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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour la lutte contre l’Etat – Nestor Makhno
Terre Libre N°5 - Septembre 1934
Article mis en ligne le 23 mars 2018
dernière modification le 3 mars 2018

par ArchivesAutonomies
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Forme d’organisation de la vie sociale du peuple, ou forme de la violence organisée, exercée par un pouvoir arbitraire sur ce même peuple, l’Etat contemporain — que ce soit un Etat bourgeois ou un Etat "ouvrier", "prolétarien" — repose également sur ce qu’on appelle la centralisation qui découle de la violence exercée directement par la minorité sur la majorité.

Pour établir son ordre politique, tout Etat, outre la baïonnette et le rouble, utilise encore de puissants moyens d’ordre spirituel.

A l’aide de ces moyens, un groupe infime de politiciens, lie, afin de distraire son attention du joug d’esclave que lui impose l’Etat, l’esprit de l’humanité entière et plus particulièrement celui du grand groupe des travailleurs.

Donc, pour lutter contre cette violence de l’Etat contemporain, il faut utiliser des moyens convenables.

Jusqu’ici, la classe révolutionnaire des travailleurs se dressait sous le drapeau anarchiste contre le pouvoir des tyrans et des exploiteurs — du capital et de l’Etat — avec des moyens d’action sociale insuffisants pour le triomphe complet des travailleurs. Et, bien que dans l’histoire de la lutte entre le travail et le capital, il y eût des moments où les travailleurs défaisaient le capital, la victoire leur échappait, car l’Etat s’interposait, changeait en apparence ses formes. Le capitalisme unissait les intérêts du capital privé aux intérêts d’Etat et triomphait des travailleurs.

L’expérience de la grande Révolution russe a mis en pleine lumière nos défauts sur ce point et nous n’avons pas le droit de les oublier. Nous devons nous y reconnaître clairement. Nous reconnaissons que notre lutte contre l’Etat, lors de la Révolution russe, a été particulièrement marquante dans l’œuvre de destruction de cette institution exécrable, malgré la désorganisation qui régnait dans nos rangs.

En revanche, il n’y eut presque pas d’activité dans l’œuvre d’organisation des problèmes et des institutions d’action sociale du lendemain, institutions qui auraient garanti le libre développement de la société des travailleurs, hors de la tutelle de l’Etat et de ses institutions tyranniques.

Le fait que nous, anarchistes-communistes, pas plus que les syndicalistes, ne sûmes prévoir le lendemain de la Révolution russe, ni formuler à temps le programme d’action sociale, fut la cause des nombreuses erreurs commises par maints de nos groupes et même des organisations entières (en admettant qu’il en existât) dans leur orientation politique et social-stratégique sur le front de bataille de la révolution.

Pour éviter de se retrouver dans semblable position lors du grand jour, ou tout au moins, pour pouvoir en sortir exempts de trouble, sans perdre liaison avec notre ligne de conduite, nous devons, tout en concentrant nos forces en une seule collectivité active, définir dès maintenant notre conduite à l’égard des institutions d’économie régionales, territoriales et sociales. Définir ces unités, fixer les traits essentiels de leurs rôles révolutionnaires dans l’œuvre de la lutte contre l’Etat, voilà ce qu’exigent des anarchistes le moment actuel et les leçons de la grande Révolution russe.

Qui s’est plongé au plus fort de la lutte des travailleurs de la ville et du village pendant la Révolution russe ; qui a vécu avec eux succès et défaites de cette lutte, celui-là doit conclure avec nous que notre lutte contre l’Etat, au nom de sa suppression, par la seule force armée révolutionnaire, est chose trop difficile et presque désespérée.

Il est indispensable de lier l’action des forces armées de la révolution avec celles de nombreuses unités sociales et d’économie locale, unités qui grouperont autour d’eux, dès le premier jour de la révolution, la population organisant, indépendamment de l’Etat, ses affaires sociales, économiques et territoriales.

Les anarchistes doivent, dès maintenant, diriger leur attention sûr cette face de l’œuvre révolutionnaire. De même, ils devront tenir compte de ce que les forces armées de la révolution, masses révolutionnaires fortement unies aussi bien que lutteurs partisans répartis en faibles groupes, ne pourront guère que disperser les porteurs et les défenseurs de l’idée de l’Etat, créant ainsi les conditions où le peuple entier, suivant la révolution, pourra briser les liens avec le passé et tracer les plans de l’édifice de la nouvelle vie sociale. Mais l’Etat subsistera encore longtemps dans sa substance, se mêlant souvent à la vie nouvelle, et freinera ainsi la croissance et le développement des rapports nouveaux entre les hommes, basés sur l’idée de libération.

La liquidation de l’Etat ne sera complète que lorsque la direction de la lutte des travailleurs appartiendra complètement à leur initiative et que les travailleurs révolutionnaires de la ville et du village se seront élaborés des institutions d’action sociale.

Les organes autonomes régionaux économiques et sociaux ou les conseils libres (anarchistes), apparaissent comme devant jouer le rôle de telles institutions. La nature et la structure de ces conseils devraient être élaborées à l’avance par les ouvriers et paysans révolutionnaires et par leur avant-garde, les anarchistes. Car c’est de cela que dépendent en grande partie la croissance et le développement de l’idée anarchiste parmi ceux au nom desquels et par lesquels s’effectuera dans la pratique la société libre.




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