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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Marinus Van der Lubbe – Trois faux diplomatiques
Terre Libre N°13 - Mai 1935
Article mis en ligne le 5 avril 2018
dernière modification le 8 mars 2018

par ArchivesAutonomies
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Le document Oberfohren

Parrainage du Document. — Le "Livre Brun", rédigé pour les Editions du Carrefour (Trust Munzenberg) sous la responsabilité du Comité Mondial d’Aide aux Victimes du fascisme hitlérien, a publié les principaux passages du "document" et s’est en outre porté garant de son authenticité et de sa véracité (novembre 1932).

Auteur supposé. — Le Dr Oberfohren, leader du groupe national-allemand au Reichstag, mort (suicidé - ?) le 3 mai 1932, aurait rédigé ce mémoire anonyme qui fut recopié à la machine et envoyé à diverses personnes. Un des exemplaires dactylographiés serait parvenu "par des voies détournées" en la possession des auteurs du Livre Brun.

Le "document Oberfohren" se propose d’établir "la vraie signification de l’Incendie du Reichstag, préparé par Hitler dans le but d’effrayer les partis parlementaires et de les rallier autour de lui par la crainte d’un prétendu putsch communiste".

Oberfohren, prétend le Livre Brun, aurait été le confident d’Hitler et au courant des préparatifs de l’incendie ! Ceux-ci auraient même été discutés en conseil de cabinet, et Oberfohren aurait protesté contre l’inutilité d’une alarme qui pouvait jeter inutilement le gouvernement dans une aventure, alors que les communistes se montraient parfaitement inoffensifs.

Le Dr Oberfohren devint le principal adversaire d’Hitler dans le sein du parti national-allemand. Il est dit avoir participé à un complot militaire englobant les chefs du Casque d’Acier, de la Reichswehr, et l’entourage immédiat du président Hindenbourg, dans le but de s’emparer de la personne d’Hitler et des principaux ministères, à la faveur d’un défilé triomphal des troupes dans Berlin. Cette tentative devait bénéficier de l’appui moral des partis parlementaires menacés par l’hitlérisme, car Oberfohren leur avait promis la légalité sous la dictature militaire projetée, laquelle conduirait éventuellement à la restauration de la monarchie.

C’est pour appuyer moralement le complot militaire qu’aurait été préparée la divulgation des "responsabilités ’hitlériennes dans l’incendie". Mais le projet lui-même semble n’avoir reçu aucun commencement d’exécution.

Récit de l’Incendie. — Les détails donnés sur l’incendie résulterait de ce que le document Oberfohren nomme "les informations officielles" (du parti national-allemand) De ces "informations" elles-mêmes, le "Livre Brun" ne cite que quelques mots. Cependant, il les illustre par des schémas "criminalogistes" et par des détails rocambolesques d’une grande "précision".

L’incendie du Reichstag est représenté comme une action collective de grande envergure, entreprise par des équipes nombreuses et sous la protection de sections d’assaut :

"Il fallait des hommes qui, d’une part, ne reculassent devant aucun crime et qui d’autre part fussent par de nombreux crimes, commis en commun, liés si fortement à la direction national-socialiste qu’aucune trahison ne fût à redouter. La direction national-socialiste est riche en hommes qui remplissent ces conditions. Dans ses rangs, se trouvent des assassins de la Vehme comme le lieutenant Heines et le lieutenant Schulz, des criminels comme le Dr Ley et Kaufmann, des aristocrates dégénérés et pervertis comme le comte Helldorf. De cette masse d’hommes, enchaînée à la direction nazi, la colonne des incendiaires fut formée. La direction en fut confiée à l’assassin Heines. Son second fut l’assassin Schulz, et sous son commandement travaillait le chef des sections d’assaut de Berlin, le comte Helldorf."

