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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Russie et la guerre – Alfred Amiguet
Le Réveil communiste-anarchiste N°463 – 9 Juin 1917
Article mis en ligne le 17 février 2018
dernière modification le 6 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Les événements russes sont jugés sévèrement par la presse bourgeoise de tous les pays, qui ne peut admettre que les ouvriers et paysans russes fassent une révolution pour eux, et non pour installer au pouvoir des politiciens, qui devaient faire antichambre sous le précédent régime. Plus l’action révolutionnaire se développe, plus nous sommes justifiés d’avoir vu, dans l’insurrection de mars dernier, le début d’une révolution populaire et sociale et non un simple coup d’Etat politico-patriotique, comme l’affirmait une presse stipendiée, qui ne reconnaît sa voie que dans la mesure où elle est pavée, non de bonnes intentions comme l’enfer, mais d’écus.

Des politiciens qui, soi-disant, avaient fait la révolution, ont été renvoyés du pouvoir et les autres ne se maintiennent au gouvernement provisoire qu’en se conformant aux ordres du Comité exécutif de soldats et d’ouvriers. Les députés socialistes envoyés par les banquiers de Londres et de Paris pour étrangler la Révolution, ne semblent pas avoir obtenu un grand succès. Il en est de même de Plekhanoff, dont l’arrivée à Pétrograd fut annoncée par toute la presse bourgeoise comme un fait presque aussi sensationnel que la révolution. Avec un empressement qui trahissait le triste espoir mis en lui, les conservateurs et ses acolytes en exploitation du socialisme, annonçaient en même temps son débarquement dans la capitale russe et son entrée au gouvernement provisoire, en qualité de ministre du travail. Cette dernière nouvelle était prématurée et le succès de Plekhanoff trop tôt escompté. Les révoltés russes n’ont pas voulu s’en laisser imposer par ce prétentieux coupeur de cheveux en quatre, admirateur borné de la "science" des politiciens socialistes allemands, qui prétendent transformer la société, par une étude, à la loupe, du microbe capitaliste, entre les quatre murs d’un laboratoire. Après les heures de contemplation accordées aux dieux Marx et Engels, Plekhanoff employait ses loisirs à combattre les anarchistes et les socialistes révolutionnaires, russes plus particulièrement, ce dont il se vantait comme d’une grande œuvre, dans des rapports aux divers congrès socialistes internationaux. Inutile d’en dire plus long sur cet individu. Il est suffisamment jugé par sa façon de se précipiter pour avoir une place, alors que toute son activité a été une ininterrompue diffamation contre les révolutionnaires qui, généreusement, donnaient leur liberté et leur vie pour abattre le tsarisme.

Nous espérons que les travailleurs russes sauront écarter à jamais ces docteurs sociaux qui, dans leur genre, sont aussi ignares que les médecins de Molière et un peu moins scrupuleux. La tâche qui attend le prolétariat russe est immense et terrible. Elle nécessite un effort continu et très long. Il doit organiser une vie nouvelle et en même temps se dresser contre la réaction intérieure et contre l’invasion étrangère. La réaction est d’autant plus dangereuse qu’elle a l’appui de tous les gouvernants alliés, qui accepteraient une modification constitutionnelle donnant définitivement le pouvoir aux Milioukoff. Rodzianko et consorts, mais qui sont manifestement hostiles à une Russie socialiste, qui devient d’autant plus insupportable qu’elle veut savoir pourquoi on lui demande de continuer la guerre.

C’est une prétention qui dépasse l’imagination des gouvernants et banquiers de tous les pays, qui n’admettent d’aucune façon que les peuples discutent les ordres d’envoi à la boucherie. Les maîtres de Londres et de Paris insistent pour que les armées russes prennent l’offensive contre les Allemands, et le commis des milliardaires américains, le président Wilson, les somme d’avancer. Les gens de plume, qui ne risquent qu’une augmentation de traitement, et les courtiers "socialistes" qui auront un supplément de commission si leur honteuse besogne est couronnée de succès, déclarent que la Russie serait déshonorée à jamais, si les ouvriers et les paysans ne tenaient les engagements du précédent régime.

