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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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N’importe quelle paix... - Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°473 – 27 Octobre 1917
Article mis en ligne le 23 février 2018
dernière modification le 22 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Il y a quelques pacifistes qui pour l’être... jusqu’au bout., s’en vont répétant :

— La paix ! n’importe quelle paix ! Poser des conditions à la paix, c’est vouloir sa paix, ni plus ni moins que les gouvernants des deux coalitions, c’est vouloir la guerre aussi longtemps que les conditions énoncées ne sont pas réalisées.

Voyons. La paix doit se faire sur cette terre et non dans les cieux. Elle sera forcément liée à des conditions données et prétendre qu’on veut une chose, sans savoir et préciser autant que possible comment, est quelque peut enfantin.

Pour avoir la paix il ne suffit cependant pas de dire de nous... la ficher. Dès lors, il faut rechercher les voies et moyens qui peuvent y conduire. Bien plus, si nous ne voulons un simple armistice d’une durée plus ou moins longue, nous avons aussi à nous poser le problème de la transformation sociale dans le sens pacifiste.

D’ailleurs, à moins de croire à la toute puissance du verbe, la paix ne pourra être amenée que par un ensemble de faits. Comme il s’agit de vaincre le plus formidable déchaînement de forces qui se soit jamais produit, de grandes, d’héroïques tentatives seront nécessaires. Comment concevoir celles-ci ? Il n’y a qu’une paix sans conditions : celle qui arriverait par épuisement général, autant dire par la plus grande prolongation possible de la guerre ! Une fausse logique conduit parfois à la pire absurdité.

La paix veut à n’en pas douter la recherche des causes de la guerre et leur élimination ; elle exige une activité des masses venant remplacer leur passivité actuelle et réclame la formation d’une mentalité en opposition à celle belliqueuse. Que de conditions à envisager pour réaliser tout cela !

Et puis, est-ce à l’un des moments les plus décisifs de l’histoire que, renonçant à tout idéal, nous ne demanderions que d’en finir avec la boucherie, alors que précisément rien ne pourrait mieux contribuer à cela qu’une puissante affirmation d’un droit nouveau, excluant tout privilège et toute exploitation ?

Dans la paix n’importe comment — sans prétendre imposer de système, comme d’aucuns disent — nous voyons simplement le retour déguisé à la théorie du moindre effort, qui nous a déjà été si funeste dans le passé. Paix sans conditions veut surtout dire paix ne demandant aucun effort, d’autant plus facile qu’on laisse à d’autres le soin de déterminer ce qu’elle sera.

Rappelons à ce propos les profondes paroles d’E. Duclaux :

Une nation est malade de l’alcoolisme, comme elle est malade de la politique, comme elle est malade du protectionnisme, comme elle est malade de toutes les conceptions sociales qui font croire, que le salut est dans le moindre effort. Tel un malade qui changerait de médecins, en tâchant de trouver celui qui le laissera le plus tranquille. Il en a le droit, lorsque sa maladie est une maladie incurable. De même un pays a le droit de laisser le champ libre à ses endormeurs. Mais s’il veut guérir, il faut qu’il le veuille activement, et non d’une façon passive.

Si nous voulons vraiment guérir du plus terrible des maux : la guerre il nous faudra faire preuve d’une force de volonté et d’action de beaucoup supérieure à celle montrée jusqu’ici. Et nous ne pourrons mieux exercer cette force que dans la direction de l’émancipation intégrale du travail et des travailleurs, qui, reste encore et toujours la première et la plus importante condition de paix.




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