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Les tueuses d’hommes - Germinal
Le Réveil communiste-anarchiste N°474 – 10 Novembre 1917
Article mis en ligne le 23 février 2018
dernière modification le 23 mars 2018

par ArchivesAutonomies
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Ce ne sont pas des amazones impulsives qui gratifient l’être "aimé" d’un bol de vitriol ou d’une paire de balles le jour où elles découvrent que l’amour des sens ne saurait durer plus longtemps que les causes qui l’ont fait naître. Le nombre des Don Juan qui paient de leur peau n’est d’ailleurs pas si élevé pour que nous fassions de celles qui tentent de les occire – et réussissent, parfois – une corporation dûment cataloguée.

Les tueuses d’hommes sont celles que des journalistes, spéculant sur le sentimentalisme bébête de la masse, appellent les munitionnettes, chantées dans la rue et mises sur l’écran par des éditeurs de films, qui savent tirer de la niaiserie patriotique tous les profits qu’elle peut donner à des mercantis que les scrupules n’étouffent pas. Cette exhibition cinématographique est à double but, dont le premier est d’apporter d’appréciables bénéfices aux entrepreneurs et le second de contribuer à cet aveulissement des volontés et des consciences, dont nous constatons aujourd’hui les terribles effets.

Les munitionnettes — gentil nom pour désigner les infanticides, les parricides et les fratricides forment ces longs cortèges féminins qui, soir et matin, franchissent le seuil des fabriques qui alimentent en engins de mort les champs de batailles. Ce sont les mères qui laissent au hasard le soin de surveillance et d’éducation de leur progéniture, tandis qu’elles vont, pour un misérable salaire, fabriquer la bombe qui, peut-être, fracassera la tête des aînés, de ceux qui, lors de la maternité première, étaient leur espoir et leur orgueil et qui, souvent, rendaient moins amère la désillusion amoureuse des lendemains d’hyménée. L’obus que la mère fabrique ira peut-être tuer le "petit", dont les premiers sourires, il y a vingt ans, essuyaient ses larmes, parce que dans cette chair de sa chair, elle voyait des raisons d’espérer, elle voyait revivre ses doux rêves. Et si le meurtre affreux ne s’accomplit pas, c’est, par sa faute, une autre mère qui pleurera son enfant. D’une façon comme de l’autre l’humanité sera torturée.

Les munitionnettes sont ces fillettes brunes et blondes ; adolescentes aux grands yeux doux et rêveurs, scrutant l’avenir masqué de voiles qu’elles s’efforcent de voir en rose. Jadis hantées par le prince charmant et bercées par sa douce musique, c’est maintenant le bruit des machines en marche qui bourdonnent à leurs oreilles. Leurs doigts qui sont fait pour cueillir les fleurs, manipulent, la journée entière. les petites nièces métalliques de quoi sont faites les marmites, d’où s’échappe la mort au lieu des vapeurs du pot-au-feu. A l’âge où la bouillonnante vie qui les anime doit les rendre enthousiastes et généreuses, toute leur attention est concentrée sur le morceau de métal que façonne la machine et qui s’en ira éteindre la vie d’un père, d’un frère ou d’un amoureux, qui attendent la fin des massacres, espérant que la sinistre faucheuse les épargnera. Et loin de songer à leur œuvre atrocement fratricide, les munitionnettes ne pensent qu’aux quelques centimes supplémentaires qu’un redoublement d’activité leur procurera. Et cela nous rend la guerre et les guerriers plus odieux encore.

L’infernal complot ourdi contre l’humanité a dressé la mère contre le fils, la sœur contre le frère. Tandis que les hommes gémissent dans l’enfer où la mort rôde sans cesse autour d’eux, les mères et les filles tirent profit de leurs souffrances et en viennent, oh ! sacrilège ! à redouter, malgré elles peut-être, la fin du déluge de fer qui les privera de leur gain.

Ah ! maudits soient les monstres responsables de tels crimes. Maudits soient tous ceux qui, sciemment, ont contribué à sortir l’humanité de la voie fraternelle pour l’enliser dans les ornières du mensonge et du meurtre.

Et nous, puisons, dans la grandeur même du désastre matériel et moral, l’énergie nécessaire pour poursuivre, avec une vigueur décuplée, le bon combat contre toutes les forces tyranniques et ténébreuses. Ne nous arrêtons qu’au jour où les tueuses d’hommes seront devenues — expiant ainsi joyeusement leurs meurtres anonymes — les douces fées de l’Humanité régénérée.




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