Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Un manifeste anarchiste
Le Réveil communiste-anarchiste N°435 – 13 Mai 1916
Article mis en ligne le 5 janvier 2018

par ArchivesAutonomies
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La Fédération des groupes anarchistes de la région catalane nous communique le manifeste ci-dessous venant prouver une fois de plus que nos camarades n’ont rien abandonné de leurs principes, dont la guerre a surtout démontré la profonde vérité.
Après un court tableau de la situation actuelle, ce manifeste dit.

Si l’effort que le peuple européen est en train d’accomplir, l’arme au bras, avait été consacré à lutter contre ses ennemis réels — le capitalisme et l’Etat — les résultats auraient été importants, féconds et pleins de promesses !

Malheureusement, il n’en a pas été ainsi.

Au lieu d’imposer le respect de tout ce qui lui appartient et qui lui a toujours été usurpé de vive force, dans tous les temps et dans tous les pays, il a préféré marcher aveuglément et contribuer ainsi au maintien du privilège, au triomphe d’une cause injuste, à la défense des pires infamies sociales.

L’organisation brutale, abjecte et criminelle qui sanctionne la misère de ce peuple, qui perpétue son esclavage, qui lui impose des conditions honteuses et des fonctions dégradantes au gré de ses tyrans et de ses dominateurs, l’obligeant à tout créer pour ne pas même obtenir en retour le droit à la vie, — cette organisation, disons-nous, deviendra plus forte, plus vigoureuse après la bataille et aura plus de puissance pour étouffer les aspirations naturelles des peuples.

Qu’importe au peuple que le vainqueur soit celui-ci plutôt que celui-là ? Les travailleurs ne doivent pas préférer une exploitation à une autre exploitation, une tyrannie à une autre tyrannie ; notre devoir et notre intérêt nous conseillent de les combattre toutes également, sans trêve ni merci, pour arriver le plus tôt possible à la liberté morale, économique et politique.

Attendons-nous, par hasard, que les Etats qui ont écrit sur leurs drapeaux Justice et Liberté, en cas de triomphe, nous facilitent les moyens de réaliser nos revendications ?

Un tel espoir serait indigne de nous.

Tous les vols, toutes les usurpations, toutes les exploitations qui remplissent l’Histoire, ont été perpétrés au nom de ces principes.

L’expérience vivante et douloureuse des faits a démontré catégoriquement que, plus un Etat a réussi à élargir la sphère de sa domination et à imposer sa volonté aux autres Etats, plus son militarisme et conséquemment l’oppression contre ses sujets augmentent.

La guerre finie, le malaise qu’elle aura créé ira en grandissant, et si les affamés qui aujourd’hui défendent l’Etat lui demandent alors du pain, les mêmes armées servant actuellement à combattre un soi-disant ennemi serviront à étouffer sans pitié les révoltes des affamés.

Tout ceci a déjà été dit maintes et maintes fois, mais il faut le répéter hautement, plus que jamais, afin que ce soit entendu dans tous les pays.

Le nationalisme, sous les formes les plus variées, est prêché de toutes les chaires ou tribunes, à chaque occasion. Les ruines, les monstruosités, les horreurs des champs de bataille, accomplies au nom d’une civilisation plus que criminelle, sont un objet de réjouissance pour tous ceux que la vapeur du sang enivre et enthousiasme...

Les exploiteurs du travail et de la crédulité des opprimés sont satisfaits. Les avares, marchands de la sueur du pauvre, esquissent un sourire de bonheur. En réalité, il n’y a pas de quoi ! Ils ne croyaient pas — eux, les puissants, — qu’il leur serait si facile de convertir les masses travailleuses de tant de pays en un vaste bûcher uniforme, de résignés et de lâches, prêt à flamber sur l’ordre sanglant des oppresseurs. Ils attendaient peut-être, — eux, les dominateurs, — un geste viril de révolte suprême.

En réalité, on pouvait espérer, après tant de luttes, tant de crimes, tant d’iniquités, que le peuple bafoué, humilié, affamé et dépouillé, se serait aperçu qu’entre lui et ses exploiteurs dont la rapacité déchaîna le conflit, il n’y avait rien de commun.

Hélas ! nous avons été amèrement déçus.

