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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La révolution viendra-t-elle ? - Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°468 – 18 Août 1917
Article mis en ligne le 17 février 2018
dernière modification le 23 février 2018

par ArchivesAutonomies
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D’aucuns pensent avoir beaucoup fait après s’être fort apitoyés en prose et en vers sur toutes les horreurs de la guerre. Et ils continuent à geindre sur le malheur des temps, bien sûrs que si tout le monde leur ressemblait, il n’y aurait jamais eu de guerre, Cependant, celle-ci n’est pas le seul mal dont nous souffrons à l’heure actuelle, bien que tous les autres en découlent plus ou moins. Et certains qui préconisent une attitude de révolte vis-à-vis de l’armée, en ont une on ne peut plus passive en présence d’une série interminable de tracasseries et d’abus.

La guerre qui absorbe à elle seule toutes les activités humaines n’est, par une contradiction en apparence étrange, que la somme de toutes les passivités. Car la passivité des soldats au front ne suffirait pas à continuer la boucherie ; il y faut aussi celle de tout le monde resté à l’arrière et coopérant aux hostilités d’une façon aussi directe, quoique moins dangereuse, que sur la ligne de feu.

Nous ne sommes pas encore nombreux à nous dire que l’on pourrait résister au lieu d’obéir à toutes les injonctions. Et il est plus que rare d’entendre discuter les voies et moyens de cette résistance.

Le monde subit l’empreinte de la militarisation universelle. Les conceptions de libre entente et d’action directe, que nous avions en vain cherché à développer au cours de longues années, ont été remplacées dans tous les domaines par celles d’enrégimentation et de discipline.

Voyez plutôt le syndicalisme des corporations les plus organisées, fait surtout de défenses, de restrictions, d’impositions, de pénalités même, et attribuant des pouvoirs toujours plus étendus à un petit groupe de dirigeants. Sa base théorique n’est-elle pas, en somme, que les hommes à moins d’être fortement parqués et rigoureusement commandés ne sauraient qu’aller à leur perte ? Quelle préparation à l’état de guerre que l’habitude de payer des cotisations syndicales toujours plus élevées — et qu’un ministre prussien faisait ressortir comme déjà plus élevées que les impôts réclamés par l’Etat —, sans compter ta soumission, devenue une véritable règle, aux ordres de quelques fonctionnaires ?

Comme toutes nos polémiques du passé, dans lesquelles quelques-uns ne voulaient voir que des haines personnelles et que d’autres jugeaient excessives, trouvent aujourd’hui leur justification pleine et entière ! Il ne suffit pas, en effet, de se dire opposé au militarisme et même de condamner avec véhémence la guerre ; il faut surtout travailler à former une mentalité, des habitudes et des conditions nettement contraires à l’un et à l’autre. Cela n’a certes pas été le cas pour le socialisme frelaté qui triomphait toujours plus bruyamment avant la guerre.

Pour ne rappeler que l’une des idées auxquelles nous étions les plus profondément attachés, celle d’action directe, combien n’a-t-elle pas été attaquée, défigurée, calomniée par tous nos adversaires bourgeois et soi-disant socialistes ?

Les uns comme les autres l’avaient ramenée à quelques actes de sabotage et de violences personnelles. Allez donc changer le monde avec ça !
En réalité, il ne s’agissait de rien moins et nous l’avons dit — que d’opposer à la conception de l’homme docile instrument aux mains de quelques maîtres, celle de l’individu librement solidaire avec ses semblables et qui est réellement parce qu’il agit, ayant en lui une volonté et s’y conformant. La tâche était rude et ne promettait certes pas ces succès combien illusoires d’ailleurs ! — que les centralistes ont tellement vantés ; mais correspondait aux véritables nécessités les plus urgentes et par cela même était la seule pratique.

Les sages et les "scientifiques" ne cessaient de nous donner en exemple l’Allemagne, sachant faire "l’économie de révolutions" et n’en progressant que mieux. Ils oubliaient de nous dire où ce progrès devait fatalement nous conduire.

Il apparaît évident aujourd’hui que l’Allemagne en est encore à "faire son 1848", et c’est même ce que ses éléments les plus avancés déclarent attendre de la monstrueuse boucherie mondiale. N’eût-il pas mieux valu obtenir cela avec les "frais" de quelques révolutions et quelques milliers au lieu de millions de victimes ? Nulle économie n’est plus désastreuse que celle d’une révolution.

Et pourtant, ne nous y trompons pas. C’est à se passer d’une révolution que les dirigeants attitrés du mouvement socialiste et syndical songent encore aujourd’hui. Lisez tout ce qu’ils écrivent et vous n’y trouverez que l’idée de reprendre leur petite besogne d’avant la guerre. Peu importe si le résultat en a été non seulement nul, mais vraiment "catastrophique", pour employer une expression dont ils aimaient se servir contre nous.

L’Allemagne aurait-elle fait son 1848 qu’aujourd’hui nous n’en serions pas à entendre parler surtout de "démocratisation", un remède insuffisant comme l’expérience ne l’a que trop démontré, mais la question de "socialisation" de la propriété se poserait, comme la seule pouvant amener la fin du conflit et garantir une paix durable.

Mais quoi qu’il en soit, nous ne devons pas renoncer à brûler les étapes, et sous prétexte d’un faux "praticisme" dont nous serions, d’ailleurs, les premières victimes, accepter des formules menteuses.

Nous n’entendons pas travailler uniquement pour une égalité de droit, mais de fait. Nous voulons être égaux non devant la loi, mais devant la richesse. Nous ne revendiquons pas le suffrage, mais la propriété universelle.

Ce n’est qu’à condition de pénétrer clairement la masse de cette revendication que la Révolution pourra venir.




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