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Les indigènes Nords-Africains
Terre Libre N°3 - Juillet 1934
Article mis en ligne le 23 mars 2018
dernière modification le 3 mars 2018

par ArchivesAutonomies
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Les indigènes de l’Algérie appartiennent à deux races principales : les Kabyles et les Arabes ; mais des croisements multiples entre ces deux peuples ont produit une sorte de race métisse qui prédomine, malgré des apports juifs, nègres et turcs.

Cette race, depuis une centaine d’années sous la domination française, conserve un fonds de rusticité que la civilisation moderne n’a pas encore fait disparaître. Point dénués d’intelligence, ni de raisonnement, les indigènes manquent surtout d’instruction. C’est une grave lacune pour eux. Rares sont les individus sachant lire et écrire le français correctement. Certains même ne le parlent, ni le comprennent. Aussi, les progrès sont-ils lents. En France, trop souvent on considère avec méfiance l’élément indigène nord-africain. Parfois les critiques paraissent justifiées. L’hygiène, par exemple, est souvent méconnue chez eux et c’est peut-être là un des reproches les plus graves qu’on puisse leur adresser.

Par ailleurs, certaines qualités morales comme la probité, paraissent peu mises en pratique. Il ne faut point cependant porter un jugement téméraire. Les différences trop profondes, tant géographiques qu’historiques, nous séparent de leur mentalité. L’oppression qu’ils subissent d’ailleurs de la part de la France et les spoliations dont ils ont été et sont encore les victimes de la part des colons européens et des autorités, n’ont pas peu contribué à les maintenir dans l’ignorance. L’impérialisme français est aussi le grand responsable de la misère des travailleurs indigènes de l’Algérie.

De plus, une grosse difficulté représentée par la religion islamique, routinière comme toute croyance dogmatique, s’offre à tout observateur impartial. L’Islam a brillé au moyen-âge d’un éclat vif mais passager. Le fatalisme musulman ne peut guère, d’ailleurs, susciter de novateurs sociaux, puisque l’enseignement coranique affirme que "tout est écrit d’avance."

Aussi on ne peut s’étonner de voir les fidèles mahométans rester, en majeure partie, surtout les éléments éloignés des centres, dans une stagnation aussi bien matérielle que spirituelle. Néanmoins, depuis quelques années, une élite éduquée à l’européenne a commencé à réagir contre cette apathie. Tout en conservant leurs croyances, ces intellectuels cherchent à moderniser leurs coreligionnaires plus arriérés et expurgent la religion de tous les préjugés grossiers pouvant nuire à l’émancipation du peuple. C’est déjà un pas en avant. Mais l’évolution de l’indigène serait bien plus rapide, si les Européens établis en Algérie ne considéraient pas le "bicot" comme un être inférieur très peu susceptible d’amélioration. Exception est faite, bien entendu, pour une grande partie de la classe aisée indigène qui a fait cause commune avec les conquérants pour mieux exploiter les travailleurs.

Nous nous apercevons d’ailleurs que la fameuse mission de la France, pacifique et humanitaire, aux colonies, sert de paravent aux capitalistes français pour justifier les rapines et les crimes dont ils se rendent coupables envers les anciens possesseurs du pays. Le prolétariat français a un devoir de solidarité à remplir envers les prolétaires d’Algérie. Il doit revendiquer pour les peuples coloniaux : le droit d’organiser leur vie par et pour eux-mêmes ; en particulier pour cette région de l’Afrique du Nord dont nos bourgeois se plaisent à dire qu’elle est le prolongement de la France métropolitaine. Certaines couches indigènes pourraient d’ailleurs être gagnées aux doctrines d’émancipation sociale par une bonne propagande.

Exploités par les mêmes maîtres, exposés aux mêmes misères, tous les travailleurs du monde sont frères.




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