Nous ressentons, plus que personne au monde, une douleur profonde, en voyant que le sanguinaire impérialisme a pu continuer tranquillement sa route, une fois de plus, piétinant les cadavres de ses victimes, sans qu’une formidable révolte des masses sacrifiées lui barrât le chemin.

Mais cela ne saurait anéantir nos enthousiasmes, nos impulsions, nos ardeurs, nos espoirs... Bien au contraire, notre activité, notre énergie, notre ténacité doivent désormais redoubler.

Nous savons que notre indifférence et notre passivité forment la base de la puissance de nos ennemis. Sachons les vaincre et multiplier nos ardeurs et nos efforts.

Nous étions avant la guerre, et nous sommes toujours, les partisans de la paix et de la fraternité, basées sur la plus stricte égalité de conditions chez tous les êtres humains. Mais aussi longtemps que cette égalité de conditions — base essentielle de l’idéal de justice que nous souhaitons — ne sera pas réalisée, nous continuerons à exciter la haine de l’esclave contre l’oppresseur, de la victime contre le bourreau, à préparer la seule guerre qui nous intéresse, qui nous attire, qui nous charme, guerre qui, dans l’Histoire de l’Humanité, portera un nom béni : la Révolution sociale.

Et, puisque l’Internationale, créée pour affranchir les peuples de la tutelle de l’Etat — synonyme de toutes les formes d’oppression — n’a pas réussi à éviter l’horrible boucherie, notre devoir consiste à empêcher que d’autres nations soient encore entraînées dans la tourmente.

L’Espagne se trouve dans ce cas.

Certaines ambitions commencent aussi, chez nous, à s’affirmer trop ostensiblement. Des politiciens, aussi effrontés qu’influents, chantent déjà les beautés d’une intervention.

On a même engagé une campagne de presse, afin de créer un courant d’opinion favorable à la guerre. On pense au futur sacrifice de la jeunesse-espagnole pour satisfaire des appétits abominables.

Les intérêts nationaux et l’honneur du drapeau seront invoqués. On aura recours à toutes les formes d’alcool intellectuel pour enivrer le peuple. On parlera de Tanger, de Gibraltar et d’autres choses dont l’Espagne a besoin pour ne pas être un facteur négatif parmi les puissances européennes.

En réalité, il s’agit tout simplement d’une affaire à laquelle les intéressés sont disposés à tout sacrifier.

La mort certaine des futurs combattants ne les préoccupe point.

La douleur et les larmes des mères ne les émeuvent nullement, ils en rient, il les bafouent.

Le prolétariat espagnol saura-t-il répondre, si l’occasion se présente, par une de ces explosions impétueuses, écrasantes, admirables, qui ont toujours été la terreur des oppresseurs, et dont l’Histoire a déjà enregistré quelques magnifiques exemples ? Saura-t-il se révolter courageusement, comme il l’a fait autrefois, pour la défense du droit à la vie et de la dignité humaine ?

La vision sinistre des immenses monceaux de cadavres dans les pays belligérants, agira-t- elle sur l’instinct pour vaincre l’habitude d’obéir et déterminer le peuple à se refuser catégoriquement au sacrifice stupide ?

Nous ferons ce que nous estimons être notre devoir comme hommes, comme anarchistes, tâchant, par tous les moyens, qu’il en soit ainsi.

Travailleurs ! Camarades ! La seule guerre qui doit nous intéresser, la seule guerre par laquelle vous pourrez effectivement défendre vos droits et votre liberté, c’est la guerre sociale, la guerre de classes. Par elle, rien que par elle, vous arriverez bientôt à vous délivrer de toutes les iniquités qui vous oppriment et de toutes les exploitations qui vous écrasent.

Si jamais l’on prétendait vous sacrifier pour consolider le privilège, fortifier la propriété et centupler la puissance oppressive du capitalisme et de l’Etat, n’oubliez pas que l’affirmation de votre individualité en rapport avec l’idée de solidarité humaine, doit passer avant tout.

Quant à nous, au lieu de nous borner à vous pousser à la lutte, nous vous dirons nettement : Suivez-nous ! Et, avec vous, vous donnant l’exemple par nos actes et choisissant les postes les plus périlleux, nous tâcherons de détruire de fond en comble l’exécrable régime que nous combattons.




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