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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le fait nouveau
Le Réveil communiste-anarchiste N°458 – 7 Avril 1917
Article mis en ligne le 17 février 2018
dernière modification le 4 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Le fait accompli s’impose toujours. De même que la guerre cessant d’être une hypothèse pour devenir une monstrueuse réalité a pu compter parmi ses adhérents beaucoup de ceux qui la condamnaient auparavant, la Révolution russe obtient aussi aujourd’hui nombre d’adhésions auxquelles nous ne nous serions certes pas attendu. A vrai dire elles sont plus ou moins sincères, et d’aucuns ne paraissent vouloir embrasser la cause populaire que pour mieux l’étrangler sous peu, mais — toutes réserves faites — même les plus optimistes parmi nous ne croyaient point à des résultats aussi importants et rapides.

Or, l’exemple est contagieux. Puisque la Russie a pu trouver un commencement de solution dans la révolution, pourquoi n’en serait-il pas de même dans d’autres pays ? Pour peu que les révolutionnaires russes sachent s’emparer et disposer des vivres dont leur pays ne manque point, améliorant ainsi d’une façon prompte et générale la situation économique, il y a toute probabilité que la réaction ne pourra pas reprendre le pouvoir. Mais il ne faut point oublier que la première liberté reste toujours celle de manger à sa faim. L’enthousiasme laissé à jeun ne tarde pas à faiblir et à disparaître, pour faire place à un morne désespoir, qui pourra s’affirmer peut-être dans quelques convulsions suprêmes, mais pour aboutir fatalement à la tragique défaite.

Les fourbes ou les sots qui ne voudraient accepter de la nouvelle révolution que le côté politique — interprété d’ailleurs très arbitrairement et sans nulle preuve convaincante dans le sens d’une participation encore plus grande à la guerre — ne s’aperçoivent guère que sans ces mesures économiques, qualifiées de démagogiques, qu’ils paraissent redouter par dessus tout, le mouvement cesserait d’être populaire et viendrait à manquer de base et de vie. Le cadeau d’une guerre peut être un cadeau de prince, mais nullement celui d’une révolution qui s’affirme anti-dynastique.

La révolution bourgeoise par elle-même est incompréhensible sans le concours des masses et celles-ci, à travers de longues et douloureuses expériences, ont appris à poser aussi leurs conditions. D’ailleurs, comme l’autorité appelle l’autorité, la liberté appelle la liberté et rien n’est plus utopique que certains savants dosages ne pouvant s’inspirer que d’intérêts particuliers et pair cela même fort instables.

Quoi de plus symptomatique que de voir nos feuilles bourgeoises craindre cette liberté à peine conquise ! Ah ! comme elles s’accommodaient bien mieux de l’autocratie, en lui reconnaissant certes quelques inconvénients, mais nullement tous ces dangers dont ils tremblent à présent ! Et pourtant quel plus grand cataclysme que celui de la guerre elle-même pourrions-nous jamais avoir à redouter ? Après les événements terribles qui se sont déroulés sous nos yeux depuis bientôt trois ans, il est difficile de concevoir de plus grands maux, à moins que ce ne soit toujours ceux de la guerre elle-même.

Le fait nouveau longuement souhaité et préconisé par nous — la révolution — est enfin là. Nous avons plus et mieux à faire que dénoncer ses faux apologistes et exploiteurs du moment. Il s’agit de s’en servir pour propager toujours plus l’idée et la pratique révolutionnaires.

Pour cela, attachons-nous à démontrer que les abus, les concussions, les privilèges et les iniquités qui ont provoqué la révolution russe sévissent, sous d’autres formes et à quelques degrés près, dans tous les Etats. Insistons particulièrement sur le fait que si le militarisme n’est pas radicalement supprimé, il finit par imposer aux libres citoyens des démocraties la même servitude dont souffrent les sujets des autocraties, avec des sacrifices de sang, de forces et d’argent non moins considérables. Proportionnellement, nous pouvons même dire que les peuples allemand, français, autrichien et italien ont été plus saignés que le peuple russe. Et si nous ne voulons pas commettre la faute impardonnable d’attribuer le crime de la guerre à la perversion d’un seul peuple et de ses dirigeants au lieu d’en rendre responsable tout le système capitaliste, nous devons songer à la nécessité urgente d’en finir avec celui-ci.

Il est navrant d’avoir à lire dans des journaux ouvriers des articles où l’on se préoccupe de savoir comment l’exploitation bourgeoise pourra reprendre après la guerre et comment s’y adapter le mieux possible. C’est toujours vouloir se sauver en conservant le régime même qui nous a valu toutes les pertes.

Comprendra-t-on enfin que l’on ne devient révolutionnaire que par le fait même de ne garder plus aucune confiance dans les institutions actuelles ? Ceux qui leur demandent des améliorations et des fonctions nouvelles aboutissent à les fortifier surtout dans leur rôle ancien.

Il y a certes un avantage immédiat à ce que le mécanisme gouvernemental et économique de la bourgeoisie fonctionne mieux, mais il se trouve ainsi, d’autre part, être plus fort pour la conservation contre toute rénovation. En Allemagne, par exemple, le perfectionnement même de la machine étatiste est le plus sérieux obstacle à la révolution.

Nous en voyons, surtout parmi les jeunes socialistes, beaucoup qui se croient d’autant plus révolutionnaires qu’ils adressent des sommations plus virulentes aux pouvoirs publics et aux patrons. Ce n’est pourtant pas avec ceux-ci ou sous leur direction que la révolution pourra s’accomplir, mais en refusant précisément de mettre nos activités et nos capacités à leur disposition, afin de nous en servir nous-mêmes et pour nous mêmes. Et cela exige avant tout une large socialisation d’une propriété qui en restant privée ne peut que faire triompher l’intérêt privé. L’intérêt public ne prévaudra qu’avec la propriété publique, le communisme.

Préparons-nous donc à la révolution expropriatrice.




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