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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pourquoi la guerre ?- Alfred Amiguet
Le Réveil communiste-anarchiste N°461 – 12 Mai 1917
Article mis en ligne le 17 février 2018
dernière modification le 4 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Pourquoi la guerre et comment est-elle possible ? Voici deux questions posées par quelques-uns depuis une éternité et qui sont maintenant sur des millions de lèvres, parce que d’une tragique actualité.

Avant et pendant la sanglante aventure, dont la fin est encore impossible à prévoir, nous avons maintes fois essayé de répondre, après nous être nous-mêmes interrogés. Au risque de nous répéter, ce dont nous nous excusons, nous allons reprendre cette question. D’ailleurs, tant que les puissances de mensonge et d’oppression subsisteront, nous ne pourrons faire qu’une continuelle reprise d’arguments, qui ne sauraient perdre de leur valeur sous prétexte que les institutions que nous attaquons croissent en âge, mais pas en sagesse. Seuls des faits nouveaux peuvent fournir des raisons nouvelles, sans modifier essentiellement les anciennes, souvent en les fortifiant.

Lorsque les guerres passées étaient plus spécialement des entreprises dynastiques, depuis trois quarts de siècle elles sont devenues économiques. Déjà en 1855, les Anglais et les Français n’allèrent à Sébastopol que pour empêcher un concurrent, qui pouvait devenir redoutable, de s’établir sur la Méditerranée, qui allait être la grande route commerciale des Indes et de l’Extrême- Orient. Et aujourd’hui l’on peut être certain que c’est bien malgré eux que ces deux alliés Signèrent une convention reconnaissant à la Russie le droit de prendre Constantinople. L’un et l’autre doivent souhaiter que la reconnaissance ne soit jamais une réalité, vu leur intérêt à laisser ce qu’ils ne peuvent prendre eux-mêmes entre des mains faibles, ce qui ne serait pas le cas avec la Russie.

Depuis cette époque les ambitions exclusivement monarchistes cédèrent, de plus en plus, la place aux intérêts marchands. Les princes eux-mêmes ne restèrent pas étrangers à la spéculation et les plus malins virent bientôt le parti qu’ils pouvaient tirer de la nouvelle orientation guerrière, pour leur situation particulière et pour leurs coffres, car les aigles royales s’accommodent très bien du voisinage de cet emblème du capitalisme.

Certains monarques, comme Léopold II et Edouard VII, avaient une réputation de financier solidement établie. Guillaume II, entre un cantique et une harangue patriotique, ne manque pas de s’informer du cours de ses actions de la fabrique de canons Krupp. Si, de 1870 à 1914, des guerres out été évitées entre les grandes puissances européennes, cela ne résulte pas de la volonté pacifiste des dirigeants, volonté qui n’existait pas, mais parce que les grandes corporations financières et industrielles n’y trouvaient pas leur compte. Exclues de l’Amérique, elles avaient l’Asie et l’Afrique à se partager, et pendant quelques dizaines d’années la course vers les continents noir et jaune absorba toutes les attentions. Sur la fin, il y eut déjà des grincements de dents et les derniers arrivés accusèrent de trop grand appétit les premiers, l’Angleterre et la France plus particulièrement. Pour le Maroc, les choses s’envenimèrent et les acquisiteurs durent fournir des compensations à ceux dont l’attente avait été déçue.

Depuis que le Japon, à la suite de sa victoire sur la Russie, a mis la Chine sous sa « protection », gardant tout pour lui et rendant ainsi le partage impossible, il ne restait plus qu’un morceau de choix : l’Asie Mineure, qui fait partie de l’Empire turc. Les titres de propriété détenus par de plus faibles qu’eux, n’ont jamais embarrassés les gouvernants, représentant non les peuples, niais les marchands européens, qui n’ont d’excuses que d’être comme tous les marchands : très cupides, et de réaliser l’étrange particularité d’être très honnêtes tout en volant et en empoisonnant leurs contemporains ! C’est du moins ce que nous dit la morale actuelle que nous avons quelque peine à nous assimiler.

Pour ceux qui étaient tant soit peu au courant de l’antagonisme existant entre les grands groupements financiers et industriels de Russie, d’Allemagne, de France et d’Angleterre, il ne faisait aucun doute qu’il n’y avait plus qu’un moyen d’éviter la guerre : la révolution,ou alors qu’il se produisit une indéfinissable catastrophe, qui aurait détruit vingt ans de travail des artisans de l’Europe entière, donnant ainsi un nouveau champ d’exploitation à l’activité dévorante des écumeurs d’or.

La société capitaliste est ainsi faite, que les travailleurs ayant une grande capacité productive et une minime faculté d’achat — il faut acheter pour consommer — les propriétaires des produits doivent aller leur chercher au loin un débouché, alors que les réels producteurs n’en ont pas en suffisance, quelquefois même souffrent cruellement de la disette.

La catastrophe engloutissante n’est pas venue, la révolution pas davantage, nous avons eu la guerre pour le partage de l’Asie Mineure.

Personne n’ose sérieusement nier que la cause profonde de la guerre ne réside dans cet antagonisme des maîtres de la production. Le reste, questions de nationalités et emphatiques déclarations sur la civilisation, la barbarie et l’idéal de liberté, ne sont que des mots pour faire marcher les peuples. Dans leurs proclamations, les empereurs, les rois et les présidents, ne peuvent pourtant pas dire à leurs sujets qu’ils les envoient à la guerre pour savoir si les nègres ou les jaunes achèteront les marchandises de l’Entente plutôt que celle de l’Allemagne. Cela manquerait d’envergure, et peut-être que les ’peuples, connaissant leurs propres privations et besoins, renverraient tous les chicaneurs à dos et consommeraient eux-mêmes.

C’est là qu’est la solution de la question guerrière. Chaque peuple doit d’abord travailler à satisfaire entièrement ses propres besoins. Comme cela ne peut être avec le régime capitaliste, les producteurs de tous les pays doivent, au lieu de s’entre-tuer dans une lutte sauvage et sans issue, mettre en commun leurs forces pour supprimer une organisation qui ne peut fonctionner normalement qu’en pratiquant périodiquement des destructions et des massacres.




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