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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le précédent logique et historique – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°453 - 27 Janvier 1917
Article mis en ligne le 17 février 2018
dernière modification le 4 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Le socialiste italien Turati disait, en parlant de Bakounine, "qu’il avait pour règle suprême l’inversion du binôme évolutionniste, soit la nécessité de la révolution comme précédent logique et historique de toute évolution progressive."

Eh bien, nous croyons que cette conception n’est au fond nullement erronée. Le peu de résultats des révolutions du passé, le fait que depuis la Commune nous n’avons eu aucun soulèvement de peuple d’une extension et d’une durée suffisantes pour avoir partout une certaine répercussion et pour que le souvenir en soit demeuré bien vivant a, sans doute, contribué beaucoup à rendre le monde ouvrier très sceptique à l’égard de l’idée même de révolution. Et c’est ainsi que, malgré ses perpétuels avatars, le réformisme a continué à triompher. On en tirait peu, très peu, presque rien, parfois moins que rien — comme c’est précisément le cas en matière de salaires, puisque le coût de la vie a d’une façon générale augmenté beaucoup plus sensiblement que le gain de l’ouvrier — mais on se donnait l’illusion de taire quand même quelque chose et pas seulement des mots, si beaux soient-ils !

En effet, le raisonnement qui nous est le plus opposé, est bien connu :

— Soit, nous n’avons pas fait grand-chose, mais qu’avez-vous fait de mieux et de plus ?

Pour parler ainsi, il ne faut pas se rendre compte que ceux qui auraient pu et su avant la guerre en faire saisir à tout le monde l’inutilité et l’horreur, la représenter à tous, hommes, femmes et enfants, sous son vrai jour, en faire ressentir le terrible danger, en inspirer le dégoût et la révolte, au moment où celle-ci était encore possible, c’est-à-dire avant que l’effroyable mal fût déchaîné, ceux-là auraient rendu à l’humanité un service autrement grand que tous les réformistes et les philanthropes pratiques, même les plus sincères, ensemble.

Les mots assez convaincants, puissants, pénétrants, pour déterminer une façon nouvelle de sentir et d’agir valent davantage que tout l’ordre des faits amenant à de continuelles adaptations et réadaptations sans aucun changement réel. Nous n’entendons pas dire que le verbe suffit, loin de là, puisque s’il n’exprime pas un fait immanent ou prochain de façon à le faire voir, comprendre et s’imposer, sa valeur est nulle. Mais en somme, il y a des mots agissant sur les cœurs et les esprits, comme des actes endormant dans une soumission, une routine, une attente, bien propres à amener les pires désastres.

Certes, à présent, nous ne donnons surtout à la révolution que des mots ; les actes pouvant la préciser comme idée et comme but sont plutôt rares ; mais ce serait une erreur de croire à tout une évolution de faits dans un sens délibérément nouveau, avant qu’une révolution ne se soit produite. Une société ne se reproduit qu’elle même indéfiniment, aussi longtemps qu’elle ne se trouve pas profondément ébranlée. Et comment le serait-elle sans une réelle période révolutionnaire ? La nouvelle évolution progressive d’une société présuppose avant tout que l’ancienne ait été brusquement interrompue par l’épuisement ou par la révolte. Il n’y a de véritable réorganisation que là où une désorganisation s’est produite.

Dès lors on comprend combien Bakounine avait raison de proclamer avant tout la nécessité de la révolution. Nous l’avons déjà dit.

La révolution française ne marque pas le point culminant de nous ne savons quelle évolution bourgeoise ; elle ne signifie que la fin de l’évolution féodale, celle bourgeoise, tout au moins dans les faits, ne commençant qu’avec la révolution même, pour se poursuivre plus ou moins rapidement après. Avant 1789, si évolution bourgeoise il y a eu, c’est surtout dans les idées.

Et c’est encore à modifier la mentalité des masses que nous devons surtout nous attacher, en nous appuyant certes sur les faits et cherchant aussi à en susciter. Mais il est matériellement impossible de concevoir un ensemble de données communistes matérielles avant un vaste mouvement d’opinion publique aboutissant à ces grandes secousses populaires qu’amènent les révolutions.

Notre programme doit donc consister à combattre au lieu de favoriser l’évolution capitaliste, à l’amener le plus promptement possible à son point d’épuisement, de façon qu’une nouvelle évolution s’impose. Mais les forces du passé étant toujours formidables, nous aurons à un moment donné à les frapper à mort. Et c’est alors qu’il faudra se répéter : De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! et tourner tous nos efforts vers le déchaînement de la révolution, seule apte à assurer la base pour le monde nouveau envisagé par nous.

Nous demeurons donc fidèles à l’enseignement de Bakounine, à la nécessité de la révolution comme précédent logique et historique de l’évolution communiste et libertaire vers laquelle nous voulons aller.




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