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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Contre une folie – Samuel Vergine
Terre Libre N°6 - Octobre 1934
Article mis en ligne le 23 mars 2018
dernière modification le 3 mars 2018

par ArchivesAutonomies
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En 1914, des milliers d’ouvriers se laissèrent abuser par le bluff grossier de la défense du droit et de la civilisation. Par centaines de milliers, les internationalistes renièrent le socialisme et s’en furent, joyeux, aux abattoirs nationaux pour y écraser le militarisme allemand.

L’individu fut immolé hier parce qu’il accepta de défendre l’État, cette entité vague et changeante qui est l’instrument de domination d’une caste, d’une secte ou d’un parti. Demain, l’infâme comédie recommencera et l’individu sera sacrifié à cet Etat oppresseur qui est la négation même de l’égalité et de la liberté.

La guerre est préparée avec le plus grand soin par tous les Etats du monde, avec le concours de travailleurs assez dépourvus d’intelligence pour ne pas comprendre l’atrocité indicible du rôle qu’on leur fait jouer. A la Société des Nations, les délégués au réarmement ne cherchent même plus à masquer les intentions arrêtées de leurs gouvernements. Ils s’efforcent, avec le grassouillet Litvinov, de justifier les belles commandes qui sont indifféremment passées aux grands patriotes Krupp ou Schneider. Des sophismes aussi ineptes que monstrueux sont jetés en pâture aux larbins de la presse qui déversent incontinent ces sottises dans la cervelle malléable de leurs lecteurs. C’est ainsi qu’un politicien anglais déclarait récemment, par le truchement d’une feuille "publique", que le danger venait actuellement des puissances insuffisamment armées. Ce magnifique cynisme, qui n’est point une manifestation isolée, démontre clairement que les capitalistes ne veulent à aucun prix entendre parler de désarmement. De ce côté, point d’illusions à conserver. La guerre est pour le capitalisme une nécessité.

Cependant, de dangereuses tensions se manifestent dans le monde et il ne serait point surprenant de voir éclater un nouveau cataclysme dans un avenir proche. Il serait possible que le Japon, par exemple, entre en conflit avec la Russie. Envisageant cette éventualité redoutable, certains révolutionnaires préconisent la défense de l’U. R. S. S. par les prolétaires de tous les pays. Nous déclarons nettement que nous n’adopterons pas cette attitude. Nous ne défendrons aucun ETAT, aucun gouvernement. Nous ne voulons point prendre parti pour une dictature contre une autre. Nous sommes ennemis de tous les capitalismes et de tous les Etats. En Russie, l’individu est opprimé, les droits du travailleur sont méconnus, la liberté est complètement anéantie et des milliers d’hommes expient dans les bagnes le crime d’avoir pensé autrement que les nouveaux maîtres. De plus, le fameux gouvernement prolétarien ; abandonnant successivement tous les postulats de la Révolution, s’est désolidarisé, en maintes occasions, des mouvements révolutionnaires des autres pays. Foulant aux pieds la fameuse formule de Lénine : "pas de compromissions avec la bourgeoisie", les dictateurs du Kremlin font des courbettes aux plus sinistres représentants du capitalisme. Et l’on voudrait que les travailleurs offrent leur peau en holocauste aux étrangleurs de cette Révolution russe qui déçut tant d’espoirs ? Les anarchistes ne marcheront pas pour la guerre. Ils comprennent que la guerre, quelle qu’elle soit, n’est qu’une forme dangereuse de démence. Ils ne sombreront pas dans cette monstrueuse folie. Ils savent que la guerre signifiera demain la destruction du monde, l’extermination massive de l’humain... Et tout cela pour des buts qui n’ont rien de commun avec la libération du travailleur ! Nous prenons parti pour le le faible, pour l’individu opprimé par l’Etat ; nous lutteront jusqu’à notre dernier souffle contre toutes les oppressions, pour la liberté !




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