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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pacifisme et pacifistes – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°475 – 25 Novembre 1917
Article mis en ligne le 23 février 2018
dernière modification le 10 février 2018

par ArchivesAutonomies
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Nous n’insisterons jamais assez. Le peuple ne peut être que sympathique à toute tentative de paix, même venant du pape. Mais il y aurait grand tort de suivre ce dernier, plus que tout autre grand ou petit clan de pacifistes. Il doit vouloir et faire sa paix à lui.

Tous ceux qui entendent maintenir l’ensemble des institutions du vieux monde, soit : l’exploitation de l’homme par l’homme et le salariat ; la lutte perpétuelle représentée par la concurrence industrielle et commerciale du capitalisme avec l’accaparement des marchés ; l’usurpation systématique par l’appropriation individuelle presque illimitée des richesses ; la toute puissance de l’Etat sur ses sujets, avec les frontières et les armées nationales, — tous ceux qui se refusent à poser ces questions ou déclarent ne vouloir s’en. occuper que plus tard, ne sont pas des pacifistes, car la guerre a pourtant eu des causes, dont la paix veut la suppression.

Le raisonnement consistant à dire : "Ce serait déjà beaucoup d’en avoir fini avec la boucherie ; le reste nous l’aurons par surcroît !" ne peut être tenu que par des gens sans convictions, sans idées, sans une volonté claire et précise.

Renvoyer les solutions signifie presque toujours les rendre plus difficiles. Les gouvernements nous ont tous déclaré ne concevoir d’autre paix que celle pouvant résulter du sort des armes ; ils ne sauront et voudront l’asseoir que sur les bases qui nous ont valu la guerre. Ce n’est donc que par une incompréhensible folie que nous persisterions à remettre dans leurs mains nos destinées.

Le pacifisme consistant surtout à faire le redresseur de torts, en montrant que les uns et les autres en ont une part sensiblement égale, ne nous paraît guère d’une grande efficacité. En effet, il est toujours loisible d’interjeter appel sur l’un ou l’autre des faits particuliers qui viennent d’être jugés, et cela est bien propre à nous faire égarer dans des questions de détail, oubliant les revendications capitales d’un pacifisme réel.

Que dire des pacifistes se perdant dans des considérations d’une philosophie aussi haute qu’obscure, alors que le plus simple des raisonnements nous dit qu’il ne saurait y avoir d’intérêt pour nous tous dans le massacre et la destruction ? Cette constatation d’une vérité évidente vaudra toujours davantage que tous les arguments les plus subtils. Et nous ne parlons pas de ceux qui persistent à vouloir tout d’abord nous intéresser de longues colonnes durant à leur état d’âme, nous faisant des confessions sur une souffrance particulière, le plus souvent spirituelle, qu’ils jugent non sans quelque vanité plus apte à nous émouvoir que l’angoisse du monde entier.

Il serait grand temps en face de la plus énorme des réalités de s’abstenir de divagations même très littéraires, et de serrer de près cette question de la paix.

La guerre a eu avant tout des causes économiques. Voilà un point sur lequel presque tout le monde est d’accord. Quelles sont ces causes et comment les éliminer ? Quelle propagande bien précise entreprendre à cet effet ? A qui appartiendra la terre pacifiée ? A quelle indemnité peut prétendre la foule anonyme, certes la plus sacrifiée dans l’immense. catastrophe ?
Il est aussi question de réparations et de reconstruction. Mais allons-nous réparer et reconstruire l’ancien privilège ou ne voulons-nous œuvrer que pour un droit nouveau ?

Nous avons beau parcourir la presse pacifiste. A part un encensement, mutuel quelque peu ridicule, une polémique (combien facile !) avec les jusqu’auboutistes des deux camps, quelques nobles paroles toujours agréables à entendre, mais insuffisantes à faire naître les activités indispensables, nous y avons en vain cherché le développement de grandes questions matérielles, dont la solution seulement permettra de réaliser une nouvelle morale.

Le peuple est en droit d’attendre des intellectuels autre chose que des mots.

Comment et sur quelles bases concevoir l’ensemble des activités de la société à venir ? A chacun dans le domaine qui lui est propre de donner une réponse, assez claire et suggestive pour qu’elle puisse, le moment venu, inspirer et stimuler l’action des masses.

Hélas ! la plupart des pacifistes bourgeois ne réclament la paix que pour revivre leur vie tranquille d’avant la guerre, leur situation de privilégiés demeurant intacte.

Et alors il appartient à nous tous, travailleurs, de concevoir, préparer, vouloir et faire notre paix. Sans doute la tâche est ardue ; mais nous avons déjà quelques grandes idées directrices.

La vie économique ne doit plus être dirigée par la spéculation, la concurrence et l’enrichissement ; mais viser à satisfaire les besoins de chacun et de tous.

Le travail doit s’organiser lui-même et cesser de subir l’organisation du capital.

La terre, les machines et les matières premières, patrimoine inaliénable de tous, ne doivent plus représenter des monopoles provoquant sans cesse des luttes entre exploités et exploiteurs.

L’égalité de fait devant la propriété commune réalise l’équivalence des conditions dans tous les domaines de la vie.

Et enfin le triomphe du plus sacré et incontestable des droits de l’homme, ainsi formulé : Nul ne peul être obligé de tuer ou de se faire tuer, marque la fin des Etats, des militarismes, des guerres, de la violence la plus savamment organisée et systématiquement appliquée, sous prétexte d’en empêcher la croissance et le règne !




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