"La première tâche de la colonne était le transport du matériel incendiaire. Pour cela, les incendiaires se servirent du couloir souterrain qui, de la maison de Goering, mène au Reichstag. Le chemin a du être parcouru plusieurs fois. Ils commencèrent leur travail sur un signal convenu, qui faisait savoir que les derniers députés avaient quitté le Reichstag. Il n’y avait pas de danger d’être découvert par les fonctionnaires de service, ceux-ci ayant été renvoyés chez eux avant la fin de leur service par l’inspecteur nation-socialiste du personnel du Reichstag." — (Livre Brun, pages 109-110).

Le "Livre Brun" ajoute que Lubbe, pour satisfaire "sa mégalomanie", se plaça le premier de la colonne, ayant près de lui le comte Helldorf. Le "schéma criminologiste" n° 2 montre Van der Lubbe débraillé, la torche en main, debout dans l’amphithéâtre des séances, au milieu d’une horde de pétroleurs nazis qui s’affairent autour de lui. Une sorte de tuyau de poêle figuré sous le péristyle du monument représente tant bien que mal le souterrain mystérieux, cependant qu’autour du Palais de Goering, on aperçoit des corps de garde, des sentinelles armées de carabines et jusqu’à un bateau flottant sur la Spree (Livre Brun, page 111). Toute cette mise en scène enfantine de révélations "criminologiques" s’accompagne de détails absolument ridicules. Car les torches non-consumées, et le reste du "matériel incendiaire" abandonné dans le Reichstag en flamme sans parvenir à y brûler, représentaient, selon le "Livre Brun" un poids de "plusieurs quintaux", qu’il fallu transporter "par camions".

Remarques. — Il suffit de constater l’invraisemblance de ce récit pour admettre qu’il n’a pas pour auteur un homme politique "sérieux", mais relève tout au plus de la psychologie d’un enfant de dix ans, abruti par la lecture du Petit Journal illustré.

C’est cependant sur cette base apocryphe et mensongère que s’élève tout l’édifice des "certitudes" construit par le "Comité Mondial d’Aide aux victimes du fascisme" dans un but qui n’a certes rien de commun avec la protection des antifascistes allemands.

Le document Kruse

Parrainage du document. — La Deutsche Freiheit organe du Front de la Liberté en Sarre (Trust Munzenberg), et dont par ailleurs on connait les attaches avec le quai d’Orsay et le comité des Forges, a osé se porter garant devant ses lecteurs, d’un témoignage encore plus grotesque que le précédent, connu sous le nom de document Kruse (juillet 1934).

Auteur supposé. — Les valets de plume du Trust Munzenberg, constatant leur impuissance à confectionner des documents de haute politique, ont cru être plus heureux en empruntant la personnalité d’un simple larbin, le nommé E. Kruse, valet de chambre (?) de Rœhm.

Après avoir réussi à échapper au massacre du 30 juin et à passer en Sarre, le nommé Kruse aurait éprouvé le besoin de rédiger une lettre au maréchal von Hindenburg et de glisser cette missive dans la boîte aux lettres de la Deutsche Freiheit. Cette lettre fut publiée en français sous les plus expresses réserves, par la Tribune de Genève du 26 juillet 1934.

Récit de l’incendie. — Voici le récit complet de l’incendie tel qu’il figure dans le "document Kruse" :

"Le 10 février 1933, on me convoqua en séance confidentielle avec neuf camarades. Les organisateurs en étaient Rœhm et Heines. Le plan de l’incendie fut discuté avec précision et l’on posa la question à chacun. concernant la participation à l’opération. On nous fit jurer d’observer le mutisme absolu et d’attendre les ordres. Un nommé Lobike, qui refusa sa participation, fut arrêté sur-le-champ, et personne ne l’a jamais revu.

"Van der Lubbe était une des relations amoureuses de Rœhm et en même temps un type qui était frappé de mégalomanie. Partout il voulait être le premier. C’est pourquoi on lui donna des flambeaux en lui disant d’entrer dans le bâtiment par la fenêtre. Il ne savait rien de notre projet, car nous devions mettre le feu dans la grande salle au moyen de poudre explosive."