Personne n’ose nier que le tsar et ses ministres étaient des scélérats et que c’est, les connaissant comme tels, avec eux que les gouvernants alliés ont conclu des accords et que, dans une large mesure, la libération du peuple russe a été retardée, par les appuis financiers donnés à un gouvernement monstrueux par les maîtres de la France et de l’Angleterre.

Maintenant que le peuple russe a chassé les forbans qui l’opprimaient, on a le toupet de lui demander de se conformer aux marchés passés avec ces mêmes bandits. C’est aussi stupide et immoral que si une grue émettait la prétention de se faire verser par des pupilles, la somme promise par un tuteur dépravé et dilapidateur. Le peuple russe en esclavage n’a rien conclu, il n’a donc pas d’engagement à tenir. D’ailleurs, il faut croire que les traités passés avec le tsar ne sont pas très propres, puisque les gouvernants alliés et les politiciens russes, qui aspirent à devenir les nouveaux maîtres, n’osent pas les publier malgré les demandes réitérées faites par les délégués des ouvriers et soldats, ce qui ne les empêche de continuer à réclamer l’exécution de conventions qu’une des parties ne connaît pas et qu’on ne veut lui faire connaître. C’est tellement monstrueux qu’il faut toute la mauvaise foi d’un jusqu’auboutiste enrichi ou en voie de s’enrichir pour ne pas s’indigner.

Par la voix de leurs délégués, le peuple et l’armée russes se déclarent prêts à conclure une paix sans indemnités,ni annexions, et qui stipulera que toutes les populations seront consultées et qu’elles auront le libre choix du régime sous lequel elles veulent vivre.

Les Alliés tout en continuant à affirmer qu’ils luttent pour le triomphe de la justice, ne veulent pas souscrire à cette formule qui contrecarre leurs réelles visées impérialistes. D’autre part, Guillaume II et ses ministres persistent à ne pas dire à quelles conditions ils seraient disposés à ordonner la cessation de la tuerie. Comme les gouvernants alliés, ils s’en tiennent à des formules hypocrites et vides de sens, qui ne peuvent satisfaire que des politiciens familiarisés avec tous les reniements. Il est évident qu’eux aussi n’ont pas renoncé à l’entreprise de pillages commencée en août 1914 Ils veulent du butin, espérant que les trophées leur éviteront le châtiment que méritent leurs crimes.

Il y a des chances, qu’avec la Russie, les gouvernants allemands jouent une comédie. Comme tous les privilégiés, ils ont intérêt à ce que la révolution russe ne se développe pas, ce qui est possible si la guerre étrangère se poursuit. D’un autre côté, la réorganisation militaire russe est rendue difficile par l’agitation intérieure. Leur attitude équivoque est ainsi tout bénéfice, puisqu’ils entravent et la révolution et la constitution d’une armée qui pourrait les menacer et mettre un terme à leurs ambitions, malheureusement au profit des maîtres du camp adverse. Pendant que les travailleurs russes se débattent en face d’une situation tragique, les "scientifiques" consultent leur évangile pour y découvrir un article justifiant leur passivité, sinon leur complicité avec les maîtres.

Le drapeau rouge flotte sur les tranchées russes, et les "camarades" allemands continuent à colporter les sottises du début de la guerre, en se déclarant partisans d’une paix qui garantira le libre développement de l’empire, formule élastique et sans signification. Ainsi, en face de la révolution russe, ces prétendus socialistes n’ont d’autres soucis que d’obtenir des garanties en faveur du régime et des bandits qui ont donné le signal de la boucherie qui, depuis trois ans, ensanglante le monde.

Si ces politiciens n’ont pas le courage de suivre la voie de la libération et de répondre à l’appel des révoltés de Pétrograd, ils devraient avoir la pudeur de se taire et de ne pas mettre leurs sophismes trompeurs au service des plus détestables oppresseurs de la race humaine.

Toute l’espérance des opprimés va maintenant vers les travailleurs russes, à qui ils souhaitent d’avoir assez de clairvoyance et d’énergie pour réaliser l’expropriation de la terre et des moyens de production, et pour se débarrasser des hordes au service de l’empereur Guillaume,comme ils ont mis fin au règne des cosaques de Nicolas Romanoff.

Ce sont les révolutionnaires russes qui sont l’espoir de l’Humanité et non les états-majors de tous les pays.




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