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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Louis Pindy – J. G. et Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°465 – 7 Juillet 1917
Article mis en ligne le 17 février 2018
dernière modification le 6 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Le dimanche 24 juin, à 2 heures et demie du matin, décédait à La Chaux-de-Fonds, dans sa 78ème année, après une douloureuse maladie, notre ami Louis Pindy, qui durant toute son existence a mis au service du peuple les belles et nobles qualités de son esprit et de son cœur. Ceux qui l’ont connu, savent ce qu’il y avait en lui d’idées généreuses pour ce prolétariat dont il a été dès sa jeunesse le champion et le porte-parole.

Sous l’Empire, Pindy a été impliqué et condamné, dans divers procès intentés par le gouvernement à l’Association Internationale de Travailleurs. Durant le premier siège de Paris, il fut membre de ces comités qui réveillèrent l’esprit révolutionnaire de la population. Elu membre de la Commune de Paris, il fit partie avec Varlin de la minorité socialiste et anti jacobine. Chargé du commandement de l’Hôtel-de- Ville, il le défendit contre l’attaque des troupes versaillaises. Après la défaite, Pindy condamné à mort par contumace, réussit à se cacher quelque temps, puis à passer !a frontière suisse. Les hasards de la vie d’exil l’amenèrent de Genève au Locle, ensuite à La Chaux- de-Fonds qu’il habita jusqu’à sa mort.

En Suisse, Pindy fut l’un des membres les plus actifs de la Fédération Jurassienne, dont l’influence se fait encore sentir à présent dans les groupements ouvriers. Il fonda avec Paul Brousse le journal L’Avant Garde, et fut en Suisse l’homme de confiance de l’Internationale française, à une époque où il y avait grand danger à s’occuper à un titre quelconque de cette association, traquée partout et tombant sous le coup de lois scélérates.

Dans un autre domaine, Pindy marqua sa place dans la société "La Libre Pensée internationale". Il s’intéressa fort au mouvement rationaliste et aussi aux jeunes générations qu’il souhaitait voir élever en dehors de toutes les erreurs, de tous les préjugés dont elles sont victimes.

La lutte pour les nécessités de la vie journalière avaient, avec l’âge, ralenti sa propagande, mais il s’intéressait toujours au mouvement socialiste révolutionnaire et anarchiste et il répondait à tous les appels qu’on lui faisait.

Sa vie privée, toute de travail incessant, fut impeccable ; par son intelligence, sa volonté, il acquit une instruction bien au dessus de la moyenne et une position en partie indépendante. Durant cette guerre ses sympathies allaient à la France, mais il n’en resta pas moins un adversaire résolu du militarisme et des gouvernants qu’il soutient. Il espérait que de cette lutte gigantesque sortirait le triomphe de la liberté des peuples, débarrassés de leurs mauvais bergers, et l’avènement de la révolution sociale, nous apportant la société sans dieux ni maîtres, à laquelle il avait consacré son existence.

Louis Pindy a bien rempli sa tâche. Entouré de sa famille qu’il aimait tant, et à laquelle nous exprimons nos sincères condoléances, il s’est endormi au soir de la vie, comme le voyageur à la fin d’une journée de fatigue, laissant l’héritage d’une belle activité, bien et utilement employée à affranchir les esprits et à donner un peu plus de liberté et de bonheur à notre pauvre humanité.

J. G.

C’est un ami de la première heure et qui n’a jamais cessé de l’être que le Réveil perd en Louis Pindy. Je me rappelle l’avoir rencontré à presque toutes les réunions et conférences auxquelles j’ai participé à La Chaux de- Fonds. A la fin, avant de prendre congé, il nous formulait son avis en quelques mots pleins de rondeur, sans oublier une petite critique toujours aussi aimable que juste. Il donnait de précieux conseils sur la propagande à faire et la manière de s’y prendre, sans avoir le moins du monde l’air de vouloir nous en apprendre. Pindy avait le don très rare d’inspirer d’emblée une vive sympathie et si courts que fussent ses entretiens, il y avait toujours matière à d’utiles réflexions.

Rien n’est plus réconfortant à une époque où il n’est pas rare de rencontrer des jeunes vieux, vous disant : Vous en êtes encore là ! — que d’entendre le langage de la conviction, de la fermeté et de la fidélité aux principes chez un homme presque octogénaire, qui eut l’honneur de figurer jusqu’à sa mort sur les listes de proscription du Ministère public fédéral suisse, après avoir paru sur celles du gouvernement de Versailles.

Jean-Louis Pindy, né en 1840, à Brest, Goldarbeiter, était toujours un suspect et un dangereux et cela nous dispense de tout autre éloge.

J’étais profondément attaché à cet ami lointain et que je voyais si rarement, à ce vaillant, à ce probe, toujours épris du même grand idéal. Il disparaît à un moment où tout le monde du travail se trouve en présence d’une tâche énorme à accomplir, pareille à celle du prolétariat parisien en 1871. Souhaitons tous faire preuve à l’heure décisive de sa même clairvoyance et de son héroïsme.

Aujourd’hui l’effroyable guerre ne saurait plus avoir d’autre solution que la Commune universelle, la Fédération mondiale de toutes les douleurs, espérances et révoltes. Puissions-nous la servir en suivant le noble exemple de Pindy. Ce sera la meilleure façon d’honorer sa mémoire.




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