Notez ici une nouvelle version du rôle de Lubbe. En effet, il a été prouvé par notre camarade, malgré tous les efforts contraires de l’accusation, qu’il avait pénétré dans le Reichstag, sans aide extérieure, en fracturant une des fenêtres de l’étage principal, et opéré pour son propre compte. D’où la nécessité de concilier les prétentions du Comité Mondial avec les faits indiscutablement établis à Leipzig, et d’inventer une équipe incendiaire distincte de Lubbe, ayant opéré séparément. Or, cette équipe ne pouvait avoir agi après Lubbe, puisque celui-ci fut pris sur le fait au moment où le Reichstag fut envahi par la police. Il faut donc imaginer que le "véritable incendie était déjà organisé par les "véritables incendiaires" avant l’entrée de Lubbe dans le Reichstag. Bien que cette hypothèse soit inutile et même ridicule, elle forme le fond des prétendues révélations de Kruse et de Ernst qui ont été adoptées par le Comité Mondial comme "confirmation" du Livre Brun ou du moins comme positions de retraites après l’écroulement de la théorie tirée du "document Oberfohren".

"Nous avons fait deux fois des exercices pendant la nuit en courant par le couloir souterrain le plus vite possible. Nous étions deux groupes, chacun de cinq hommes, dont les chefs étaient Heines et Ernst. Les participants étaient les nommés : 1. Brähm ; 2. Stettmann : 3. Nagel ; 4. Sirop ; 5. Kummelsbach ; 6. Dierigen ; 7. Bratschke ; 8. Lehmann ; 9. Schmitz et 10. moi-même, Kruse.

Nous reçûmes l’ordre final dans la nuit du 27 février, alors que nous étions réunis dans la cave du palais de Gœring. On nous prévint que Van der Lubbe était déjà devant le bâtiment. Chacun de nous avait un sac de cellophane dans lequel il y avait une espèce de poudre extrêmement légère ; en outre, un rouleau de ruban en celluloïd. Nous avions l’ordre de placer chacun à un endroit déterminé avec précision notre sac, et d’attacher notre ruban, dont une extrémité devait être mise dans les mains de nos chefs, c’est-à-dire à Ernst et Heines.

Après avoir constaté que Van der Lubbe était bien dans le bâtiment, ils ont allumé les rubans. L’effet fut terrible. Les serpents de feu partirent, bientôt suivis d’une détonation légère, puis l’air se remplit comme de farine brûlante. Nous avions pris la fuite immédiatement. Quant à Van der Lubbe, on lui avait promis qu’il pourrait, après une détention assez longue, s’évader avec l’aide de Rœhm. En outre, il devait recevoir de l’argent pour passer en Amérique.

Je frémis quand je pense aux camarades. Ils sont tous disparus l’un après l’autre. Juste avant le 30 juin, seulement Rœhm, Heines, Ernst, Nagel et moi nous étions vivants ; aujourd’hui, je suis le dernier.

Gœring et Gœbbels sont les pères spirituels de l’incendie, et particulièrement Gœbbels, qui voulait s’en servir en faveur de sa propagande. Voilà la vérité... Excusez-moi si cette lettre est un peu confuse, mais c’est la colère qui m’a surpris. Dieu m’est témoin.

Avec ma profonde vénération, votre soldat allemand et ancien membre des troupes d’assaut, toujours fidèle." E. Kruse

Remarque. — Cette nouvelle "révélation" contribue certes à rendre "un peu confuse" la position du Trust Munzenberg. Il est à peine besoin de noter qu’avec "Kruse", rien ne subsiste du récit authentique précédemment donné par "Oberfohren" et le Livre Brun. Rien, sinon l’affirmation, fort hors de propos, de l’homosexualité de Rœhm et de Lubbe, et de leurs rapports amoureux. Une accusation de ce genre, incompréhensible. sous la plume d’un fidèle de Rœhm, et ne jouant aucun rôle explicatif dans le récit, est voué à un rôle parasite, d’autant que nos publications ont abondamment démontré la fausseté du Livre Brun au sujet des déviations sexuelles attribuées à Lubbe et de ses prétendues, rencontres avec Rœhm. Une nouvelle retraite était donc, nécessaire sur ce point. Et bientôt, abandonnant le récit "Kruse", la clique Munzenberg concentrait ses efforts dans la publication d’un nouveau faux, plus soigneusement rédigé.

