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Biographie de Paul Roussenq, L’Inco
Article mis en ligne le 23 mars 2018
dernière modification le 18 mars 2018

par ArchivesAutonomies
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Roussenq débarque en Guyane le 13 janvier 1909 et ne reviendra en France que le 16 janvier 1933. En passant 25 ans de sa vie dans l’enfer du bagne, il marquera l’histoire de Cayenne, comme beaucoup d’autres anarchistes, du reste. Mais Paul Roussenq, baptisé L’Inco (L’incorrigible), est le champion des jours de cachot (3779 jours infligés, soit près de onze ans). Provoquant les gardes chiourmes de l’Administration Pénitentiaire, se montrant volontiers solidaire de ses compagnons d’infortune, il écrivit des dizaines de lettres de dénonciations des actes cruels commis par les gardiens sur les déportés. Ses lettres s’adressaient au commandant du bagne. Certains d’entre eux comme Jarry, dans leurs livres de souvenirs, évoqueront la mémoire et les actions de Roussenq. Le journaliste Albert Londres, qui l’avait rencontré au bagne lors de son enquête, consacra un chapitre entier à Roussenq, "L’as des révoltés", dans son livre "Au bagne" (1932). La misère, les maltraitances, le cachot et la dénutrition ébranleront notre homme.

En France, des campagnes de presse s’organisent pour dénoncer le scandale des bagnes. L’exemple de Roussenq est souvent abordé pour illustrer la cruauté des conditions de vie. Des mobilisations politiques (surtout communistes) populariseront "le cas Roussenq". Conformément au règlement, il est libéré en 1929, mais interdit de séjour, il est obligé de résider à Saint Laurent du Maroni, le mouroir des détenus libérés. Il est finalement amnistié en 1932.

A son retour en France, en 1933, il entame une tournée de conférences en France, sous la houlette du Parti communiste et de ses satellites. Il y décrira ce qu’il a vécu ; puis il sera délégué par le Secours rouge pour aller visiter l’URSS ; ce séjour de quatre mois (août à novembre 1933) dans la "patrie du socialisme" sera aussi l’occasion d’écrire une brochure, à la demande des partisans français du socialisme soviétique. Cette brochure, qui sera partiellement censurée, fera l’objet d’une rupture et d’une critique acerbe de l’auteur même, dans les colonnes du journal anarchiste imprimé à Nîmes, Terre Libre (65 numéros entre mai 1934 et juin 1939). Ce journal, qui connut jusqu’à dix éditions régionales - dont une édition en allemand Freie Erde publié à Strasbourg - était réalisé à l’imprimerie coopérative La laborieuse, rue Emile Jamais. Son principal artisan était le groupe anarchiste nîmois qui comptait alors André Prudhommeaux dans ses rangs.

Dans le numéro 12 (avril 1935) Roussenq publiait sous le titre Un libertaire en URSS ses notes de voyage où l’on pouvait lire : Nous ne sommes pas nous autres libertaires, contre le prolétariat soviétique, mais contre les mauvais bergers qui le dirigent. Nous devons lutter contre le fascisme international, avec les groupements ouvriers, sur le terrain de l’action, sans rien abdiquer de nos principes et sans jouer le rôle de dupes. Roussenq entama ensuite une autre série de conférences sur l’URSS, organisée par les groupes anarchistes de la région gardoise (Nîmes, Alès, Beaucaire, Aimargues) regroupés au sein de l’Alliance libre des anarchistes de la région du midi (ALARM). Il devint gérant du journal Terre Libre de 1934 à 1936 où la publication était transférée à Paris. Puis il reprit une activité itinérante de colporteur.

Suspect sous le régime de Vichy, il connut à nouveau la prison et fut interné dans les camps de Sisteron (Alpes-de-Haute Provence) et de Fort Barreau (Isère). A la libération il reprenait le colportage dans le sud-ouest. Resté en liaison avec les anarchistes du Gard, c’est l’un d’entre eux, Elysée Perrier, du groupe anarchiste d’Aimargues, qui aura le triste privilège de chroniquer le suicide de son ami dans le Libertaire du 19 août 1949 où il citait sa dernière lettre : Mon cher Elisée, Je suis à bout. A Bayonne, il y a une belle rivière où, ce soir même, j’irai chercher le grand remède à toutes les souffrances : la mort. Roussenq, usé, malade, indigent, s’est jeté dans l’Adour, à Bayonne, le 3 août 1949.

Daniel Vidal

Œuvres : Vingt-cinq ans de bagne, Ed. du Secours rouge international, s.d., 64 p.

P.S. :

NdE : cette biographie est extraite du dictionnaire international des militants anarchistes.




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