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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Une équivoque – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°445 – 7 Octobre 1916
Article mis en ligne le 21 janvier 2018
dernière modification le 2 janvier 2018

par ArchivesAutonomies
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Le Réveil avait été accusé d’argumenter exactement — oui, exactement ! — comme la social-démocratie gouvernementale. Je réponds, et offre comme preuve la collection de notre journal, que nous n’avons fait que polémiquer avec toute la social-démocratie, c’est-à-dire qu’argumenter contre elle.

Il est impossible de le contester et alors voici l’extraordinaire raisonnement qui nous est opposé :

Le Grutléen, comme le Réveil, comme l’Avanti !, comme Il Libertario et autres "organes socialistes et anarchistes neutres" argumentent en tant que a neutres exactement de la même façon ; ils disent tous que :

1° la guerre a été voulue par les capitalistes ;

2° les prolétaires ont, dans tous les pays, la même situation vis-à-vis des capitalistes ;

3° le peuple n’a pas davantage à prendre la défense du pays en Belgique qu’en Allemagne.

Oui on non, le Grutléen socialiste défend-il ces thèses neutrales ? Oui ou non le Réveil anarchiste défend-il ces thèses neutrales ?

C’est indéniable.

Tout d’abord, nous avons toujours protesté dès le début de la polémique pour l’intervention italienne contre le qualificatif de neutres, et à ce moment-là nous avons déjà expliqué comme quoi nous ne pouvions faire nôtre aucune des conceptions étatistes : paix, guerre ou neutralité. Elles sont toutes trois également trompeuses, et nous ne saurions par conséquent adhérer à aucune d’entr’elles.

Que la guerre ait été voulue par les capitalistes, la Libre Fédération elle-même ne l’a pas contesté. Son dernier numéro commence par ces mots : "Nous avons examiné les causes de la guerre et nous leur avons reconnu un caractère nettement économique." Sur ce point, il est impossible d’argumenter différemment.

Dans tous les pays les prolétaires ont, vis-à-vis des capitalistes, une situation équivalente sinon absolument identique. Prétendrait-on, par hasard, que le moujik a une situation supérieure à l’ouvrier allemand ou que le mineur sicilien est mieux traité que le mineur autrichien ? Ignore-t-on que Londres offre le spectacle de misères inouïes et que les ouvriers des régions industrielles de France et de Belgique avaient souvent des salaires de famine ? Rien ne serait plus faux que de leur attribuer je ne sais quelle supériorité vis-à-vis des travailleurs allemands. Et alors ?

A remarquer qu’il ne s’agit là que de constatations de fait et nullement d’arguments à proprement parler.

Reste le dernier point, qui est en somme le point essentiel. Ce que nous serions heureux d’être nombreux à affirmer que le peuple n’a pas davantage à prendre la défense du pays — pourquoi ne pas dire plus exactement de l’État ? — en Belgique qu’en Allemagne ! Mais sur ce point nous demeurons seuls.

Zimmerwald, Romain Rolland, le Peuple Suisse, l’Avanti ! tous ont affirmé qu’il fallait défendre la patrie ! Turati a déclaré idiota e nefando oui, idiot et scélérat !— celui qui s’y opposerait. Dans une polémique avec l’Humanité, l’Avanti ! a bien expliqué qu’il ne s’agissait nullement de se refuser à être soldat, mais qu’il fallait uniquement en finir avec le ministérialisme socialiste et voter contre les crédits militaires, ce qui — à notre avis — ne changerait rien à la situation et serait en somme contradictoire.

Nous n’aurions pas fait cette réponse, n’était-ce la nécessité de dénoncer une fois de plus l’équivoque consistant à attribuer à la social-démocratie — majorité ou minorité — la décision d’une grève militaire ou simplement d’appuyer la désertion. Il se peut que tel ou tel individu isolé l’ait dit, écrit ou même fait. Mais nul doute que, mis au pied du mur, il finirait par se dédire. Il ne pourrait souscrire à notre principe que nul ne peut être obligé de tuer ou de se faire tuer, parce que l’État est inconcevable sans militarisme.

Je me rappelle avoir entendu Charles Naine, à Lausanne, affirmer hautement que jamais la social-démocratie n’avait pris l’engagement d’empêcher la guerre. Loin de là. Elle a toujours fait à ses membres un devoir d’être soldat, de défendre l’Etat, et n’a pas varié. Zimmerwald et Kienthal se référent aux décisions précédentes et ne marquent nullement une tactique et une conception nouvelles.

Ainsi, le point qui devait nous confondre est précisément celui qui a été l’objet de toute notre polémique avec les minoritaires français ou allemands, avec les socialistes suisses ou italiens.

N’oublions pas non plus que la députation socialiste suisse a aussi voté les crédits pour la mobilisation, ce qui est logique, nous le répétons. Refuser les crédits de guerre sans se refuser en même temps à être soldat, est bien la chose la plus absurde qui soit, puisque ce serait condamner ce même soldat à l’impuissance et à tomber d’inanition.

Glissons sur les aménités à mon égard. La guerre en a rendu malades plus d’un. Il faudrait tout de même songer aussi à soigner ça...




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