Le document Ernst

Parrainage. — Le document Ernst, texte allemand, figure intégralement dans une publication officielle du Comité Mondial et du Trust Munzenberg, le "Weissbuch über die Erschiessungen des 30. Junis". Dans cet ouvrage, il est présenté comme absolument authentique et véridique ; et c’est des mains du Comité que le document fut livré à la publicité de la presse, en décembre 1934.

Auteur supposé. — Ernst, principal lieutenant de Rœhm, assassiné le 30 juin sur l’ordre d’Hitler, aurait dicté le 3 juin ce document à son aide-de-camp Fiedler. Celui-ci devait en remettre à Heines, autre lieutenant de Rœhm, la minute dactylographiée. M. le Dr Branting, membre du Comité Mondial est censé avoir reçu copie du document, après la mort de Ernst, Heines et Fiedler (30 juin 1934), c’est-à-dire au moment même où s’élaborait la version Kruse.

Le "document Ernst" comprend un récit de l’incendie du Reichstag, et une lettre d’envoi (?), familièrement écrite à l’usage de Heines pour le mettre au courant.

Récit de l’incendie. — Nous citerons seulement la partie qui concerne l’exécution du plan d’incendie, et qui constitue à la fois un renversement et un perfectionnement de la version Kruse :

"A trois reprises, je visitai, en compagnie de Helldorf, le couloir souterrain pour me permettre de m’orienter. En temps, Gœring nous avait communiqué le plan du palais, la distribution du personnel, ainsi que l’itinéraire des rondes. Deux jours avant l’attentat, nous avons caché dans un couloir latéral le matériel d’incendie qui nous avait été fourni par Gœring. Il consistait en un certain nombre de bidons contenant un produit phosphoré auto-inflammable et en quelques litres de pétrole.

Je me suis demandé pendant longtemps qui je chargerais de la mise de feu. J’arrivai à cette conclusion que je devrais mettre moi-même la main à la pâte avec quelques compagnons très sûrs. Je parvins à convaincre Gœring et Gœbbels qui m’approuvèrent. Je suis d’avis aujourd’hui que, s’ils se déclarèrent d’accord avec moi, c’est parce qu’ils croyaient me tenir ainsi entre leurs mains. Je choisis deux camarades en qui j’avais toute confiance. Ces camarades, je les remercie de m’avoir assisté dans cette tâche difficile. Je les ai liés par serment — serment qu’ils ont tenu. Je savais qu’ils justifiaient ma confiance. Eux-mêmes décideront si leurs noms, qui figurent dans l’annexe ci-jointe, doivent être livrés à la publicité.

Quelques jours avant la date fixée, nous sûmes par Helldorf que sur le pavé de Berlin avait surgi un jeune homme qu’on pouvait à coup sûr décider à collaborer à l’incendie. Ce garçon était un communiste hollandais. Le monde depuis a connu son nom : Van der Lubbe. Je ne l’ai pas vu avant l’attentat. Helldorf et moi réglâmes tous les détails. Le Hollandais devait agir seul dans la galerie avec des moyens de fortune. Mes amis et moi devions agir dans la salle des séances et dans celle des pas perdus. Le Hollandais devait commencer son travail à 9 heures et nous une demi-heure plus tôt.

