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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La paix révolutionnaire – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°474 – 10 Novembre 1917
Article mis en ligne le 23 février 2018
dernière modification le 10 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Nous persistons à envisager la situation présente comme devant aboutir à une révolution. C’est pour cela que nous ne saurions attribuer une grande importance à toutes les propositions de paix diplomatique.

Les peuples, nous dit-on, ont fait preuve de trop de passivité et d’aveuglement. pour qu’il soit permis d’avoir grande confiance en eux ; mais alors devons-nous mettre tout notre espoir en des gouvernements criminels ou en Sa Sainteté le Pape ? Ce serait là évidemment le comble de l’absurdité.

Les dirigeants ne voudront la paix que sous la pression ou la menace des sujets or, comment ces derniers, si moutons soient-ils, confieraient-ils encore à de mauvais bergers qui se sont révélés des loups sanguinaires, le soin de ramener la paix et la sécurité ? Les pacifistes à tout prix nous paraissent croire que comme la guerre est sortie du déraisonnement, il pourrait en être de même de la paix.

Nous persistons à avoir plus de foi dans les victimes que dans les bourreaux ; à croire, malgré tout, plus efficace une action populaire qu’une action gouvernementale.

La guerre ne se poursuit que grâce à une confiance aveugle des gouvernés dans les gouvernants ; que celle-ci vienne à manquer et les pouvoirs en apparence les plus forts s’écrouleront. Mais persister à invoquer sur tout — nous dirons même exclusivement pour beaucoup — la paix des diplomaties, n’est-ce pas leur renouveler un mandat de confiance, en même temps que faire acte de soumission aux plus féroces tyrannies ?

Parce que nous nous refusons de prendre au sérieux toutes les tentatives soi-disant pacifistes, vraies ou fausses, des chancelleries, de pauvres niais nous ont même taxés de jusqu’auboutistes ! Allons, c’était bien la peine de maudire en prose et en vers les criminels auteurs de la conflagration mondiale, pour aboutir à leur confier la tâche de sauveurs de. l’humanité

C’est la même erreur qu’a commise de tout temps le parti socialiste parlementaire qui, après avoir déclamé inlassablement contre le régime bourgeois, lui confiait un programme touffu de réformes et en proclamait ainsi la nature particulièrement féconde et bienfaisante ! Aussi, lorsque la guerre a éclaté, les pauvres gens habitués à tourner continuellement les yeux vers l’État, n’ont pu les en détourner tout à coup pour voir un autre devoir et un autre but autrement réels que ceux invoqués par leurs maîtres !

Les peuples ne doivent pas demander mais faire la paix. Et ils ne le peuvent, répétons-le toujours, que par la révolution.

Les vieilles institutions se trouvent en présence de ce dilemme : ou se renouveler, ou périr. Ce n’est pas en vain que M. Wilson a parlé de tout un renouvellement démocratique, qui permettrait au capitalisme de demeurer le maître du monde. Son programme sera demain celui de tous les conservateurs et nous nous sommes bien gardés d’y souscrire, même lorsqu’il a été présenté comme proposition de paix, avant de devenir une note belliqueuse.

Nous n’entendons nullement coopérer à n’importe quelle réforme se rapportant au maintien du régime étatiste et capitaliste.

Révolutionnaires, nous travaillons à empêcher que ce régime puisse se renouveler, afin de clore son évolution. Le féodalisme devenu incapable de se renouveler, la révolution bourgeoise en a été la conséquence et le monde a assisté à une nouvelle évolution vraiment merveilleuse sous les rapports scientifique et industriel. Dans l’espace d’un peu plus d’un siècle, nous avons vu se succéder les inventions et les découvertes les plus utiles. L’humanité a centuplé ses forces. Mais la civilisation bourgeoise étant basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme et la servitude étatiste ne pouvait qu’aboutir à une catastrophe.

Nous ne pouvons sauver ses résultats et ses conquêtes qu’en les incorporant dans une civilisation plus élevée, parce que plus étendue, et dont les bienfaits ne seront plus réservés à quelques privilégiés, mais profiteront avant tout à la foule des déshérités.

Tout en défendant au jour le jour nos maigres droits et en cherchant à les élargir, nous n’avons plus rien à réclamer aux institutions actuelles. Incapables avant la guerre de pourvoir au bien-être et à la liberté des masses, d’en faire disparaître ou même d’en diminuer les maux, comment croire qu’elles pourront, aujourd’hui que la situation est aggravée de toutes les ruines et destructions dues à la guerre, suffire aux besoins accrus, aux réparations nécessaires, à toute l’immense œuvre de reconstruction et de justice qui s’impose ?

Même si le régime capitaliste cherchait à se renouveler, nous n’avons aucun intérêt à aider ce renouvellement ; il nous faut le laisser ou plutôt le faire sombrer dans l’immense catastrophe de la guerre pour aboutir à une révolution, qui vienne inaugurer la nouvelle évolution communiste et pacifiste voulue par nous.

Réfléchissons bien au fait de la vanité de tant d’efforts au cours de tant d’années, afin de faire triompher dans le cadre de la légalité nos revendications. Non seulement notre œuvre a été entièrement vaine ; mais nous avons été précipités dans un gouffre de misères sans fin.

Ceux qui trouvaient l’effort révolutionnaire trop grand et trop risqué ont fini par être sacrifiés par centaines de milliers et endurer des horreurs qui dépassent les prévisions les plus sombres.

Les petites idées, réformes et agitations, nous épuiseraient une fois de plus sans rien sauver. Le seul salut qui nous reste est dans la révolution. Au lieu de compter surtout sur ce qui est, sachons envisager ce qui pourrait être grâce à notre volonté, notre énergie et notre solidarité. L’insurrection ne coûtera jamais autant de sacrifices que la soumission. Nous arrivons à un moment résolutif. Ne songeons à d’autre solution qu’à la nôtre par l’émancipation intégrale de toute forme d’exploitation et d’autorité.




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