup mieux. Continuons :

Dans ces conditions, chaque défaite et chaque victoire signifient, dans la guerre actuelle, une défaite du socialisme et de la démocratie. Sauf le cas d’un mouvement révolutionnaire du prolétariat international, la guerre, quelle que soit sa fin — défaite ou victoire — n’aura pour résultat que le renouvellement du militarisme, l’augmentation de la soif de conquête impérialiste, le renforcement des antagonismes internationaux et des rivalités nationales qu’on prétendait éliminer par cette guerre. La guerre a provoqué à l’intérieur de tout Etat une réaction inouïe, toujours croissante, un affaiblissement du contrôle exercé par l’opinion publique et de l’opposition. Les parlements dans tous les pays sont ainsi devenus les instruments dociles du militarisme.

C’est très bien, sauf en ce qui concerne les parlements, restés tout simplement ce qu’ils ont toujours été, n’ayant jamais boudé beaucoup devant les crédits militaires, à preuve le fameux milliard supplémentaire de marks que les socialistes allemands ont voté aussi, sans en ignorer la destination, l’année qui a précédé la guerre.

Aujourd’hui, rien à espérer — c’est nous qui avons souligné — sauf le cas d’un mouvement révolutionnaire du prolétariat international. Est-ce pour cela que l’action parlementaire doit encore passer avant l’action des masses ? Celle-ci n’est-elle envisagée peut-être que pour exercer une pression sur les Chambres, auxquelles toute latitude serait laissée ensuite d’escamoter la Révolution ? Car le propre des parlements a toujours été l’escamotage et il serait très dangereux de ne pas s’en souvenir.

Nous nous gardons bien de mettre en doute les bonnes intentions de qui que ce soit, mais connaissant les écueils contre lesquels ont échoué les révolutions du passé, nous ne pouvons que les signaler en y insistant à la veille d’événements appelés à exercer une grande influence sur le sort de l’humanité toute entière.

Rittinghausen nous a dit comment la révolution européenne de 1848 avait succombé.

On laissait subsister l’ancienne machine gouvernementale, inventée tout exprès pour faire sortir de ses rouages la domination de l’aristocratie ; c’était désarmer, abdiquer régulièrement en faveur de cette aristocratie que, de cette manière, on chargeait naïvement de l’application des idées socialistes.

Et il ajoute :

Le gouvernement représentatif, cette pierre angulaire, cette source permanente du règne de la bourgeoisie, pouvait-il être un moyen d’exécution dans les mains de la démocratie ? Ne devait-il pas, au contraire, faire renaître le pouvoir abattu, en le fortifiant encore par l’impression que devaient nécessairement produire toutes les impuissances manifestées par la démocratie dans la question gouvernementale ?

Nous gardons une inébranlable confiance dans les possibilités révolutionnaires, et notre seule crainte, c’est que la foule s’adresse au parlement pour parfaire la révolution, au lieu de la poursuivre elle-même par son action directe. Travaillons donc fermement à ce que l’erreur de 1848, qui a été, en somme, celle de 1871 aussi, ne se renouvelle plus. Notre critique n’est inspirée par aucun sectarisme, mais par les plus grandes leçons de l’histoire. Elles ont coûté trop de sang pour demeurer encore vaines.




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