La difficulté consistait à bien observer l’horaire. Le Hollandais devait pénétrer dans le Reichstag à une heure où nous devions déjà l’avoir abandonné et où le feu devait déjà être mis. Pour permettre au Hollandais de se familiariser avec les lieux, Helldorf lui fit visiter le Reichstag. Nous décidâmes que Van der Lubbe pénétrerait par la fenêtre de la buvette, là où l’escalade était la plus facile à réaliser. Dût-il être pris que nous ne courions nous-mêmes aucun risque, même si nous devions avoir un retard de quelques minutes. Pour être certain que Van der Lubbe ne reculerait pas à la dernière minute, Sander ne le quitta pas d’une semelle de tout l’après-midi. Il le conduisit au Reichstag et le suivit des yeux dans son escalade. Dès que Sander se fut rendu compte que cette escalade avait réussi, il avertit par téléphone Hanfstaengl, à l’hôtel Gœring. Jusqu’à la dernière minute, Van der Lubbe fut laissé dans la croyance qu’il travaillait tout seul.

Quant à moi, je rencontrai mes deux camarades à 8 heures, au coin de la Neue-Wilhelmstrasse et de la Dorotheenstrasse. Nous étions en civil. Quelques minutes après, nous étions à l’entrée du palais, où nous pénétrâmes sans avoir été remarqués. Nous avions des bottes en caoutchouc pour ne pas nous faire entendre. Nous parvenons au couloir souterrain. A 8 h. 45, nous voici dans la salle des séances.. Un des deux camarades revient encore au couloir souterrain pour amener le reste des matières incendiaires, cependant que l’autre et moi, alors, nous nous mettons au travail dans la salle Kaiser-Wilhelm. Nous préparons plusieurs foyers d’incendie dans cette salle Kaiser-Wilhelm, ainsi que dans la salle des séances. Nous badigeonnons les chaises et les tables avec le produit phosphoré. Les rideaux et les tapis sont imbibés de pétrole. Quelques minutes avant 9 heures, nous retournons à la salle des séances. A 9 h. 5, tout est terminé et nous gagnons la sortie. Il était temps : l’auto-inflammation du produit phosphoré devait avoir lieu trente minutes après son application. A 9 h. 15, nous escaladons le mur de clôture.

Les imputations qui ont paru dans la presse du monde entier sont fausses. A nous trois, nous avons fait tout l’ouvrage. En dehors de Gœring, Gœbbels, Heines, Killinger et, plus tard, Hanfsttengl et Sander, personne n’a rien su de notre projet. On prétend que ce n’est qu’après coup que le Führer a appris que ce sont ses sections d’assaut qui ont mis le feu au Reichstag. Je ne puis rien affirmer sur ce point. Je sers le Führer depuis onze ans ; je lui resterai fidèle jusqu’à la mort. Ce que j’ai fait, tout chef de section d’assaut l’accomplirait pour le Führer. Mais il est insupportable de penser que les S.A. soient trahies par ceux-là mêmes qu’elles ont portés au pouvoir. Je crois avec confiance que le Führer saura déjouer les machinations sinistres entreprises contre les sections d’assaut.

J’écris ce document pour ma sauvegarde contre les plans de Gœring et de Gœbbels. Ce document sera détruit par moi si les traîtres reçoivent la récompense qu’ils méritent." Berlin, 3 juin 1934. (signé) Karl Ernst, S-A-Gruppenführer. "

L’annexe suivante est jointe au document :

"La présente déclaration ne devra être livrée à la publicité que sur mon ordre, sur l’ordre de l’un de mes camarades, Fiedler ou Mohrenschild, ou dans le cas où je périrais de mort violente. Mes camarades Fiedler et Mohrenschild, qui m’ont prêté leur concours, décideront seuls si leurs noms doivent être prononcés ou non. Nous trois, en agissant comme nous l’avons fait, avons rendu à la cause du national-socialisme le plus grand des services".

Remarques. — Plusieurs réserves s’imposent au sujet du document Ernst, indépendamment des invraisemblances du récit et sans préjudice d’une expertise de la signature figurant page 8 du document.

