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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Des manifestations – Alfred Amiguet
Le Réveil communiste-anarchiste N°459 – 21 Avril 1917
Article mis en ligne le 17 février 2018
dernière modification le 4 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Le 1er avril, la Section de Paris de la Ligue des droits de l’homme avait organisé dans la salle du Gymnase Jean Jaurès un meeting à propos de la révolution russe. Plusieurs milliers de personnes, parmi lesquelles de nombreux soldats, avaient répondu à l’appel des organisateurs.L’orateur de la Ligue put librement haranguer l’auditoire, jusqu’au moment où il voulut prétendre, contre toute vérité, que la révolution russe était une révolution patriotique faite contre les gouvernants qui voulaient une paix séparée avec les Allemands. Les auditeurs interrompirent bruyamment l’orateur, M. Basch, qui finalement se retira, renonçant à interpréter dans un sens guerrier la révolte d’un peuple contre un régime monstrueux. Après lui devaient parler Jouhaux, secrétaire de la Confédération Générale du Travail, Renaudel, de l’Humanité et l’historien Aulard. Jouhaux qui, dès le début de la guerre, se rallia au gouvernement et fut exempté des tranchées pour aller, aux frais du pays et pour le compte du ministère, faire des conférences chauvinistes en compagnie de curés et des pires réactionnaires français, fut hué dès sa parution à la tribune. Traité de renégat par toute l’assistance, il dut se retirer. L’accueil fait à Renaudel et Aulard, deux jusqu’auboutistes, ne fut pas meilleur. Le public renvoya à ceux qui les paient, les tristes sires qui osent encore se parer de l’étiquette socialiste pour prêcher la continuation de la tuerie, de laquelle ils se tiennent soigneusement à l’écart, réservant leur précieuse peau pour la curée des places d’après-guerre.

Sévérine, prenant alors la parole ; fit, aux acclamations de toute l’assistance, l’apologie de la Révolution russe, ouvrière et paysanne, contre tous les pouvoirs de réaction, fauteurs de misère et de guerre.

* * *

A Genève, des gens qui s’intitulaient socialistes patriotes, organisèrent le 5 avril, à la Maison communale de Plainpalais, un meeting aussi à propos de la Révolution russe et pour la guerre jusqu’au bout. Comme à Paris, il fut impossible aux pourvoyeurs de tranchées de s’exprimer. Dès le début, les membres de la Jeunesse socialiste rappelèrent à un peu plus de pudeur les politiciens qui ne voient dans les événements actuels qu’un moyen de se faire de la réclame et qui se mettent au service des maîtres en échange de quelques places ; qui prêchent la continuation de la guerre tout en n’y allant pas, ou même, comme monsieur Pons, en troquant leur nationalité française contre celle suisse pour avoir un emploi et laisser à d’autres le soin de refouler les Boches vers la frontière. De même monsieur le professeur socialiste (!) Edgard Milhaud qui, dans une conférence faite l’année dernière à l’Athénée et en réponse à un contradicteur bourgeois, M. de Morsier, disait que les "champions du droit" pouvaient parfaitement s’accommoder des trônes et que les horreurs de Russie étaient une question dont les amis de la justice, comme lui, n’avaient pas à se préoccuper.

Le public, naïf, a longtemps admis les mille tours d’acrobatie des politiciens. Mais la lassitude de la guerre est telle, dans les pays neutres comme chez les peuples belligérants, qu’il n’est plus possible à des charlatans, surtout lorsqu’ils se parent du titre de socialistes, de venir parler en faveur de sa continuation. Et de quel droit viennent-ils exalter une révolution, alors qu’ils ont eu recours aux moyens les plus ignobles pour jeter la déconsidération sur les révolutionnaires et n’est-ce pas un simple moyen de recueillir des applaudissements que de venir parler de révolution en Allemagne, eux qui, depuis des années, n’ont vu de bien que la méthode soi-disant scientifique des social démocrates allemands, partisans d’un pouvoir de l’Etat toujours plus étendu, en opposition aux anarchistes qui ne voyaient de salut que dans la destruction de l’Etat par l’insurrection populaire.

Nous sommes partisans de la liberté de parole et nous n’empêcherons jamais des gens sincères d’exprimer une pensée, même diamétralement opposée à la nôtre. La justesse de notre cause est assez nette pour ne pas craindre la discussion. Nous pensons même qu’elle a tout à gagner à cela. Mais nous disons franchement que nous n’avons pas été fâchés de l’attitude hostile prise par le public ouvrier envers les politiciens organisateurs des deux manifestations précitées.

Ces protestations montrent d’abord que le public en a assez des jusqu’auboutistes et qu’il y a une tendance à se débarrasser des farceurs qui ne voient dans toutes les actions des hommes qu’un moyen, pour eux, de parvenir.

Sûrs du succès, les "socialistes patriotes" – deux mots qui jurent d’être accouplés – avaient mobilisés tous les reporters des journaux bourgeois, qui purent assister, à peu de frais, à une grande bataille à coups de poings et de chaises et au fiasco oratoire et patriotique du trio Sigg, Milhaud et Pons.

Le compte rendu fait dans les feuilles bourgeoises était manifestement faux et certains détails inventés de toutes pièces, comme la prétendue bataille entre un soldat interné et des Allemands.

L’ordre du jour qui aurait été voté par l’assemblée est également un mensonge, et il faut que les organisateurs du meeting aient toute honte bue pour oser le publier autrement que comme l’expression de leur pensée personnelle. M. Milhaud a lu quelque chose que personne n’a entendu. Par des mouvements de bras précipités, il voulut faire comprendre à l’assemblée, qu’il fallait lever les mains. Une demi-douzaine de personnes, au plus, imitèrent son geste sans savoir de quoi il s’agissait. C’est trop peu pour prétendre parler au nom des socialistes russes en Suisse. Il est vrai que de Paris, Londres et Petrograd l’on ne pourra venir contrôler.

Les journaux, toujours aux ordres des patriotes, ont prétendu que les obstructionnistes étaient des Allemands, des Bulgares et des Turcs. C’est du jésuitisme bien dans la note politicienne et patriote. Est-ce que la foule parisienne, les poilus qui huèrent les renégats du socialisme et les jusqu’auboutistes, dans la salle Jean Jaurès, étaient des Boches ?

Quand on voit, sur les lieux mêmes, comment la presse répand le mensonge, on sait que penser de "nouvelles véridiques" qu’elle publie chaque matin sur ce qui se passe au loin. Tout ce qui concerne les travailleurs et la guerre n’est présenté que sous une forme qui répond à l’intérêt des maîtres.

Le mensonge étant érigé en système par les dirigeants, on comprend que les ouvriers russes veulent, à la grande colère de nos bourgeois, contrôler les dépêches qu’envoient à l’étranger Milioukof et consorts. Ils ne veulent plus qu’on puisse mentir en rond.

Les bourgeois ne le leur pardonneront ,jamais, car la fin du mensonge, c’est la fin de leur régime.




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