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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La révolution russe – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°471 – 29 Septembre 1917
Article mis en ligne le 23 février 2018
dernière modification le 22 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Nul fait n’est plus poignant dans l’immense tragédie qui continue à se dérouler sous nos yeux que celui de la Révolution russe. Le sort de deux cent millions d’hommes et par contrecoup celui de tous les peuples en dépend. Alors que les résultats de la guerre ne sauraient avoir qu’une importance secondaire partout où les populations demeurent soumises à leurs gouvernants et aux institutions d’avant-guerre, — dès qu’un ancien régime s’écroule dans un pays pour y faire place à un monde nouveau encore en voie de formation, nous voyons le commencement de cette solution qu’appellent nos vœux les plus ardents.

Hélas ! si les dangers qui menacent une révolution sont toujours très grands, lorsque celle-ci se produit en pleine guerre — et quelle guerre ! la plus formidable de tous les temps — il semble presque que sans un miracle tout va s’écrouler d’un instant à l’autre, dans une catastrophe ensevelissant toutes les promesses et tous les espoirs d’un meilleur avenir.

D’aucuns ont déjà profité des crises passionnantes que traverse la Russie pour proclamer qu’il ne sert à rien de faire une révolution... Et pourtant, il faut croire que le mouvement a été bien profond puisqu’il dure encore et a pu résister à tous ses ennemis les gouvernements alliés et des Empires centraux, les réactionnaires tsaristes, les généraux traîtres, les bourgeois antirévolutionnaires, les faux internationalistes.

Nous entendons bien quelques pacifistes reprocher aux Russes de n’avoir pas encore su réaliser la paix. Mais avec qui ? Non pas, certes, avec des peuples qui sont toujours strictement fidèles à leurs maîtres sanguinaires, mais avec ces mêmes maîtres. Ce reproche est bien le plus absurde qui soit, car s’il y avait une chose que la Révolution ne pouvait et ne devait pas faire, c’est une paix avec des pouvoirs pareils à celui qu’elle venait de renverser. C’eût été dire aux autres peuples : Ce dont je ne veux plus pour moi-même est encore bon pour vous.

Nous avons vu aussi beaucoup de docteurs ès sciences révolutionnaires se rendre à Pétrograd, dans un pays dont ils ne connaissent ni la situation, ni la langue, ni les nécessités, mœurs et aspirations, pour donner des conseils, faire des remontrances, exposer des plans, etc. Dommage seulement que de tant d’idées et de moyens précieux, chacun n’ait pas songé à faire d’abord l’application chez soi, les réservant exclusivement aux Russes, pour une véritable expérimentation in anima vili. On ne sait que trop que certains savantasses de la social-démocratie ont pour principe fondamental celui de faire "l’économie d’une révolution" et qu’ils n’ont vu ainsi dans le grandiose soulèvement russe qu’un motif de plus... pour ne pas bouger.

Rien n’est plus révoltant que d’entendre gémir sur ce que les Russes auraient dû et n’ont pas su faire des impuissants et des veules dont l’action demeure obstinément nulle.

Nous sera-t-il permis de dire, avant tout, que des révolutionnaires ne peuvent faire la paix qu’avec d’autres révolutionnaires à moins d’accomplir un véritable suicide ?

Oui, l’entente n’est possible qu’entre peuples également insurgés, voilà la vérité qu’il ne faut jamais oublier.

Au cours de cette guerre, nous n’avons vu que trop d’individus se glorifier outre mesure d’avoir prononcé le mot de paix ou quelques vagues formules pacifistes, sans se préoccuper nullement des conditions de fait, des moyens matériels nécessaires pour mettre fin au massacre.

Jusqu’à présent, la Révolution russe n’a rencontré ainsi que des sympathies passives. Tout le monde s’est félicité de la chute du tsarisme, feignant de croire que c’était le seul dont la terre fût affligée, tandis que chaque pays a le sien, se différenciant des autres uniquement par une question de degré.

En attendant, l’invasion du territoire russe continue. Là où le grand principe émancipateur devait se développer et grandir, l’esclavage militaire le plus brutal règne à nouveau.

Que faire ? Continuer une tuerie qui répugne ? ou après avoir abattu, au prix d’innombrables sacrifices, une ancienne tyrannie se résigner à une nouvelle ? Et cette tyrannie peut être aussi bien représentée par les kaiserlick envahisseurs que par le nouveau pouvoir en formation à l’arrière !

Nous ne saurions imiter ceux qui solutionnent d’autant plus facilement les problèmes qu’ils en suppriment les données qui leur déplaisent. Et d’autre part, nous n’avons qu’une confiance limitée dans les congrès, eussent-ils les adhésions les plus nombreuses.

Se poser en sauveurs de l’humanité uniquement pour avoir assisté à trois ou quatre parlottes successives, où nous n’avons vu que rééditer d’anciennes déclarations et résolutions, sans jamais préciser tant soit peu l’application pratique qui allait en être faite, est simplement ridicule.

Nous nous trouvons en présence de cet événement considérable : le commencement de la révolution. Comment la poursuivre chacun dans notre pays ? La révolution ne peut vaincre qu’à condition de devenir internationale ; y renoncer ou la croire superflue pour son propre Etat, c’est abandonner à lui-même le peuple insurgé. La solidarité des ordres du jour, en présence du plus formidable déchaînement de forces qui se soit jamais produit ne saurait tout de même pas suffire.

La navrante réalité nous montre la coalition allemande marchant, sans la moindre protestation de ses peuples, à l’écrasement du mouvement libérateur russe ; elle nous montre aussi les armées des Alliés allant à la mort pour un soi-disant Droit, dont la réalisation n’a nullement commencé à l’arrière, où sévissent toujours la tyrannie et l’usurpation les plus hideuses.

Il ne reste donc qu’un unique moyen de travailler partout à l’émancipation humaine et à la paix. C’est de s’insurger contre son propre pouvoir, complice de la plus monstrueuse infamie : l’exploitation de la guerre elle-même.

Comment ne pas comprendre que lorsque personne ne pourra plus profiter de la boucherie, celle-ci viendra à cesser ?

Le pacifisme pour être pratique doit nettement et hautement réclamer dans chaque pays le communisme, la reprise par la collectivité de toutes les richesses.

Ainsi seulement nous aiderons la Révolution russe, qui pourra devenir alors la grande Révolution sociale nous acheminant à la délivrance du monde entier.




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