En premier lieu, il est parfaitement invraisemblable que Ernst puisse à la fois accuser les "traîtres" Gœring et Gœbbels de l’incendie comme d’un crime contre l’Etat allemand et s’en glorifier lui-même comme d’un acte de sauvetage national. Il est parfaitement invraisemblable qu’il puisse à la fois adresser ses "révélations" à son "chef bien-aimé" Adolf Hitler avec des. protestations d’éternelle fidélité au nazisme, et en confier la copie à M. Branting, ministre social-démocrate, soit directement, soit par personne interposée. Il est parfaitement invraisemblable qu’Ernst ait pu fonder sa protection personnelle sur un document qui constitue un acte de haute-trahison dans le cadre de la politique nazie, et dont la simple existence aurait été une "épée de Damoclès" suspendue sur sa tête.

La deuxième invraisemblance réside dans la conduite de Branting lui-même qui aurait attendu cinq mois (juillet-novembre) pour livrer à la publicité un document dont l’exploitation politique devenait inefficace en ce qui concerne la lutté politique en Allemagne, une fois passée la crise décisive et le tournant dangereux du 30 juin. Il faut donc admettre que le document a été mûrement combiné et fabriqué entre juillet et novembre, et cela dans le but essentiel, non pas d’aggraver la crise intérieure allemande, mais de consolider la position critique de la clique Munzenberg devant l’opinion mondiale en ce qui concerne les calomnies répandues par elle sur Van der Lubbe.

Un dernier mot

A l’heure actuelle, l’inquiétude des faussaires professionnels n’est pas encore calmée. Nous n’en voulons pour preuve que ces deux assertions cueillies au hasard dans un seul numéro de Monde, celui du 12 avril 1935. A propos des "journaux de prison" officiellement rédigés et ouvertement circulés par les fractions communistes dans les geôles politiques du Portugal (on donne même le nom des rédacteurs responsables), nous apprenons que l’une des questions sur lesquelles porte "l’éclaircissement idéologique" poursuivi parmi les prisonniers porte sur la question suivante : Les anarchistes et Van der Lubbe. Que les prisonniers portugais aient besoin d’être "éclairés" sur ce point par le Parti communiste prouve que la vérité a fait beaucoup de chemin dans ce pays où cependant nous n’avons aucune relation directe. Un peu plus loin, lors de l’énumération des crimes réels ou supposés de la Gestapo en Suisse et en Angleterre, le nommé Paul Rax éprouve le besoin de nous faire savoir que les bourreaux de Leipzig, lors de l’exécution de Van der Lubbe, ont guillotiné une simple poupée. Cette nouvelle ne manquera pas d’étonner ceux des lecteur de Monde qui avaient appris, quelques mois auparavant que Van der Lubbe avait eu "une crise de nerfs" en présence de la guillotine et s’était farouchement débattu jusque sous le couperet, en menaçant les juges nazis de procéder à des révélations in extremis... Elle ne saurait étonner ceux qui depuis deux ans sont à la recherche de la vérité et se heurtent chaque jour à de nouveaux mensonges, de la part des lâches et des traîtres qui ont livré le prolétariat allemand et qui ont choisi Marinus Van der Lubbe comme bouc émissaire de leurs péchés et de leurs crimes.

Van der Lubbe mort a été reconnu par son demi-frère, Jan van Peuthe. Les traces de son long martyre étaient visibles sur son corps torturé. La tête est au musée de la police, à Berlin, dans un bocal d’alcool. Le reste est inhumé dans le cimetière des condamnés, à Leipzig. Les dernières heures de notre cher camarades ont été impassibles ; sa fin silencieuse et stoïque reste un défi éternel aux oppresseurs du peuple allemand et de tous les peuples. Les temps futurs démontreront la fertilité de son sacrifice.

Et dans l’âme des hommes de foi et d’audace qui se lèveront pour te remplacer, brûlèront, Marinus, les paroles que tu leur as léguées :

"Non pas les Partis — Vivre ou mourir.
Non pas les Thèses — Gagner ou perdre.
Non pas les Mots — Non pas même l’Être.
Tout est un droit à la Vérité".

Comité international Marinus Van der Lubbe




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